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Arcade Fire, le feu sacré du rock


Au lendemain d’un concert exceptionnel donné à Londres à l’intérieur d’une chapelle, le groupe canadien dont tout le monde parle revient sur le succès de son premier album, la tournée-marathon qui a suivi et la sortie imminente d’un nouvel opus, ‘Neon Bible’. Rencontre avec deux des membres fondateurs du groupe, Will Butler et Jeremy Gara.

L’accueil réservé à votre premier album a été phénoménal. Comment l’avez-vous vécu ?
Will : C’était génial, hilarant. On en riait : "4000 personnes dans la salle ? Vraiment ??"
Jeremy : Tout cela a été rapide. Quand on y pense, on se dit qu’on est vraiment chanceux de pouvoir faire aujourd’hui ce qu’on a toujours voulu. C’est vraiment très positif.
W : C’est facile de ne ressentir aucune pression lorsque tout est du bonus. 5000 personnes qui viennent nous applaudir, c’est cinq fois plus que ce que l’on mérite !

Avez-vous ressenti une pression pour ce nouvel album ?
J : Pas du tout. Après avoir terminé notre dernière tournée, on s’est mis à l’écart. On est retourné à Montréal. Là-bas, on a essayé de se prendre un moment entre nous en studio. Nous n’avons pas abordé la question des maisons de disques ou d’une autre tournée avant d’avoir complètement fini l’album.

Comment compareriez-vous vos deux albums ?
J : En fait, pour les deux, le processus d’écriture a été le même : il se base sur la poursuite d’une vie normale. C’est vraiment dur d’écrire une chanson quand tu n’as pas le temps de t’asseoir et d’avoir l’esprit clair. Pour Funeral, c’était facile puisque nous avions une vie tout à fait normale à cette époque. Après la tournée, il a fallu nous réajuster afin de revenir à une vie et un rythme plus classiques. Ca prend un, deux, trois voire quatre mois... C’est de cette normalité que vient notre musique.

Comment pensez-vous que les gens vont percevoir le fait que vous soyez passés d’un petit label à une major du disque ? Etait-ce une progression naturelle ?
J : On en a pas vraiment parlé avant d’avoir fini le disque. Lorsque l’on l’a fait, c’était plus pour des raisons de logistique. Si on la chance d’avoir du succès, il faut être capable aussi de passer d’une production de 2000 copies d’un disque à 200 000 !
C’est un grand privilège d’être libre, aussi bien au niveau visuel que musical. Nous avions besoin d’un partenaire qui ait les ressources nécessaires pour nous offrir cette liberté. Mais si notre réseau de distribution change, nous restons les mêmes.

Comment se passe l’écriture des chansons ?
W : Souvent c’est Win et Régine qui sont au départ des chansons. Ils nous apportent la majeure partie de la structure musicale. Pour le titre My Body Is A Cage, ils nous l’ont apportée complètement finie. Sur d’autres, chacun y ajoute sa contribution.
J : Oui. Pour la majorité des chansons, Win et Régine apportent le cœur et comme chacun a sa propre vision du titre, on y met chacun sa touche personnelle. C’est pour cela que les interprétations varient lorsqu’on les joue sur scène.

Vos disques sont autant appréciés que vos prestations live. Comment l’expliquez-vous ?
J : On essaie de donner autant que possible. C’est important par respect pour nos fans et c’est notre façon de travailler. La musique est ce qui occupe le plus nos vies. Aucun de nous n’envisage de passer ses journées à glander à la maison. On essaye de bien faire notre métier et de s’y donner à 100%. Certains groupes se satisfont de leur succès, de leurs millions d’albums vendus et voient ça comme un business. Pour nous, c’est toute notre vie. C’est excitant de tenter de la mener le plus loin possible, en empruntant de chemins originaux.

Vous avez acheté une église, vous y avez enregistré votre nouvel album. Le concert d’hier soir avait lieu dans une église. Y a-t-il là une signification particulière ?
J : Chaque lieu où nous faisons un concert est un lieu que nous avons choisi parce qu’il permet aux gens présents de se rejoindre dans une sorte de communion, que ce soit dans une église ou une salle de spectacles. Le choix de l’église était plus d’ordre technique, nous recherchions un endroit très spacieux.
W : Par ailleurs, on a longtemps joué dans des bars, où les clients étaient plus occupés par leur bière que par la musique. Alors que, pour nous, la musique est plus importante que la boisson.
J : Dans nos civilisations, l’église fait davantage figure de lieu de culture et d’émotion qu’une vulgaire salle de concert !

Comment fait-on pour acheter une église ?
J : Avant la fin de la tournée Funeral, Win et Régine voulaient acheter une église afin d’y enregistrer ou au moins d’y jouer de la musique ensemble. Il se trouve qu’à Montréal beaucoup d’églises sont vides, abandonnées ou à vendre. Win et Régine sont allés en voir une et nous ont demandé si nous souhaitions dépenser l’argent gagné en l’achetant. On a tous été partant. C’était le meilleur moyen d’investir notre argent dans le groupe ! On s’est tous retrouvés au début de l’année 2006 après la fin de la tournée et les vacances de Noël pour rénover l’église, y installer des chambres et des espaces pour jouer. Initialement, on voulait simplement y faire de la musique et puis, on s’est décidé à y enregistrer de nouvelles chansons. Tout s’est fait très naturellement…

C’est ainsi que vous avez atterri à Budapest ?
J : Exactement. Win et Régine y sont allés et ont enregistré les voix d’une chorale. Ensuite, on a pensé qu’on avait une amie à New York. On y est alors allé et on a enregistré dans sa cuisine !

Certaines voix ont été enregistrées dans sa cuisine ?
J : Oui ! Certaines ont été prises à l’intérieur de l’église de Montréal, d’autres à New York à l’arrière d’un taxi, dans chaque endroit qui nous inspirait. On a conscience qu’avoir la possibilité technique et matérielle de faire tout cela est une chance.

Combien de membres composent le groupe aujourd’hui ?
J : Le noyau dur compte sept personnes plus trois autres membres qui nous rejoignent sur scène. Ce nombre est susceptible d’évoluer dans l’année à venir parce que chacun à des disponibilités différentes.

Vous êtes 10 sur scène. La taille de votre groupe est-elle un avantage ?
J : En tournée très certainement parce que c’est quelque chose d’épuisant. Si l’un de nous est fatigué, il en reste toujours neuf pour se donner sur scène à 100%.

Un grand sens de l’humour se dégage de votre groupe. Une ambiance peut-être due aux liens qui vous unissent les uns aux autres…
J : Nous sommes une famille et c’est le plus important pour nous. Si on pouvait emmener tous ceux qu’on aime en tournée avec nous, on le ferait et c’est un peu ce qu’on fait déjà !
W : Je trouve cela bénéfique qu’il y ait aussi plusieurs filles qui voyagent avec nous. Ca ne donne pas l’impression d’un groupe de rockers ; cela reflète davantage la vie réelle et la démographie !

Votre musique est-elle influencée par vos artistes préférés ?
J : On ne peut pas nier nos influences musicales. Ce serait insensé de prétendre le contraire. Mais que cette influence soit consciente ou non, une chanson doit d’abord refléter notre personnalité.

Vous avez travaillé avec David Byrne, David Bowie ou encore U2. Quelle signification ont eu ces collaborations pour vous ?
J : Ce sont les artistes qui nous ont le plus touchés depuis notre adolescence. Les Talking Heads sont vraiment importants à nos yeux ; David Byrne a été l’un des premiers à saluer notre travail.
W : Ce sont eux qui nous ont servi de modèle et de source d’inspiration.
J : Ces collaborations ont pu se faire aussi parce que ce sont des artistes vraiment simples, les pieds sur terre. Juste des gars qui font de la musique ! David Byrne est venu à un de nos concerts, on lui a dit "Hé, David, on a repris une de tes chansons. Tu veux jouer avec nous ?" et il a répondit "Ouais !". Ca a été pareil avec Bowie. Avec U2, on leur a proposé de reprendre avec eux Love Will Tear Us Apart Again et on s’est retrouvé sur scène devant 40 000 personnes !

D’autres collaborations auxquelles vous rêvez ?
W : Si on ne rêve pas, on ne peut pas être déçu !
J : Toutes nos rencontres avec de grands artistes se sont faites naturellement, nous n’avons poursuivi personne. On préfère se soucier de la préservation des liens qui unissent les membres actuels du groupe et de notre envie de partir en tournée ensemble.

Arcade Fire
Neon Bible (Barclay/Universal Music)
CD disponible le 5 mars


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mercredi 28 février 2007
 
 
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