La sortie de ce CD/DVD vient conclure une tournée de 200 dates. Vous aviez du mal à tourner cette page ?
Mark Daumail : On a eu du mal à arrêter, c’est vrai ! On en a eu envie plusieurs fois mais on ne l’a jamais fait. C’est le signe aussi que le public nous a poussés à continuer. Du coup, ce dvd s’impose de lui-même car on est devenu un groupe de live sans le vouloir et grâce au public. On pensait être un groupe de studio et que l’on ferait juste cinquante dates…
A un moment, en avez-vous eu assez de toujours jouer les mêmes titres ?
M.D. : Oui alors ces titres-là du coup, on ne les faisait plus !
Morgane Imbeaud : C’est vrai ! (rires) On jouait alors de nouvelles compositions ou des reprises.
Pourquoi avoir choisi, pour le DVD, le concert de La Coopérative de Mai à Clermont-Ferrand ?
M.I. : C’était plus pour des raisons sentimentales, c’est chez nous.
M.D. : On aurait pu prendre celui de La Cigale ou de l’Olympia mais ça aurait été un peu "je me la pète", un peu pas nous quoi ! Même si on a adoré... Mais à la Coopérative, on chante devant les parents, les amis, c’est un peu un cadeau et une manière de rendre l’aide reçue.
Avez-vous eu l’impression d’avoir changé, évolué grâce à cette tournée ?
M.I. : Complètement ! On grandit je pense. Sur la route, on était une dizaine environ, un peu les uns sur les autres. On apprend à se connaître soi-même en étant sur scène tous les soirs, ce qui permet de vaincre une timidité et d’apprendre à aborder la scène. Je l’ai vécu comme ça parce que j’avais vraiment très peur.
M.D. : Moi, j’ai été métamorphosé. Sur scène, au début, je ne disais pas un mot mais maintenant on parle autant que l’on joue et c’est assez rigolo.
M.I. : Tout est parti d’une fois où… Je ne sais pas si je peux le dire (rires)… bon, d’une fois où l’on avait un tout petit peu bu avant de monter sur scène et on s’est aperçu qu’on pouvait être drôle… C’est une petite famille aussi qu’on se crée au fur et à mesure et c’est aussi important. Il y en a plein qui changent d’équipe régulièrement mais nous, on a tenu à garder nos potes, ceux qui sont là depuis le début et je pense qu’on a bien fait.
Avez-vous également évolué artistiquement ?
M.I. : Oui parce qu’au fil des dates, tu te permets de tester des choses. On se sert un peu des gens comme des cobayes, pour tester des titres et des arrangements.
Et au niveau du contact avec le public justement, qu’est-ce qui vous a marqué ?
M.D. : Les soutiens-gorges et les culottes ! (rires) Je ne comprenais pas trop ! Surtout les cadeaux des gens, ça c’était incroyable. On a vraiment un public de mignons (rires). Ils ne se battent pas, ne nous agressent pas non plus donc au final il ne reste vraiment que du positif. On n’a pas eu beaucoup de retours négatifs, à part évidemment quand on a fait un concert de merde et là ils ont bien eu raison.
Cela vous est arrivé ?
M.D. : Oui, deux fois où vraiment ça s’est vu. La fatigue, les backstages, parfois ça devient vraiment l’horreur. Et puis sur 200 dates… on reste des êtres humains !
Vous n’en avez pas vraiment fini avec la tournée puisque vous repartez sur quelques dates aux Etats-Unis…
M.D. : Mais ce ne sera pas pareil. C’est notre première tournée américaine, on repart du début et ce sera un travail différent. C’est une première approche dans ces pays-là, l’Australie et les Etats-Unis. La tournée française, elle, il faut vraiment qu’elle s’arrête (rires) !
C’est une autre pression de tourner aux Etats-Unis ?
M.D. : C’est un nouveau marché, le disque est sorti et on est un peu attendu. On fait New York, Los Angeles, Chicago… On a eu beaucoup de chance parce qu’au niveau international, ça s’est fait très vite.
Cette adoption rapide de la part d’un très large public vous surprend-elle ?
M.I. : Ca m’a surpris récemment en Angleterre où l’on a fait un concert dans des conditions un peu difficiles, à l’anglaise quoi ! C’était pas terrible mais on a quand même été élu meilleur groupe du festival ! On n’a toujours pas compris pourquoi mais c’était très gentil !
M.D. : En fait, il y a un truc qui se passe dès le début et les gens semblent tomber amoureux direct, mais je ne sais pas ce que c’est... Derrière, il y a quelque chose de profond, il y a un vrai travail de paroles, pas un truc léger à la Lorie. Je pense que les gens sentent tout ça. C’est un truc qui s’adresse à des gens qui aiment la musique, l’art, la photo, plein de choses. Les gens apprécient ça et on aime la façon dont on est perçu.
Vous êtes aussi connus pour vos reprises…
M.D. : Oui c’est vrai, mais ce n’est pas mon exercice favori. C’est marrant de temps en temps. A chaque fois, on l’a fait pour une raison, parce qu’une émission nous l’avait demandé. Pour Tokio Hotel et Monsoon par exemple, c’était Nintendo qui nous l’avait demandé.
Le prochain album est-il déjà en route ?
M.D. : Il faut qu’on disparaisse un peu. Je crois qu’on a besoin de six à huit mois sans une interview, sans une télé, sans une radio, sans rien. Juste m’enfermer dans un studio. C’est bien de faire des interviews et tout, mais là je crois qu’on est arrivé au bout de cet album. On doit maintenant recréer de la matière.
M.I. : Pour le premier album, on a pris du temps et on a eu beaucoup de chance car il s’est vendu au-delà de nos espérances. Mais là, il faut qu’on prenne le temps de finir le deuxième album. Il ne faut pas se précipiter.
M.D. : Cela ne servirait à rien de se presser et de sortir ce deuxième album trop vite pour capitaliser sur le premier. Cet album doit être fidèle à ce que l’on veut. Il ne faut pas faire l’erreur de vouloir tout de suite contenter les gens. Je sais que j’évacue beaucoup de choses en chansons et maintenant j’ai d’autres choses à dire et à écrire. La pression du deuxième album, je l’ai ressentie il y a 6-8 mois quand j’ai vu que ça avait vraiment explosé et là je ne la sens plus. Tant mieux !
Propos recueillis par Carole Bouchard
Photos : Lisa Roze / Christophe McPherson
Cocoon, Back to Panda Mountains (Discograph)
Album disponible
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