Après le succès de votre premier album L’Autre Bout du monde et la tournée qui a suivi, vous revenez avec Pays sauvage. Comment vous-êtes vous lancée dans cette nouvelle aventure ?
Simplement avec l’envie de continuer l’aventure, de progresser et de m’exprimer avec quelque chose de plus proche de ce que je suis. J’ai pris le temps, après un premier disque instinctif, de faire le point sur ce que je voulais vraiment dire et sur la musicalité que je désirais. Ce nouveau disque est plus personnel aussi, plus solitaire.
Justement, au niveau du style musical, dans quelle direction vouliez-vous aller ? On sent comme une réponse à votre premier album...
C’est vrai qu’il y a une continuité et que c’est un peu une réponse à la chanson L’Autre Bout du monde. Il y a toujours ce deuil qui pèse mais désormais c’est teinté d’une envie animale que la vie reprenne le dessus. Pays sauvage a vraiment plus de lien avec la vie, que ce soit dans sa brutalité, dans la douleur mais aussi dans la joie. En ce qui concerne le style, j’ai juste voulu rester moi-même. J’ai eu envie d’écrire en poussant plus loin, en me mettant en danger. J’ai un peu mis le piano de côté. J’assume mes racines folk dans le son, j’assume la volonté de ne pas faire un disque parfait, lisse. En fait, ça s’est fait plutôt naturellement.
Il y a beaucoup de collaborations sur cet album : Moriarty, Olivia Ruiz, Thomas Fersen... Pourquoi avoir choisi d’invités autant de monde ?
Cela m’a semblé rapidement évident qu’avec ce son, ce disque devenait un album de groupe. Quelque chose qu’on joue "live", avec un côté bon vivant. J’ai rencontré des gens qui avaient la même envie et au final j’ai eu beaucoup de chance car je ne connaissais pas trop toutes ces personnes. Mais j’ai fini par faire de belles rencontres humaines dans un vrai esprit de groupe. J’ai eu un coup de cœur musical pour leur travail et ça m’a amené à les inviter. En aucun cas je ne l’ai fait pour me faire de la pub.
Vous pensez avoir franchi un nouveau cap avec cet album ?
Je ne sais pas mais dans tous les cas je l’ai fait avec beaucoup de lâcher prise. Les disques parfaits, je trouve ça chiant ! Un disque doit transpirer l’imprévu pour que les chansons deviennent vivantes. Au niveau vocal, j’ai également essayé de traduire les différentes émotions, donc parfois c’est aride et la voix peut-être dérangeante. Je ne voulais pas tomber dans quelque chose de très travaillé. Certains titres ont d’ailleurs quasiment été faits "live".
Qu’y a-t-il derrière le single Sister ?
C’est une histoire d’enfance, un moment limpide de cette période, où la grande sœur est une idole. C’est aussi une expérience de séparation. Je voulais quelque chose de très pur et très simple. Cette chanson parle de mes racines, alors c’est naturellement venu en anglais. En français, ça provoquait d’autres images.
Le monde de l’enfance sert toujours de base à votre univers ?
L’enfance est truffée d’angoisses, parfois cruelles. Alors avec les contes on trouve des solutions à ces angoisses. C’est une manière recevable de parler de ces choses et j’aime le décalage entre cette manière pure de l’évoquer et le contenu.
Avec le recul, quel regard portez-vous sur ce nouvel album ?
Je me dis que c’est celui qu’on voulait faire, qu’on est allé au bout de quelque chose. On s’est mis en danger mais on est allé au bout. Donc on est serein... Je ne suis jamais satisfaite de toute manière, alors je vais forcément continuer de creuser, mais je suis quand même très fière d’avoir fait un disque qui reflète quelque chose de moi. J’espère maintenant que ce chemin d’émotion et de sincérité va être ressenti.
Vous avez été propulsée en haut de l’affiche. Cette nouvelle notoriété vous inquiète-t-elle ?
Ma notoriété est encore largement vivable, je ne suis pas non plus une immense célébrité. Mais c’est vrai que c’est un métier où l’on se livre, un métier narcissique où il faut savoir garder les pieds sur terre. Pour répondre à ça, moi je m’attache à travailler avec d’autres. C’est la meilleure des réponses car de toute manière il faut vivre la musique pour ce qu’elle est : un partage.
Comment vivez-vous aussi cet accueil souvent très chaleureux fait par le grand public ?
J’observe, je vois cet enthousiasme et ça me touche. Mais je le prends aussi avec beaucoup de méfiance car parfois je me dis que c’est trop beau pour être vrai ! C’est un peu magique tout ça, mais c’est également fragile. Pour ce disque par exemple, certains ont compris mon cheminement, mais d’autres ont été agacés. Certains ont dit par exemple que les duos étaient là pour me faire mousser. Mais j’ai voulu être au plus près de moi-même et assumer tout de ma couleur musicale.
Propos recueillis par Carole Bouchard
Photos : Jean-Baptiste Mondino
Emily Loizeau, Pays sauvage (Polydor/Universal)
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