Votre nouvel album 16 Pièces a mis du temps à sortir. Était-ce difficile d’enchaîner après le succès de Place 54 ?
Non, pas vraiment. C’est parce que la tournée s’est prolongée et que nous n’avons pas voulu l’écourter car tout le monde y prenait beaucoup de plaisir. Ensuite, on a pris six mois de création où chacun a cherché de son côté. J’ai pioché dans toutes mes maquettes ce qui m’inspirait et on est reparti sur les routes pour tester un peu les nouveaux titres. C’est finalement la scène qui a beaucoup influencé le rendu final.
Quelle direction avez-vous souhaité prendre pour ce nouvel opus ?
On a travaillé dans la continuité car nous ne sommes pas du genre à repartir de zéro à chaque fois. On perfectionne notre art. Maintenant, pour cet album, on a été cherché un peu du côté Motown, des années 70 pour les rythmiques. On a aussi voulu revenir à des choses un peu plus brut, à plus de hip-hop. Le style est globalement plus punchy. Comme le titre l’indique, c’est un album puzzle avec des formes indépendantes mais complémentaires.
Peut-on parler du disque de la maturité ?
C’est vrai que maintenant j’ai 30 ans, c’est un âge de transition. On fait un métier ludique mais parfois on a du mal à grandir. Je vois des amis qui sont maintenant pères de famille alors forcément ça fait réfléchir. Et puis, le regard des autres sur le groupe a changé aussi et il faut s’adapter. Certaines personnes n’ont plus le même comportement maintenant qu’on passe à la télévision, qu’on a du succès. On se retrouve plus sollicité avec cette nouvelle médiatisation. Mais il n’y a jamais rien de méchant et parfois c’est même une reconnaissance plaisante. On reste un peu spectateur de tout ça. Lors des Victoires de la Musique, on était heureux comme des gamins ! C’est sans doute pour cette attitude que les gens se reconnaissent en nous. Il faut garder cette innocence.
Le premier single, A mi-chemin, est un featuring avec Akhenaton. Que représente pour vous cette collaboration ?
C’est un rêve réalisé d’avoir pu se mesurer à l’un de ses mentors. Il n’y avait évidemment aucun esprit de compétition, juste l’envie de voir si on en était capable. Sa musique a bercé mon adolescence alors forcément j’ai eu tendance à me projeter sur ce qu’il faisait. Il a été super calme, humble et nous a aussi surpris...
Avec votre son si particulier, comment vous situez-vous par rapport à la scène française ?
J’essaie de ne pas me placer dans cette scène justement. On se revendique hip-hop et cela nous tient à cœur. On a un art à mener à bien. Mais on ne s’interdit rien et nous sommes aussi des musiciens. Je pense que cette qualité est d’ailleurs un plus. Mais notre public est là et c’est bien l’essentiel.
Justement, quel rapport entretenez-vous avec ce public, vous qui êtes des amoureux de la scène ?
Le public, pour nous, c’est le dixième musicien. On a besoin de cette interactivité avec les gens, de leur énergie et de les sentir impliqués tout au long du show. Les gens doivent se sentir à notre niveau pour pouvoir établir un rapport sain. Nous ne sommes pas des stars ! Ça m’est déjà arrivé d’aller prendre un verre après un concert avec des fans et certains sont devenus des amis. Et puis la vie sur la route est un vrai bonheur, on se marre bien et surtout on s’entend très bien. Notre prochaine grande date sera à l’Elysée Montmartre fin mars. Et ensuite on tournera partout en France.
Des recommandations à nous faire sur vos coups de cœur du moment ?
Le groupe japonais Ovall, sans hésiter. Pour le rap français, Soul Square qui est un collectif avec aussi quelques invités américains. Il faut aussi écouter Fisto, Milk Coffe & Sugar et Mr Popcorn.
Propos recueillis par Carole Bouchard
Hocus Pocus, 16 Pièces, (Mercury / Universal)
Sortie le 15 mars 2010.
Retrouvez toutes les dates de la tournée du groupe ici.
