On te retrouve enfin, après trois ans d’absence. La machine est relancée ?
J’espère ! Mon cœur y est, ma tête aussi et j’ai vraiment envie de retrouver mon public. La scène me manque vraiment énormément.
Justement, pourquoi ces années de pause ?
Parce que j’en avais besoin. J’étais fatiguée psychologiquement de cette vie à 100 à l’heure depuis six ans, de ne pas avoir eu le temps de prendre du recul sur ce qui m’arrivait. Il me fallait un moment de répit pour me poser, déménager de Paris, acheter ma maison… Je trouve que Paris est une ville magnifique mais pas appropriée pour moi. J’ai besoin de me retrouver au calme, au beau milieu de la nature. J’avais tous mes amis dans le Sud. J’ai retrouvé un équilibre.
Tu as pensé à ne pas revenir du tout ?
Non car j’en aurais été malade. C’est bien trop important pour moi de chanter, de monter sur scène, d’avoir mon public en face de moi.
On sent avec le single Laisse les dire que certaines choses t’ont blessée. Cela explique-t-il aussi ton désir à un moment donné de prendre du recul ?
Je pense que ça a été un tout et pas seulement ces critiques. Même si c’est blessant, même si c’est dur à assumer quand on est jeune et qu’on n’est pas forcément bien dans ses pompes et qu’on sait qu’on ne fait pas forcément partie du moule du moment… Dans tous les cas, cette chanson m’a permis de leur dire qu’ils ne m’empêcheront pas de continuer. Désormais, c’est loin de m’atteindre, mais à l’époque j’ai évidemment trouvé ça injuste. J’ai parfois eu aussi l’impression qu’on m’en demandait trop. Et puis, j’ai vécu de très belles choses très vite alors, est-ce que ça a créé des jalousies… Mais j’ai fait le deuil de tout ça et je ne veux plus me laisser abîmer. En m’arrêtant, j’ai réalisé qu’à cause de ça il y a beaucoup de choses que je n’ai pas vécues à 100%. Aujourd’hui, c’est différent.
Comment t’es-tu lancée dans ce nouvel album ?
Cela a été compliqué, je me suis posé plein de questions et on a essayé énormément de styles jusqu’à trouver le déclic où je me suis sentie bien pour un projet que je puisse assumer. J’ai participé à l’écriture également sur quelques titres. Cette fois-ci, j’ai refusé plein de chansons, je n’ai pas voulu faire plaisir. J’ai appris à dire non. Je voulais vraiment que tout ce qui sorte de cet album soit une part de moi-même. Quand tu finis par acquérir une certaine maturité et un peu plus de confiance en toi, je pense que les gens avec qui tu travailles se comportent différemment avec toi. Cet album, c’est le mien.
Avec sans doute beaucoup de pression pour ce retour…
Oui, je commence à la sentir maintenant ait et c’est tant mieux car ça peut être assez négatif quand tu es en pleine création. Quand tu te dis qu’il faut que tu sortes un hit. J’étais un peu comme ça au début et ça m’a bouffée. Là je vais faire de mon mieux, suivre ma voie et voir où elle m’emmène. Avant, j’étais tout le temps dans le négatif et là je ne veux plus. J’ai appris à m’endurcir car quand tu prends des claques à un moment tu n’as plus le choix ! En passant trois ans dans la vraie vie, j’ai grandi et j’ai ouvert les yeux. Avant je prenais tout à cœur et ce n’était pas gérable.
On sent une évolution dans cet album vers un style plus soul et jazzy, comme si tu avais décidé de quitter un peu la variété…
J’ai le sentiment d’être passée à autre chose. Déjà en ne me lançant plus dans des envolées vocales pour aller chercher des notes un peu partout. C’était un challenge que je n’avais pas envie de renouveler. J’avais envie d’utiliser ces graves là pour retrouver un style avec lequel j’ai grandi et qui m’a procuré des émotions nouvelles.
Tu n’as donc pas cédé à ce courant "anti grandes voix" qu’il y a en France…
Non, parce que c’est un truc que j’assumerai toute ma vie et que j’ai adoré faire. D’ailleurs, ça m’éclate toujours ! Ce qu’il y a de bien dans cet album-là, c’est que je ne déchante pas, ma voix est toujours là. Une carrière c’est aussi savoir se renouveler et faire découvrir d’autres facettes de toi. Je m’amuse tellement à chanter sur des titres d’Aretha… Mais je sais que les chanteuses à voix ne sont pas forcément reconnues ici, peut-être parce qu’en France c’est plus compliqué de pouvoir chanter comme ça et qu’on attaque ceux qui ont la facilité de le faire. Mais je m’en fous ! J’ai aimé chanter de cette façon. Ici, je n’ai juste plus envie d’être dans le challenge. Mais sur scène j’interprèterai aussi les anciens titres donc les envolées seront toujours là (sourire). Je n’ai pas l’impression de m’être dénaturée dans cet album.
Il y a une chanson pour ta mère sur cet album aussi.
Oui et c’est moi qui l’ai écrite car j’avais des choses à lui dire que j’avais du mal à lui faire comprendre. Pour elle, ça a été difficile de me voir partir et de me voir aussi vivre des moments difficiles. Mais aujourd’hui, elle me sent beaucoup plus forte et ça la rassure.
Et une chanson pour tes fans…
C’est ma manière de leur dire que je n’ai fait que penser à eux, que je ne les oublierai jamais. Ils font de mon destin quelque chose de magnifique et je n’arrêterai jamais de les remercier. Je le leur dois bien. Ils m’ont aimée sans aucun intérêt et ça fait du bien. Ce sont eux qui ont été les plus justes avec moi finalement et on reste en contact régulièrement. Certains ont mon numéro de téléphone et viennent même à la maison. Sinon on organise des chats sur mon site. J’ai des fans adorables et j’ai beaucoup d’amour à leur donner. J’ai donc voulu faire de cet album quelque chose de sincère et d’autobiographique. Cet album est un moyen de m’aider et d’aider ceux qui en auront envie. Je garderai toujours une part de mystère mais je pense qu’il y a des choses que je peux un peu plus lâcher qu’auparavant.
Tu reviens dans une industrie du disque qui a énormément changé : comment l’appréhendes-tu ?
J’essaie de garder un maximum de recul pour ne pas tomber dans la panique car j’ai l’impression que beaucoup paniquent. Je ne veux pas tomber là-dedans et j’ai décidé de me faire confiance et de faire confiance à mon public. Ce n’est pas présomptueux mais c’est un album dont je suis très fière car il y a eu beaucoup de travail. Peut-être qu’avec cette crise certains vont aussi se rendre compte que rien n’est acquis et qu’on va tous prendre au sérieux le travail et repartir à la rencontre du public. A un moment donné je pense qu’ils se sont sentis utilisés et je peux aussi les comprendre quand ils disent que les albums sont chers. Maintenant, c’est difficile aussi pour les artistes. Donc le mieux c’est de rester calme et de bosser dur. Mon but est de retourner sur scène. On a déjà trois dates prévues à l’Olympia en novembre et je suis super impatiente.
On sent que tu as enfin pris conscience que tu avais ta place dans ce milieu.
Oui. Je me sens artiste aujourd’hui alors que ce n’était pas forcément le cas avant. J’estime que j’ai le droit d’être là. Je crois que c’était vraiment un grand manque de confiance en moi. Je n’avais pas le sentiment d’être à la hauteur. Maintenant je me dis même que j’ai le droit d’être là plus que certains autres… Finalement, j’ai toujours eu le droit à cette place mais aujourd’hui j’y crois plus qu’avant.
Propos recueillis par Carole Bouchard
Chimène Badi, Laisse les dire (AZ)
Single disponible
Sortie de l’album le 3 mai 2010
Retrouvez ici les dates de sa tournée
