Après avoir sorti un album réussi et couvert d’éloges, avez-vous ressenti une certaine pression au moment d’entrer en studio ?
Non, pas vraiment, je n’ai pas eu cette impression-là. Au contraire, le succès de Blow nous a plutôt mis en confiance par rapport à la suite et à ce qu’on avait envie de faire. Ca voulait dire qu’on n’écrivait pas seulement pour nous. Après, c’est vrai que pas mal de choses étaient perfectibles, notamment au niveau du son. Franchement, j’ai eu beaucoup de plaisir à faire cet album.
Pourquoi avoir appelé l’album Mirror, Mirror ?
C’est peut-être parce que les 12 titres qui sont sur cet album sont comme 12 contes, 12 comptines qui évoluent tous dans un univers assez fantastique. On s’est rendu compte que c’était un album de notre époque, une époque où l’on s’interroge et où l’on se pose beaucoup de questions. On a donc imaginé cette époque comme la méchante reine dans Blanche-Neige qui se demande si elle est encore belle devant son miroir. Le titre fait référence à l’univers des contes.
Quelles nouveautés avez-vous souhaité apporter à ce nouvel album par rapport au précédent ?
On voulait faire quelque chose de différent et c’est vrai que ca s’est fait naturellement, on ne s’est pas assis à une table pour savoir ce qu’on voulait faire. On a écrit, on a enregistré les chansons et après quelques mois, on s’est rendu compte de l’album qu’on avait fait. Dans Blow, les morceaux sont très différents même si on sent que c’est le même projet. Pour les nouvelles chansons, on avait envie d’aller plus vite à l’essentiel, d’apporter un côté puissant et immédiat. Je voulais un album dense, qui s’écoute rapidement et qui ait besoin d’être écouté plusieurs fois pour en saisir toutes les nuances.
Pourquoi avoir fait le choix d’une chanson presque silencieuse avec Birds In My Head ?
Cette chanson représente l’introduction du morceau Kill The Surfers. C’est quelque chose d’intérieur, comme une parole interne, dans une ambiance très pesante et malsaine. J’avais un micro en main, j’avais demandé de mettre le volume à fond et toute la batterie qu’on entend, c’est mon doigt qui tape sur mon poignet. La prise de son est tellement sensible qu’on entend le moindre bruit. Je voulais que la chose la moins bruyante puisse être écoutée le plus fort du monde.
Quel est le sens du visuel où s’entremêlent de nombreux instruments de musique ?
C’est toujours très compliqué de faire une pochette d’album. C’est notre local qu’on a pris en photo, c’est dans cet univers de néons et de fils qu’on a vécu pendant trois ans. Je trouvais qu’il y avait une certaine authenticité, que c’était très parlant pour nous. Il y a beaucoup d’électronique sur cet album et il y avait presque un synthé par son, donc la configuration que l’on voit sur la pochette est vraiment une configuration live !
Allez-vous tourner un clip pour le premier single Take It Easy ?
On a reçu plein de scénarios pour le clip mais je ne suis pas très favorable aux clips en général. On a moins de prises que pour un album et on contrôle beaucoup moins le résultat final. Que ce soit la musique ou le visuel, on contrôle à 100 % en tant que groupe. Pour le clip, quelqu’un va arriver avec une idée précise en rapport avec ce qu’il a entendu et un but commercial. Pour moi, ce sera toujours secondaire.
Préfèrerais-tu réaliser toi-même le clip ?
Oui, j’aimerais bien mais je n’ai pas le temps. Je pourrais très bien le faire et ca me plairait beaucoup.
Quels artistes avez-vous écouté pendant l’enregistrement du disque ?
Plein de groupes. Il y a eu les Klaxons, le dernier Portishead, Late Of The Pier. Pendant un an, j’ai beaucoup écouté le groupe Death From Above. On a un côté assez rigide pour la musique, ce qui n’est pas du tout le cas pour le cinéma par exemple. Je suis beaucoup moins ouvert quand j’écoute de la musique.
Qu’est-ce que tu penses de la scène belge actuelle ?
La scène belge n’existe pas parce qu’on fait la même musique, elle existe seulement parce qu’on vient du même pays. On a pas mal de groupes amis comme Montevideo qu’on a produit ou MVMC. Après, il y a aussi Goose ou alors The Black Box Revelation qu’on a invité pour la première partie de notre tournée.
Quelles sont vos inspirations majeures pour écrire les textes de vos chansons ?
En fait, tous les thèmes m’intéressent, dans n’importe quel domaine. Que ce soit quelque chose d’extrêmement esthétique ou un sujet d’actualité, tout m’intéresse. Par contre, la manière de les aborder sera toujours dans cet univers fantastique entre American Psycho, Batman et Las Vegas Parano. Il y a quelque chose de fort lié à l’imaginaire quand on fait de la musique, de donner cet univers aux gens, de donner la sensation d’invincibilité à l’écoute d’un album.
Quel rapport entretenez-vous avec la France ? Est-ce que vous avez déjà écrit des chansons en français ?
Quand on fait notre musique, on ne pense pas forcément à la France, la Belgique, la Hollande l’Angleterre, etc... Mais après, on est confrontés aux gens qui écoutent en live. Je dirais que le public français aime bien la musique et qu’il est moins dans les textes que le public allemand par exemple. C’est un public qui aime bien la puissance et la mélodie. Si on devait choisir entre les Eurockéennes en été et une tournée en Allemagne en février, on choisirait la France. D’ailleurs, on a écrit une chanson en français sur l’album qui s’appelle Je t’attendrai. C’est une sorte de parodie du titre Joy Success Happiness à la façon de Julio Iglesias ou Dalida.
Pour finir, vous semblez accorder beaucoup d’importance à votre look sur scène, entre costumes sombres et perruques afro…
En gros, le rock’n’roll c’est quatre accords, le reste c’est de l’attitude. C’est vrai qu’on aime bien avoir une culture du look. Pour les perruques, on les avait trouvées sur un plateau télé. Finalement, c’est resté parce que la maison de disques nous a dit que ca nous permettrait d’être reconnus. On aime bien jouer avec différentes choses mais il faut que ça reste sur un coup de tête, comme quand on s’est habillé en singe sur scène !
Ghinzu, Mirror, Mirror (Barclay/Universal)
Album disponible
En tournée dans toute la France
