Bonjour Leslie. Ton album est très attendu : ressens-tu un stress particulier cette fois plus que pour les autres sorties ?
Oui, forcément. Déjà parce que je pense que le stress vient en vieillissant. Ensuite, parce que c’est la crise et quand on voit les chiffres de certains on a envie de crier "au secours !" et on se demande ce qui vous attend. L’environnement n’est pas forcément propice mais je compte sur mes fans, ceux qui m’ont soutenue depuis le début. Je compte aussi sur la qualité du travail qu’on a fourni. Après trois ans loin de la scène et de l’actualité, j’espère que ce sera un retour gagnant.
Justement, comment as-tu vécu ces trois années et ce dernier projet d’album qui n’a finalement pas vu le jour ?
C’était un peu chaotique. Déjà avec la fin de cette grande histoire d’amour avec M6, c’était un peu ma famille. J’ai changé de maison de disques pour un projet de transition mais je suis arrivée dans une période de reconstruction des équipes et dans une mauvaise ambiance. Finalement, on n’a pas sorti le projet et on a signé dans un label indépendant pour se retrouver dans la normalité.
Dans ce nouvel album, on a l’impression de retrouver la Leslie des débuts…
Quand on perd son chemin, il faut revenir à la source et c’est ce que j’ai essayé de faire tout en suivant l’évolution musicale qu’on traverse en ce moment. Donc c’est un album de pop urbaine, parce que le R’n’B est obligé d’évoluer. Je veux m’inscrire sur la durée, élargir mon public et retrouver la scène le plus vite possible. Il faut de toute manière essayer d’amener le public à écouter des choses différentes. Le but de la musique, c’est de garder cette liberté artistique.
Tu as grandi sous les yeux du public, est-il donc plus compliqué d’évoluer sans te couper de ceux qui te suivent depuis que tu es une ado ?
C’est vrai que ce n’est pas facile mais le jeu en vaut la chandelle. J’ai quand même aussi habitué mon public à mes changements d’univers, donc je veux garder cette direction. J’aime jouer du piano, j’aime danser et je ne peux pas me couper des deux pour rentrer dans une case. C’est aussi un message d’espoir d’essayer de faire voyager les gens à travers la musique. Il faut changer d’horizon !
D’ailleurs, les deux premiers singles de ton nouvel album, Tout sur mon père et Never Never, montrent ces deux directions musicales. Le clip de Never Never dévoile aussi une Leslie qui aime faire la fête…
Je me suis vraiment éclatée à tourner ce clip ! (rires) J’ai fait un premier voyage à Miami et j’ai été totalement séduite par l’ouverture d’esprit des gens, la diversité culturelle… Enormément de choses…
Pour le premier single, tu t’es mise à nu. Etait-ce si facile que ça ?
Je voulais faire un retour en douceur et ce titre est arrivé vraiment à la fin de la création de l’album. J’étais enfin prête à aborder ce thème car j’avais déjà réglé cette histoire dans ma tête. J’ai écrit la chanson en dix minutes, c’est sorti droit du cœur et assez facilement. Ensuite, je me suis posée plein de questions en me disant que j’allais vraiment devoir assumer. Je ne suis pas déçue du tout car en plus j’ai reçu plein de messages de gens qui se retrouvent dans ce titre. Au niveau personnel, ça n’a rien changé. C’est moi qui ai coupé les ponts… Quand on n’a pas vécu avec son père, qu’on n’a pas eu de nouvelles pendant longtemps puis qu’il revient vers vous et que vous décidez d’arrêter, ce n’est pas facile à assumer… Mais en même temps, c’est un juste retour des choses… On ne veut pas la vengeance mais quand même que justice soit faite. Alors aujourd’hui, je dirais que je vis quand même avec une jambe en moins car je défends des valeurs qui ne vont pas avec cette situation. Mais tout s’arrangera un jour, je le souhaite…
Il y a des titres comme Hexagone qui peuvent faire penser que tu te donnes plus le droit qu’avant de faire passer certains messages…
Pas forcément plus de messages, mais j’expose peut-être mon opinion de façon plus claire. Je pense qu’à 25 ans c’est plus facile. Avant, on ne sait pas ce qu’on veut ou alors on a des opinions trop tranchées. Là, j’aspire à des choses simples pour trouver le bonheur.
Le R’n’b français semble parfois très en retard et mal défini. Te considères-tu comme une lanceuse de tendances depuis tes débuts, comme une sorte de pionnière ?
Je n’ai pas cette prétention-là, même si je suis hyper fière de cet album et des sons qu’il fait découvrir. Mais c’est hyper compliqué car notre culture française nous impose un patrimoine dont on ne peut pas faire abstraction, avec cette grande variété française. En tant que jeune artiste urbaine, c’est très difficile de donner autant de contenu sur une musique qui n’en nécessite pas forcément. Du coup, on est obligé aussi de parler de choses légères quand on a un up tempo un peu à l’américaine. Et puis, on ne peut pas être non plus tout le temps engagé… Il y a aussi de la musique qui sert juste à se détendre.
Tu as beaucoup d’expérience de ce métier désormais, quel regard portes-tu sur ce milieu ?
Bizarrement, j’ai évolué dans ce milieu comme une étrangère. Je n’ai jamais été dans les soirées show biz car ça ne m’a jamais attirée de faire partie de ce microcosme donc je reste une espèce d’étrangère. J’aime bien discuter avec des gens qui ne sont pas dans ce milieu. J’ai besoin de vérité. Le fait d’avoir grandi en Afrique m’a permis de voir ce qu’était la vérité. Je veux juste être proche de mon public, leur donner tout ce que j’ai à donner. Cela me donne un équilibre précieux et m’empêche de subir les mauvaises influences. L’amour du public me fait tenir.
Comment envisages-tu les retrouvailles justement ?
Les premiers retours m’ont rassurée ! Et il y a quand même des fans qui sont super objectifs, il ne faut pas négliger leur opinion. Et puis avec Facebook, Twitter, on garde le contact plus facilement. A la rentrée, j’espère pouvoir entrer en répétitions très vite pour tourner cet hiver. J’ai envie de jouer au piano, de revenir à mon amour de toujours, sur scène. Et puis surtout, retrouver cette adrénaline de partir sur les routes avec toute l’équipe. Ce n’est pas vraiment une deuxième carrière que je vis mais plus une histoire qui continue. Quand on est artiste, il y a des hauts et des bas et il ne faut pas en être effrayé. Mon histoire suit son cours et je m’adapte. Pour cet album j’espère juste que les gens se laisseront porter par mon nouvel univers.
Propos recueillis par Carole Bouchard
Leslie, A la recherche du bonheur (Artop Records/Wagram)
