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Interview Stephan Eicher, la conquête de l’Eldorado


Tel un cours d’eau imprévisible, la carrière de Stephan Eicher a fait son lit le long de contrées diverses et s’écoule avec une force toujours changeante. Raz-de-marée du temps d’albums vendus par millions et de zéniths remplis à raz bord, elle a repris un rythme plus discret lors de ses deux derniers opus. Aujourd’hui, la rivière Eicher prend un virage inattendu. Avec l’aide de nouveaux complices, le poète suisse embarque vers une nouvelle terre, un Eldorado qui ne ressemble à aucun autre.

Sur ton album Taxi Europa, tu proposais des chansons écrites pour la scène. Qu’en est-il d’Eldorado ?

L’album Taxi Europa est venu après un long moment pendant lequel je n’étais pas parti en tournée dans un cadre simple, basse-batterie-guitare. Je me suis alors assis pendant deux mois et j’ai écrit Taxi Europa, des chansons destinées à un public dans une salle.
Un an et demi après, j’ai commencé à écrire de nouvelles chansons et j’ai remarqué que je les écrivais dans des endroits où je gênais presque, où je devais être très discret. Je travaillais la nuit, ma musique ne devait pas être trop forte. Ca a donné une certaine intimité aux premières chansons. C’était amusant : vers onze heures du soir, quand les gens allaient dormir, moi je montais dans la pièce sous le toit et j’y travaillais jusqu’à six heures du matin, je faisais ensuite le petit déjeuner pour tout le monde et puis j’allais me coucher. Le premier public, c’était moi-même, je voulais me faire plaisir.


La chanson Confettis a été écrite à l’époque de Taxi Europa. Avais-tu l’idée de cet album depuis quelques temps ?

Le but de Taxi Europa était de faire un album afin d’avoir une excuse pour partir en tournée ! Pour Eldorado, j’ai écrit de nouvelles chansons, j’en ai repris d’autres parce qu’elles me plaisaient. Quatre chansons ont été produites avec Frédéric Lo, qui a fait un très bel album pour Daniel Darc intitulé Crève cœur. Il est rentré dans le projet lorsque la maison de disques a entendu le titre Parle moi. Ils se sont dits que Frédéric pourrait le produire, lui donner une sonorité à la Crève cœur. Frédéric est arrivé et a commencé à travailler sur cette chanson. Elle ne se retrouve finalement pas sur le disque parce que d’autres choses nous ont plus séduits.


Philippe Djian signe cinq textes de l’album. Tu es très fidèle dans tes collaborations professionnelles…

Oui. Comme il le dit, le mariage de son texte avec ma musique crée une troisième personne qui n’est ni lui, ni moi. C’est un mélange de nous deux. Sur ce disque, il y avait quelques textes exceptionnels pour lesquels je n’ai pas été à la hauteur. Sur Parle moi, la mélodie n’étais pas assez bonne. Alors, la solution a été de mettre sur l’album une chanson dont les textes et la musique sont de Philippe Djian. Ensuite, il m’a présenté un de ses amis, un écrivain, Martin Suter. Ca m’a soulagé que ce soit Philippe qui me propose cette collaboration.


Raphaël t’a écrit le titre Rendez-vous

Oui. Un jour, j’étais chez lui et il m’a joué quelques nouvelles chansons. Certaines m’ont beaucoup plu, il m’a laissé essayer de faire quelques chose avec et c’est devenu Rendez-vous.


Il y a également Mickaël Furnon de Mickey 3D…

Oui. En fait, il m’a envoyé par mail, de manière très discrète, simplement quelques guitares avec une histoire très touchante.


Tu as fait un tour du monde musical avec tes albums : l’Europe avec Taxi Europa, la Provence avec Carcassonne, l’Afrique avec 1000 vies, les terres celtes avec Louanges… La musique comme moyen de transport ?

Quand j’ai fini un travail et que je fais un pas en arrière, je peux l’analyser comme ça. Mais pour être honnête, pendant la création, ce n’est pas du tout ça. Bien sûr, il y a une pensée derrière mais je n’ai pas la capacité intellectuelle de la formuler à la manière d’un artiste plasticien. Ma façon de faire de la musique est moins sérieuse, plus immédiate.


A travers le banjo de Confettis ou la trompette de Rendez-vous, on sent une ambiance un peu western…

Oui, oui ! Mais ce n’est pas un concept. Ce sont de simples folk songs sur lesquelles on s’amuse. Pour la banjo, c’est un instrument que j’avais un peu oublié. C’est Martin Wenk du groupe Calexico, qui est un ami et qui vient parfois avec moi en tournée, qui a joué de la trompette.
Au début de ce projet, l’album s’appelait Autoportrait et je jouais tout : j’avais écrit toutes les paroles, toutes les musiques, je chantais, je jouais la batterie… Après, ça m’a ennuyé parce que je suis un mauvais batteur. Mais l’idée était de faire un autoportrait. Même pour la pochette, j’avais fait la photo dans les toilettes du TGV avec mon téléphone.
Voilà comment je visualisais les choses et ce que ça donne au final !


On sent que tu aimes te laisser porter par la vie, ne pas toujours savoir où elle t’emmène…

Oui, c’est plus simple. Mais j’ai peur que les gens pensent que je cherche à faire quelque chose de différent à chaque album. Taxi Europa, c’était il y a trois ans. Depuis, j’ai fait plein de choses. Et là, je reviens avec le résultat d’une vraie recherche.


Ca te plaît de surprendre les gens ?

C’est tout ce qui me plaît. Ce qui est instable est plus excitant. Passer mes journées à lire un livre sous un arbre, ça me va mais si je ne faisais que ça, je deviendrais vieux, amer, gros et gris ! C’est plus amusant de se lever et de se confronter à la vie.
Faire ses valises, prendre le train, se perdre… Pour moi, voyager, c’est un peu comme prendre des drogues.


Que t’évoque le mot "Eldorado" ?

Une carotte. Je vois un âne avec une carotte devant et quelqu’un assis dessus qui le fait marcher. L’âne ne remarque pas que c’est une carotte, il croit que c’est de l’or.


Pour toi, c’est ça l’eldorado ?

Malheureusement, oui. Mais ce titre a une autre explication. J’ai regardé sur Google et j’ai trouvé l’histoire de ce peuple qui avait pour coutume de recouvrir son roi avec de la poudre d’or. Celui-ci se rendait alors au lac pour se laver et l’eau devenait dorée. Devine comment s’appelait ce peuple… Musica !


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vendredi 20 avril 2007
 
 
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