Pour commencer, quel a été ton parcours avant cet album ?
J’ai été étudiante, mais très peu. Je me suis inscrite en histoire à la fac pour faire plaisir à mes parents. J’avais choisi Histoire pour être à la Sorbonne et être dans un quartier cool et en fait je me suis retrouvée Porte de Clignancourt les deux premières années ! J’ai fait croire à mes parents que j’avais eu mon Deug (je ne suis pas un bon exemple pour les étudiants !), je faisais semblant d’écrire un mémoire, j’avais inventé un sujet et en fait j’étais en train d’écrire des chansons. A 20 ans, j’ai fait mon premier concert. Mes parents sont venus, ont écouté mes chansons et ont adoré.
Depuis, tu vis de la musique ?
Ouais. Mais jusqu’il y a encore quelques années, c’était vraiment pour m’amuser, je n’avouais pas une seule seconde que je voulais faire un disque. Je le faisais un peu mollement, je faisais des petites chansons, très mauvaises je pense ! J’ai ensuite rencontré Julien Hirsinger, avec qui j’ai écrit cet album, et les chansons sont devenues bien meilleures à deux. Pendant un ou deux ans, on a pris le temps d’écrire des chansons, tout en s’amusant énormément.
Comment l’as-tu rencontré ?
Par un ami commun qui savait que j’écrivais des chansons. Il m’a dit que je devrais l’appeler mais ça ne s’est pas fait. Finalement, on s’est croisé à une fête, un samedi soir. On s’est entendu super bien tout de suite. Le lundi, on s’est retrouvé, on a commencé à écrire une chanson. On s’est ensuite retrouvé le mardi, puis le mercredi,…
Noah Georgeson réalise ton album. Comment s’est faite cette collaboration ?
Il fallait que je trouve un réalisateur pour ces chansons parce que ni Julien ni moi n’étions vraiment capables d’enregistrer. Alors j’ai rassemblés chez moi tous les disques que j’adorais et j’ai regardé le nom des producteurs. En général, c’était des disques des années 60 alors soit les types étaient morts depuis, soit ils s’étaient mis à faire ensuite des trucs épouvantables. Il y en avait aussi d’autres qui étaient totalement inaccessibles, surtout pour une française. Un soir, totalement par hasard, j’étais dans un grand magasin et j’écoutais des disques. On m’avait beaucoup parlé de Devendra Banhart que je ne connaissais pas. J’ai entendu vraiment le son que je cherchais, un truc particulier dans le mix des voix, dans le son de la guitare. Noah a écouté quelques morceaux que j’avais enregistrés avec Julien et il a accepté.
Il se dégage une grande causticité des paroles de tes chansons. Ca te vient d’où ?
Ca vient de Julien également, de nos caractères mêlés. Je pense que c’est un ton très familier pour moi, les dîners chez mes parents étaient sur ce registre-là. C’est un truc de famille ! C’est ma manière de parler et de plaisanter.
Qu’est-ce qui t’inspire pour tes paroles ?
Comme Julien et moi sommes très pudiques, on n’essaie pas du tout de "se mettre" dans les chansons, ce ne sont pas des thérapies. On essaie avant tout de faire de bonnes chansons, qui nous amusent et qui sonnent justes dans ce qu’elles disent mais qui ne sortent pas forcément de nos entrailles. En fait, elles me ressemblent terriblement, je commence à reconnaître beaucoup de moi dans ces chansons, bien plus que je ne l’imaginais.
As-tu une chanson préférée sur le disque ?
Je préfère toujours la dernière écrite, Judas. Mais dans deux mois je ne l’aimerai peut-être plus… C’est comme avec les gens : à un moment donné, on n’en peut plus.
La chanson Les trois copains a un refrain étonnant : "Vive le chocolat, l’héroïne et la vodka !"… C’est du vécu ?
Non, pas du tout. Enfin si ! La vodka, beaucoup ; le chocolat, beaucoup ; mais l’héroïne, non.
D’où t’est venue l’idée d’allier ces trois "copains" ?
Je m’en souviens précisément. C’était à une période où j’étais très déprimée, je me revois encore sur le canapé chez moi… Je ne pense pas tous les jours que c’est super de se droguer et de boire mais je me souviens qu’à cet instant précis ma vie me paraissait odieuse. Je me suis alors dit que, dans ces cas-là, quand le quotidien devient insupportable, la drogue peut sauver des vies. Quand j’ai écris "Vive le chocolat, l’héroïne et la vodka", je le pensais vraiment. Par contre, ce matin, je ne le pense pas du tout. La drogue, c’est mauvais et il ne faut pas en prendre !
Avec Julien, comment vous partagez-vous les rôles de l’écriture et de la composition ?
C’est totalement partagé. Julien est beaucoup plus discipliné que moi, il a imposé qu’on travaille avec des horaires de bureau et il a eu entièrement raison sinon je n’aurais jamais fini cet album, on se serait retrouvé le soir, on aurait rigolé. Il a imposé une discipline très stricte.
On travaille très peu séparément. On se retrouve dans son salon ou dans le mien et c’est comme une discussion, parfois très agréable, parfois très joyeuse, parfois extrêmement tendue pour trouver les mots justes. Plus que sur la musique, notre travail porte sur les textes.
Comment envisages-tu d’amener ces chansons sur scène ?
Je n’avais aucune intention particulière si ce n’est de bien les chanter et de m’amuser. Je n’ai pas tellement d’expérience de la scène. Les premiers concerts que je faisais étaient avec Julien, on allait dans des bars, pourris en général, pour tester nos chansons. Quand un inconnu au bar tournait un tout petit peu la tête en signe d’attention, c’était un grand trophée ! J’ai fait très peu de concerts jusqu’aux six derniers mois et là ça commence.
Comment réagissent les gens quand ils entendent les paroles de tes chansons ?
En ce moment, je fais les premières parties des concerts de Miossec et je peux vraiment bien sentir les gens. C’est comme dans la vie : quand tu rentres dans une pièce, tu sens si ce sont des gens bienveillants, si ça peut être drôle ou pas. Il y a ceux qui vont être paralysés ou un peu tendus et ceux qui rigolent. Je ne m’imaginais pas du tout entendre des rires quand je chanterais ces chansons. Maintenant, j’ai fait plusieurs concerts et je sais à quels moments viennent les vagues de rires et si elles ne viennent pas je suis très déçue !
Comment as-tu rencontré Miossec ?
Au départ mon manager me cherchait un tourneur. Il a contacté la maison de production Radical et a appris que Miossec cherchait quelqu’un pour sa première partie du mois de mars. Il lui a envoyé des chansons et Miossec a trouvé ça super. Il aime beaucoup C’est le moment de mourir et notamment la phrase : "J’aurais tant de choses à te dire si j’arrêtais de vomir". Il la répète tout le temps !
C’est un exemple de chanteurs français desquels tu te sens proches ?
Je ne connaissais pas du tout ! Je connaissais son visage, j’avais vu de belles pochettes mais je ne connaissais pas une seule chanson ! Avant de faire ses premières parties, je n’avais pas envie de faire mon écolière qui apprend ses leçons, je n’ai rien écouté à l’avance, j’ai tout découvert sur scène et je trouve ça vachement bien. La première chose que j’ai découverte de lui quand je suis arrivée pour faire la balance, c’est la liste de ses chansons qui était posée sur la scène. Les titres, c’était du genre Tonnerre de Brest, Maman,… Que des trucs de marin !
Tu écoutes quoi, alors ?
Que des morts ! J’écoute beaucoup de musique des années 60 : Johnny Cash, Elvis Presley, les Birds… En ce moment, j’adore Tammy Wynett, et sa chanson Stand By Your Man. Ce sont des histoires de femmes dont le mari est alcoolo mais qui les aiment encore. Les voix sont magnifiques et les arrangements très simples. Dans les Français, Julien et moi, on a une référence : quand on sent qu’on est en train de se planter, on pense à Joe Dassin. On se dit : "Est-ce que Joe Dassin aimerait ça ?". Même si ce n’était pas lui qui écrivait ses paroles, en termes de chansons, c’est ce qu’il y a de mieux.
Si tu pouvais faire un duo avec un artiste, qui ce serait ?
Maintenant il est mort, mais j’aurais voulu chanter avec Maurice Pialat. Sinon, dans les vivants, j’adore Adam Green. Je dis ça mais en même temps, j’aurais super honte de chanter à côté d’eux !
En ce moment, tu écoutes quoi ?
Je n’écoute pas énormément de musique. Je suis partie en vacances il y a une semaine. J’avais apporté trois disques et je les ai beaucoup écoutés. Il y a ces deux frères américains qui s’appellent les Delmore Brothers. J’avais aussi mon album de Joe Dassin ainsi que Johnny Cash.
Tu as toujours vécu à Paris ?
Oui et j’en ai un peu marre. Jusque maintenant, ça allait très bien parce que je n’avais jamais quitté Paris mais depuis que je fais des concerts en province et surtout que je suis allée en Californie…
A part les premières parties de Miossec, tu as d’autres concerts prévus ?
Je serai le 12 mai au Café de la Danse, j’y partage l’affiche avec Tobias Froberg. Mon tourneur est aussi en train d’organiser une date en juin au Nouveau Casino ou à la Maroquinerie.
Tu t’attends à être en face de quel public ?
Aucune idée ! Je suis hyper curieuse de savoir. Mon grand rêve serait que ce soit des ados qui écoute ça dans leur chambre en regardant la pochette comme je faisais quand j’avais douze ans mais je n’y crois pas trop malheureusement… J’ai l’impression qu’ils écoutent plus du rock…
Tu te classes dans la "Chanson française" ?
Oui, ce sont vraiment des chansons, c’est la première chose à dire. Couplet-refrain-couplet-refrain, en trois minutes… Je n’ai aucun désir de révolutionner la chanson dans sa structure. Faire une chanson avec une guitare, trois accords, quelques couplets et quelques refrains, c’est un langage que j’adore !
Constance Verluca
1er album Adieu Pony (Warner Music France), disponible le 21 mai
En concert le 14 juin au Nouveau Casino de Paris
