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Interview de Feist, ’The Reminder’


Après 400 000 exemplaires vendus de son opus ‘Let It Die’ et une tournée de plus de deux ans, Feist est de retour avec ‘The Reminder’. Un album où elle se retrouve après s’être dispersée, se pose après avoir parcouru le monde et rassemble en quelques chansons toutes les facettes de sa personnalité.



Feist, racontez-nous la naissance de ce nouvel album

Il est le fruit d’un long processus. Après la sortie de mon disque précédent Let It Die, je suis partie en tournée pendant deux ans. Toutes ces nouvelles chansons sont nées de petits bouts de paroles ou de mélodies qui me sont venus pendant cette période. On a alors eu la chance de se retrouver dans de grands espaces, vides, avec le micro branché. J’ai tout gardé sur mon ordinateur portable. Gonzales a pris un appartement à Berlin pour travailler sur des idées. C’était un peu comme ce jeu d’enfant où l’on retourne les cartes afin de faire des paires : j’essayais d’assembler les bribes de paroles avec des bouts de mélodies. Nous n’avons pas travaillé en continu sur cet album, on y passait une semaine par-ci, une semaine par là. Mais sa gestation s’est tout de même étalée sur 6 à 9 mois.


Comment fait-on pour écrire de nouvelles chansons alors qu’on est en tournée ?

C’était une bonne façon pour moi d’être en manque de nouvelles mélodies ! J’avais l’impression d’avoir joué les chansons de Let It Die des millions de fois. A ce moment, les balances que tu fais en concert ne servent plus qu’à vérifier que tout fonctionne, tu n’as pas vraiment besoin de répéter les chansons tellement tu les connais ! C’était comme si chaque cellule de mon corps demandait de nouvelles choses à chanter. Ma gorge me suppliait de l’emmener en de nouveaux lieux. C’est comme les chemins en forêt qui sont pris par tout le monde : il y a des milliers d’autres endroits où marcher mais pour d’obscures raisons, tu finis par suivre les pas des autres. C’est exactement ce que faisait ma voix, à toujours suivre le même modèle. A chaque fois, c’était plus facile mais une autre partie de moi souhaitait explorer de nouvelles voies.


Comment s’est passé l’enregistrement de cet album ?

Gonzales : Feist est vraiment génial en studio. Elle reste calme et détendue alors que c’est assez dur d’enregistrer entre deux dates d’une tournée.
Feist : L’ambiance était très relaxante, c’est vrai. A un moment donné, on a du choisir les personnes avec qui travailler en studio et finalement on s’est retrouvée avec une équipe de rêve : Gonzales, Renaud Létang, Mocky…


Sur votre album précédent, vous chantiez le titre Tout doucement. Vous avez aussi vécu à Paris. Pourquoi n’y a-t-il aucune chanson en français sur The Reminder ?

(En français) J’ai habité ici un an et demi avant la sortie de Let It Die. Après je suis partie en tournée et j’ai perdu tout le français que j’avais appris. En concert, je ne chantais jamais de chansons en français parce que je n’arrivais pas à me souvenir des paroles sur scène. Lorsque je les ai enregistrées en studio, je les ai chantées phonétiquement et Gonzales me traduisait le sens de chaque phrase à travers la vitre. Ma carrière francophone est finie (rires) !!


Parlez-nous de la chanson Brandy Alexander

Quand je travaille sur une chanson avec Gonzales, on est assis ensemble dans une pièce. Mais avec Ron Sexsmith, ça s’est fait sur Internet. On s’est grâce à nos amis communs. Je lui ai envoyé quelques paroles sans vraiment lui proposer d’écrire ensemble. Il m’a répondu en me disant qu’il avait une mélodie en tête et qu’il pourrait me la chanter un jour. Six mois plus tard, Ron est venu à mon concert à Los Angeles et me l’a chantée. Je n’avais à ce moment aucun moyen de l’enregistrer alors je l’ai mémorisée. Encore six mois après, je l’ai chantée à Gonzales et quelques heures plus tard, la chanson était enregistrée. C’est la collaboration la plus futuriste que j’ai jamais faite ! On n’a vraiment pas suivi la bonne vieille méthode avec le crayon coincée derrière l’oreille !
Ca me fait penser au jeu du téléphone arabe, quand tu murmures quelque chose à l’oreille de ton voisin et que le message se communique ainsi à tout le cercle.


Cet exercice de mémorisation explique le titre, The Reminder ?

Non et d’ailleurs je ne sais pas encore pourquoi l’album s’appelle ainsi… C’est en rapport avec la chasse au trésor, les jeux d’indices… The Reminder représente toutes ces choses que tu veux conserver en mémoire, ces petites preuves qui permettent de garder des souvenirs et sans lesquelles on oublie. C’est un peu ce qu’est ce disque pour moi. Ces dernières années, j’ai réalisé que sans le vouloir j’avais dissimulé certains de ces indices dans les paroles de Let It Die. Parfois, je peux chanter une chanson pour la millième fois et tout à coup, je me revois en train de l’écrire. Avec le temps qui a passé, elle peut avoir pris un autre sens et je la regarde alors d’une façon complètement différente. Cela m’est arrivé à plusieurs reprises.
J’ai essayé de mettre un peu de ça dans The Reminder pour me rappeler quelque chose que je ne connais pas encore !


Cet album est plus jazzy que le précédent…

Je n’aime pas parler en termes de "genres". Les chansons se composent d’éléments très différents, c’est sûr, mais la vraie différence est cette touche live : on s’est retrouvé ensemble dans une pièce et on s’est mis à jouer. Contrairement à Let It Die, ce nouvel album contient beaucoup de guitare. Les chansons en contiennent toutes et ont même été écrites en se basant sur cet instrument.


Avec qui voudriez-vous travailler ?

(Feist à Gonzales) : Qu’en penses-tu ? Qui devrait être mon prochain producteur ? Pour l’instant, toutes mes collaborations se sont faites dans des conditions particulières. Les Kings Of Convenience ont entendu une de mes démos et sont ensuite venus travailler avec nous. Pour Jane Birkin, Gonzales produisait son disque alors il était tout naturel d’écrire une chanson et de contribuer à son album de duos. Quant aux Broken Social Scene, ce sont des amis. Toutes ces collaborations sont survenues par hasard. J’en regrette certaines et d’autres me rendent heureuse mais au final, rien n’a été programmé, tout s’est fait très naturellement. C’est pour cela que j’ai du mal à citer quelqu’un… Je peux recevoir demain une proposition surprenante et m’embarquer dans une collaboration avec quelqu’un que je n’aurais jamais imaginé !


Comment avez-vous rencontré Gonzales ?

Ca remonte à des années, même avant que je n’enregistre mon tout premier album. Nous nous sommes rencontrés à un festival, nous avions quelques amis en commun… En deux mots, nous sommes sortis ensemble pendant trois mois mais aujourd’hui nous ne sommes plus que de bons amis. Cinq ou six années plus tard, on a été capable de faire un album ensemble parce qu’il n’y a plus aucune tension entre nous.


Certaines de vos chansons ont été synchronisées dans des publicités ou des séries télé…

Oui, parfois les chansons qui sont déjà enregistrées se retrouvent utilisées dans un nouveau contexte. Il s’agit simplement de faire un choix, d’accepter ou non d’avoir sa musique mise en images, sans que cela t’empêche de dormir la nuit. Idéalement, ça peut parfois donner une nouvelle vie à une chanson. Mon autre groupe, Broken Social Scene, a offert presque gratuitement son premier album à un film indépendant intitulé Half Nelson. Avant sa sortie, nous l’avons vu et on l’a trouvé si réussi que c’était presque un honneur de pouvoir de cette façon y contribuer à notre tour. Par contre, pour la pub de Lacoste, je ne peux pas me leurrer, il s’agit de vendre un produit. Le choix d’avoir une chanson impliquée avec cela n’a rien à voir avec l’art.


N’est-ce pas finalement un moyen original pour donner accès à votre musique ?

C’est un résultat, oui. Les gens entendent la chanson, c’est vrai, mais comment vont-ils savoir qui en est l’interprète ? On a tous à manger, à payer un loyer et c’est la motivation première d’une telle opération.


A une époque, tu avais un style beaucoup plus grunge. Comment vas-tu interpréter des chansons plus douces, parfois jazzy, devant un large public ?

C’est vrai que plus jeune, je chantais différemment, beaucoup plus fort, et je me suis cassé la voix à 19 ans. J’ai alors dû tout réapprendre. En fait, ces deux voix sont complètement différentes, l’une est le résultat de l’autre. Et puis, j’aime le paradoxe d’être amené à interpréter des chansons douces devant un public nombreux. Ddans les festivals, contrairement aux salles de concerts classiques, tu n’as aucun mur pour te renvoyer ton son ou pour contenir ta musique dans un espace restreint. A un festival, ta musique s’envole comme un ballon, tu la regardes s’envoler jusqu’à la voir disparaître. Les gens des premiers rangs seront peut-être les seuls à t’entendre mais tu n’y peux rien.


Avez-vous quelques anecdotes amusantes à nous raconter au sujet de votre tournée ?

Oh oui, il se passe souvent de vraies tragédies sur scène ! Il y a les problèmes techniques, par exemple. On dirait que je suis maudite : chaque appareil électrique que je touche se met à bourdonner et j’ai déjà été électrocutée sur scène ! Un jour où nous jouions à San Francisco, le système électrique entier s’est arrêté. Il n’y avait plus aucun son mais on a continué le concert, sans microphone. Ca reste l’un de nos meilleurs spectacles car on s’est débrouillé sans aucun sound system, on s’est surpris nous-mêmes. Un autre jour en Belgique, toutes les lumières se sont éteintes, le son fonctionnait mais il faisait nuit noire dans la salle. Alors, tout le monde dans le public a allumé son briquet et on a joué à la lumière de ces petites flammes pendant dix minutes. C’est une chose fantastique qui ne peut pas se prévoir à l’avance.


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vendredi 20 avril 2007
 
 
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