Bonjour Jean-Louis. Vous revenez dans les bas avec un album intimiste, quasiment une mise à nu. Etait-ce facile de se livrer ainsi sur une période où vous avez perdu votre père et des amis proches ?
C’était facile, même si oui, cette fois c’est encore plus une mise à nu que d’habitude car j’étais vraiment à fleur de peau. Les choses un peu sombres qui se sont produites ont aussi mis en valeur des choses plus lumineuses. C’est une interrogation sur la vie, sur ce qu’on fait là. Je ne l’ai pas pris comme une thérapie mais peut-être que c’était ça aussi. Et puis avec mon papa, on a beaucoup partagé, donc je me dis qu’on l’a un peu écrit ensemble et ça m’a libéré pour prolonger un peu sa compagnie à mes côtés.
Cet album marque-t-il un passage pour vous ? A-t-il une signification plus spéciale que les autres ?
Oui, il a une signification spéciale et j’aimerais bien que ce soit effectivement un passage vers plus de sérénité. Je me connais un peu mieux après cet album. Et puis maintenant, je ne suis plus un fils, je ne suis plus qu’un père. Cet album, on l’a enregistré en se mettant simplement dans l’émotion, sans recette particulière. Moi je suis un peu un éternel débutant (rires), donc il n’y a jamais de technique assurée. A chaque album, il y a des problèmes qui se posent et ce ne sont jamais ceux que j’attends. En général, quand l’écriture est facile, la réalisation est plus compliquée, et quand l’écriture est plus lente, la réalisation vient comme une libération. Pour l’instant, là, tout va bien !
Vous avez gardé des mélodies légères malgré des thèmes sombres…
Oui, il y a la mort qui rôde avec son interrogation mais je ne suis pas sûr que l’idée de la mort assombrisse tant que ça la vie, en fait. Cela remet les pendules à l’heure et permet de mieux classer les choses importantes.
Dans Demain sera parfait, vous parlez du chanteur qui est là pour faire oublier. C’est ce rôle qui vous plaît le plus ?
Quelque fois, on peut guérir… Et puis quand on est dans la musique, on oublie un peu les jugements qu’on a sur nous-mêmes, sur les autres et ça a un rôle libérateur. Le futur contient de la peur mais cette peur on l’a au présent et elle nous empêche de vivre ce qu’il y a de bon à vivre maintenant. Du coup, quand on vit mal le présent, notre futur est amoindri. C’est une espèce de méthode Coué.
Dans Maintenant je reviens, vous dîtes revenir à ce pour quoi vous êtes fait. Il y a eu un moment où vous avez eu l’impression de vous perdre en route ?
Oui, quand je ne suis plus à l’intérieur de moi, qu’il y a trop d’informations qui ne viennent pas de moi. J’aime bien revenir à ce que j’ai dedans, à la musique, surtout quand je suis un peu mélancolique. Cela fait des bras dans lesquels se blottir. Et puis, on est tous un peu déracinés de son enfance et parfois on a besoin de retrouver ses racines, des choses très simples.
La phrase "je n’en reviens pas d’être toujours là" sonne aussi comme une surprise dans la bouche d’un chanteur qui fait quand même partie du patrimoine national…
Cela m’étonne d’être encore à cette place-là mais parfois ça m’étonne aussi d’être encore vivant. Je n’ai jamais l’impression d’avoir vraiment construit, en plus je suis autodidacte donc j’ai l’impression d’être débutant. C’est un peu la surprise, cette chance-là.
Vous repartez en tournée au printemps. Est-ce le moteur principal pour vous ? Et comment avez-vous vu évoluer votre public ?
Cela fait toujours un peu peur avant d’y être, mais c’est quand même une vie au cœur d’une fête. C’est vraiment là où doit être le musicien. Pour cette tournée, j’ai envie d’un grand groupe, d’avoir des cuivres, d’arranger d’anciennes chansons avec la couleur de mon nouvel album. En ce qui concerne les gens qui viennent me voir, il y en a pas mal qui ont mon âge et à qui j’ai envie de dire bonjour monsieur (rires), et puis je vois aussi des jeunes, des mamies… J’aime bien ! En général, je suis ému en voyant que des gens de différentes générations et de différents milieux viennent. J’ai beaucoup de chance. Et puis finalement, on se demande si c’est nous qui prenons les gens dans nos bras ou l’inverse. On finit par se faire comme une famille.
La question "est-ce que Téléphone va se reformer" est-elle celle qui vous tape le plus sur les nerfs en ce moment ? Cela vous étonne-t-il que certains en rêvent encore ?
Cela ne m’agace pas mais je n’ai pas de réponse… Quand on sort un album et qu’on part en tournée, on se doute bien que je n’ai pas d’autres plans en tête pour l’instant. Cela m’interroge un peu sur le fait que la musique pop devienne la musique classique de demain. En général, ce genre de mouvement est un peu généré par les adultes vieillissants… Il va peut-être falloir passer à la suite non !? (rires)
Propos recueillis par Carole Bouchard
Jean-Louis Aubert, Roc’éclair (EMI)
Sortie le 29 novembre 2010
