Bonjour Julie. Vous revenez avec un album, Plus de diva, très atypique mélangeant pop et classique : d’où vous est venue cette inspiration ?
Etrangement, c’est une envie qui est partie d’une « non-envie ». Je ne souhaitais pas vraiment me remettre dans la création d’un album alors que je sortais à peine d’une période bien chargée. Et puis il y a eu cette rencontre avec Frédéric Château. Il m’a fait écouter L’Herbe tendre et ça a été un coup de cœur immédiat. On s’est lancés dans ce projet un peu hors du temps, sans formatage. On a gardé le secret même avec la maison de disques alors forcément, à la première écoute, ils ont été plutôt surpris mais ils ont tout de même accepté. Ils me font confiance.
Etait-ce un besoin de sortir d’une certaine routine ?
Oui, j’avais besoin de me surprendre et de ne faire pour une fois que mon travail de chanteuse sans écrire ni composer. J’ai pris une direction un peu ovni, je suis restée dans mon délire sans me soucier de la pression du marché et j’espère que cet album trouvera un public. C’est certainement ma seule angoisse car de cela dépendra ma prochaine tournée.
Du haut de vos dix ans de carrière, comment voyez-vous l’évolution de cette industrie du disque ?
C’est angoissant. Les modes de consommation ont tellement changé, les gens s’approprient la musique de manières tellement différentes que c’est devenu compliqué pour les artistes. Alors certes, il faut blâmer le téléchargement illégal et le fait que les gens n’ont pas conscience des conséquences. Mais il faut aussi se remettre en question. Les artistes doivent retrousser leurs manches, on ne peut plus avoir seulement trois ou quatre très bons titres dans un album pour le vendre. Il faut proposer beaucoup plus. On paie aussi cette image donnée dans la précédente décennie de super stars qui s’en mettaient plein les poches. Maintenant, il faut de nouveau faire comprendre aux gens que la création d’un album demande énormément de moyens humains et financiers et qu’au final ce n’est pas forcément l’artiste qui gagne le plus.
Vous revenez avec un album digne de votre grande voix, à une époque où on a l’impression, en France, que la performance vocale est persona non grata…
C’est vrai que depuis environ cinq ans c’est devenu un problème d’être une chanteuse à voix. Avant on avait Lara Fabian, Céline Dion, etc… et c’était une sorte d’âge d’or. Maintenant, il semble que certains aiment de moins en moins. Je pense que c’est à la fois un problème de qualité musicale, car parfois on a manqué de renouvellement, mais aussi une sorte de snobisme. Aux Etats-Unis, c’est totalement différent. Je m’étais posée la question sur mon précédent album mais sur celui-ci je me suis dit "je chante et je m’en fous !" Et, pour être honnête, je pense que ce sont les médias qui ont le plus de problèmes avec la performance vocale que le public et moi ça m’agace. Quand on fait de la promo pour Fabian ou pour Chimène Badi, les gens viennent les voir en concert et c’est bien la preuve que la demande est là. Seulement certains médias s’y refusent. Moi, j’ai besoin de chanter, j’ai envie d’assumer ça et de ne pas me cacher.
Le titre Appelez-moi Maria sonne évidemment comme un hommage à Maria Callas… Avez-vous toujours été fascinée par ces femmes de caractère ?
Toujours ! Ce sont des femmes fortes, mystérieuses, énigmatiques et pas vulgaires. Elles sont à la fois votre meilleure amie et votre meilleure ennemie car vos hommes en sont fous. Je les trouve tellement glamours et elles sont belles car intelligentes. J’ai voulu un peu les réincarner, sans vouloir dire évidemment que j’en suis une !
Vous continuez de traverser les époques et de garder un public fidèle : comment l’expliquez-vous ?
Je pense que c’est parce que je ne suis jamais allée là où on m’attendait. Cela a été une chance toute autant qu’une malchance d’ailleurs. Parfois "Julie Zenatti" c’est un peu flou pour les gens. J’aime faire des pirouettes musicales et faire de la variété comme j’aime. Parce que de nos jours on dirait que le mot "variété" est une insulte, sauf que, désolée, la plupart de ce que j’entends en ce moment, c’est de la variété ! Alors on trouve d’autres noms pour le dissimuler… En ce qui me concerne, je pense que la fidélité des gens vient de ma voix et du fait que j’assume mon rôle de chanteuse de variété. Ce rôle, c’est de mélanger les genres musicaux pour en faire un style qui devient accessible au plus grand nombre.
Quel regard portez-vous sur vos débuts justement et le chemin qui vous a mené jusqu’à ce nouvel opus ?
En réécoutant certains titres, je me demande parfois pourquoi j’ai eu envie de dire ça ! (rires) Mais à l’époque, je le pensais vraiment, c’est ça ce qui est dingue. Le titre La vie fait ce qu’elle veut, par exemple. Je pense que je me voyais beaucoup plus femme que ce que j’étais vraiment. Aujourd’hui, mon album est cohérent de bout en bout. Je me présente telle que je suis. Peut-être aussi parce que j’ai accepté de me laisser écrire par d’autres.
Que gardez-vous de votre participation à X Factor ? Allez-vous rempiler ?
Au départ, ça ne me bottait pas trop de le faire et puis on m’a parlé de l’aspect coaching et là ça m’a intéressée. On cherchait également un chanteur ultime, à voix, un interprète dans toute sa splendeur. J’ai finalement pris un grand plaisir à m’y impliquer et j’y ai donné beaucoup de moi-même. C’était très enrichissant. Et puis je voyais leur amour de la musique et ça a ravivé l’envie de me battre et de m’exprimer. C’était nécessaire pour moi. Il faut savoir pourquoi on chante. Maintenant, pour une deuxième édition, j’ai envie de vous dire que je serai là mais tout est une question de planning et pour moi c’est très difficile de me prononcer à l’heure actuelle. J’aimerais partir en tournée fin septembre, il faut voir comment ça se passe aussi avec l’album… X Factor, vous savez, c’est émotionnellement et vocalement épuisant.
Quel rapport avez-vous entretenu au fil du temps avec vos fans et que peuvent-ils vous souhaiter pour les mois à venir ?
Je reconnais qu’au début j’étais un peu agressive car je ne comprenais pas pourquoi on venait me demander un autographe ou une photo dans la rue. Je ne me voyais pas différente d’eux. Et puis pendant Notre-Dame de Paris, j’ai regardé comment se comportait les autres et j’ai vu à quel point ça rendait les fans heureux d’avoir ce petit moment de contact. J’ai appris. Et puis on reçoit tellement d’eux qu’à un moment donné il faut aussi rendre. Désormais je suis vraiment très proche de mon public, je leur parle souvent sur Facebook par exemple. On a un peu grandi ensemble. Ils sont toujours là et j’ai vraiment de la chance. C’est un beau rapport. Maintenant, ce qu’ils peuvent me souhaiter c’est une grande tournée à venir avec cet album, dans des lieux atypiques et une ambiance intimiste. Et puis aller ensuite me frotter à d’autres univers artistiques...
Propos recueillis par Carole Bouchard
Photos : Slam / SlamPhotography
Julie Zenatti, Plus de diva (Columbia)
Sortie digitale le 8 mars 2010, sortie physique le 22 mars 2010.
Single L’Herbe tendre, disponible sur toutes les plateformes de téléchargement légales.
