Après vos deux derniers albums qui ont eu un énorme succès en Allemagne et un très bon accueil également en Europe, comment vous êtes-vous remise au travail pour ce troisième album ?
En fait, j’ai eu beaucoup de temps pour le préparer. Ca a été très important et m’a permis d’être créative. J’ai dû m’y mettre au moins un an avant sa sortie. Je voulais montrer que j’avais grandi, que j’avais fait de nouvelles expériences. Et puis il y avait aussi pas mal de pression autour de cet album, puisqu’avec les deux autres j’avais été deux fois en tête des charts. Mais je m’en suis sortie !
Ce disque semble plus intimiste que les précédents… Est-ce celui de l’émancipation ?
Oui, complètement. C’est exactement ça. Le temps a passé, j’ai vécu de nouvelles choses et j’ai vraiment eu besoin d’exprimer tout ça. C’est aussi parce que je me livre beaucoup, parce que je mets beaucoup de moi dans mes titres, que j’ai créé ce liens avec mes fans.
Le son semble aussi moins dur. Les guitares sont moins saturées. Avez-vous voulu quelque chose de plus pop et de moins metal ?
Non, c’est toujours la même chose, même si c’est vrai que sur quelques titres on peut trouver ça un peu plus pop-rock. Mais je reste totalement dans mon monde de fée.
Quelles ont été vos sources d’inspiration pour le single Ring Frei ?
Je dis que le ring est ouvert, que j’y vais, que si les gens me cherchent ils vont me trouver. Il y a des critiques qui m’ont marquée et j’ai voulu dire à ces gens : "Regardez, j’y arrive et j’y arrive sans vous". C’est vrai que j’attends toujours une certaine forme de reconnaissance, mais je voulais surtout m’affirmer et montrer que j’étais bien là et que je comptais durer. Je suis comme je suis et voilà !
Je crois que vous avez écrit tous les titres de l’album. C’est exact ?
Oui, j’ai tout écrit. Pour le premier, je n’avais rien écrit ; pour le deuxième, un peu plus ; pour le troisième, j’étais suffisamment en confiance pour tout écrire. Il y a des thèmes qu’on retrouve et c’est vrai que certaines chansons peuvent faire penser aux anciennes, comme par exemple Eiskalter Engel et Prinzesschen [NDLR : extrait du premier album LaFee]. Il y a une continuité. Il y a toujours suffisamment de gens qui me tapent sur le système pour que je sois inspirée !
Il y a beaucoup de personnalité dans vos textes, avec beaucoup de colère parfois et de la mélancolie. Ecrire, est-ce pour vous un moyen d’évacuer, de se sentir mieux ?
Oui, c’est important de laisser éclater ma colère, ma haine ou encore l’amour. Mais je ne parle pas toujours de moi. Il y a par exemple la chanson Ein letztes Mal dans laquelle une jeune fille recherche l’amour et l’attention de son père, t, comme elle n’y parvient pas, elle finit par se suicider...
Il y a un titre en revanche qui a l’air totalement personnel, c’est Ich bin Ich…
Oh oui complètement ! C’était pour expliquer que j’avais de bons et de mauvais côtés. Mais je ne suis pas si dure à vivre que je le dis dans la chanson ! Je suis quelqu’un d’assez simple à vivre, mais j’ai aussi des défauts.
Pourquoi avoir choisi de changer totalement de look pour ce troisième album ?
Je voulais sortir d’une certaine routine, je ne voulais pas que ça devienne ennuyeux pour les autres. Il faut savoir se renouveler. Et puis au niveau visuel, comme dans le clip de Ring Frei, ça me permet de créer mon propre univers imaginaire.
Votre vie a énormément changé en Allemagne, comment gérez-vous cette popularité ?
J’ai fini par m’y habituer. C’est vrai que parfois c’est bizarre mais ça fait désormais partie de ma vie. Et puis dans l’ensemble, ce n’est vraiment pas négatif et ça ne gâche pas le plaisir que j’ai à faire ce job.
Vous êtes aussi connue hors d’Allemagne. L’album en anglais que vous avez sorti va bientôt être distribué au Japon, qu’est-ce que cela vous fait ?
Je trouve ça génial ! Jamais je n’aurais osé y pensé, alors j’en suis très fière.
Et comment ressentez-vous l’accueil qui vous est fait en France ?
Je sens que désormais j’ai une vraie base de fans en France. Ils chantent mes chansons en allemand et tout… c’est génial.
Des dates de concert en France sont-elles d’ores et déjà prévues ?
Non, malheureusement pas encore. Je voudrais bien mais ça ne dépend pas de nous. Tout ça dépend du promoteur, de la maison de disques. On reçoit énormément de mails de fans français et on transmet tout pour montrer qu’il y a vraiment un intérêt.
Les médias allemands vous prennent-ils au sérieux désormais ?
Plus qu’à mes débuts, c’est certain. Mais je connais toujours des difficultés pour passer à la radio. Ils disent que mes textes sont trop durs pour un jeune public, ce qui est ridicule puisque justement je décris des sentiments ressentis par la jeunesse d’aujourd’hui dont je fais partie. Mais c’est également une fierté d’avoir réussi sans ces médias. Je pense que maintenant j’ai prouvé que mon succès n’était pas un accident. Mon album est là pour prouver que je dure, grâce à mon travail, aux gens qui croient en moi depuis le début et à mes fans.
Propos recueillis par Carole Bouchard


