Comment s’est passée l’adaptation du livret et des paroles du spectacle du Roi Lion ?
La mise en scène du spectacle nécessite à certains moments des mots particuliers. Il a donc fallu modifier quelques paroles dans les chansons, mais tout s’est fait très naturellement.
Quelles ont été les difficultés principales ?
Contrairement à d’autres spectacles, le Roi Lion compte beaucoup de jeux de mots. Pour un traducteur, c’est un cauchemar parce qu’un jeu de mot ne se traduit pas, par essence ! Il a donc fallu en trouver d’autres et ça a pris beaucoup de temps.
Aviez-vous l’obligation de respecter les paroles originales ?
Bien sûr. Par exemple, concernant la chanson d’ouverture Circle of Life, Julie Taymor, la metteuse en scène, a vraiment insisté pour qu’on conserve l’idée du cercle qui est pour elle une image visuelle très forte. J’avais suggéré la "chaîne de la vie" et la "ronde de la vie", mais il a fallu que ce soit le "Cercle de la vie. Certaines paroles ont du être intégrées au spectacle français, même si je n’aurais pas fait ce choix.
Avez-vous pu prendre certaines libertés ?
J’y ai mis plusieurs références franco-françaises, qui ont toutes été approuvées par Disney. On y retrouve par exemple Je suis malade de Serge Lama et un petit bout de YMCA !
Au début de la seconde partie du Roi Lion, le personnage de Zazou est très déprimé et chante Je suis malade. Scar lui demande alors s’il n’a pas quelque chose de plus "gai" et Zazou se met à chanter YMCA ! C’est de l’humour adulte, mais ça m’a beaucoup amusé !
Il y a également le Cancan d’Offenbach qui remplace un Charleston.
Les chansons du spectacle vont-elles ressembler à celles du film ?
Si tel est le cas, ce sera accidentel car je n’ai vu le film qu’après avoir achevé l’adaptation ! J’ai fait exprès afin d’éviter toute accusation de copie.
Par ailleurs, un dessin animé et une comédie musicale répondent à des exigences différentes. Ca n’aurait pas été pertinent de reprendre les paroles du film.
Pendant l’adaptation, avez-vous travaillé en vous aidant de la musique ?
Je joue moi-même du piano, je travaille à partir des partitions. Je fais en sorte que le résultat cadre aussi bien en français qu’en anglais.
Les accents toniques ne sont pas du tout les mêmes dans les deux langues. Si un accent est mal placé, il peut mettre en l’air une chanson. Il y a un travail sur le respect du rythme à faire. Je pense que c’est crucial d’être musicien pour arriver à écrire des paroles.
Combien de temps nécessite une telle adaptation ?
J’ai pris deux mois en début d’année et encore un mois et demi de répétitions. Au total, je dirais entre trois et quatre mois.
Quand avez-vous apporté les dernières modifications au texte ?
Hier !!
Et maintenant, est-ce terminé ?
Non !!! (Rires) Ca fait partie du service après-vente ! Si je vois des choses moins réussies que prévu, je les changerai.
En même temps, je ne veux pas me rendre malade en me disant que je ne contrôle pas la chose. Je n’ai plus le "bébé" entre les mains. Je préfère le voir maintenant en tant que spectateur et me dire Alea jacta est.
Quel serait le plus beau compliment qu’on puisse vous faire sur votre texte en français ?
Qu’on oublie que c’est une traduction. C’est toujours ce qui me fait le plus plaisir, que les gens aient l’impression que le spectacle a été écrit en français.
Quel conseil pourriez-vous donner à un jeune qui aurait envie d’adapter une comédie musicale ?
De faire sa propre comédie musicale ! (Rires) C’est génial d’adapter, mais c’est génial d’écrire aussi.
Je crois qu’en ce moment, la France a besoin de sang neuf pour faire naître une culture de comédies musicales.
Il y a de temps en temps de très bonnes choses, comme le Cabaret des hommes perdus, mais c’est rare. Ce serait intéressant d’avoir une vraie mouvance.
