Et ça a commencé dès l’attente dans la rue, certaines ayant passé la nuit sur place ou étant arrivées aux aurores. On dit "certaines" sans hésitation car, encore plus que pour leurs célèbres compatriotes de Tokio Hotel, les Killerpilze ont un auditoire quasi exclusivement féminin. On n’aura même pas croisé autant de fans garçons qu’on a de doigts sur une main ! Le groupe étant très jeune, entre 16 et 20 ans, les fans le sont tout autant et même plus. Killerpilze, c’est du punk rock, ou du pop punk selon l’envie, plein d’énergie. Cela tombait bien car les fans en avaient pas mal aussi.
17h30 : au lieu de l’ouverture des portes, l’émeute. La raison est simple : déguisés en Pères Noël, Jo, Mäx et Fabi sont sortis pour jeter des bonbons dans la foule. Résultat, les fans sont encore plus hystériques qu’elles ne l’étaient et c’est la bousculade générale. A l’ouverture des grilles, c’est encore pire. Eh oui, le fan court, bouscule, vous marche dessus et ce quelle que soit votre taille. C’est alors la ruée dans la salle, la quête du premier rang ou de la meilleure place au balcon.
18h30 : tout le monde est en place. Et là, bonne surprise : pas d’hystérie collective dans la fosse, l’ambiance est assez bonne et le groupe Rival, qui assure la première partie, obtient un joli succès. Il faut dire que les fans ont été calmés par une première apparition du groupe sur la scène, toujours en Pères Noël, venu chanter le Last Christmas de George Michael. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris : c’est bientôt Noël. Enfin arrivé, le groupe fera même chanter à la salle Mon beau sapin ! On vous l’avait dit, les Killerpilze sont jeunes et leur public encore plus.
Mais Killerpilze c’est tout de même du rock efficace. Emmenés par quelques pépites de leur premier et de leur deuxième album, comme Die Letzte Minute, Springt Hoch, Verrockt, Richtig Scheisse et le tube Ich kann auch Ohne dich, les trois garçons ont mis le feu. Déchaînés sur leurs guitares ou sur la batterie, ils ne se sont pas économisés. Et c’est certainement là une des raisons de leur succès : la générosité. Pas de demi-mesure au chant pour Jo, qui de toute manière n’a pas vraiment le choix s’il veut passer au-dessus du bruit généré par son frère Fabi à la batterie et par Mäx (guitare et second chant). On notera d’ailleurs la présence en renfort discret du remplaçant Benni à la basse. Pas de demi-mesure non plus dans l’énergie déployée : ils ont fini détrempés. Elle est peut-être là aussi la différence avec Tokio Hotel, l’autre groupe qui fait chanter les fans chanter en allemand comme si c’était leur langue maternelle. Dès les premières minutes on a compris : ici, pas de show millimétré, pas de diva rockstar, les Killerpilze sont des "guys next door", accessibles. Jeans – basket – T-Shirt : niveau look, on joue aussi dans le basic. Dès les premières notes on a compris aussi : les guitares sont saturées, la voix de Jo rugueuse, on est plus dans la veine Sum 41 ou Hanson. On reconnaîtra les qualités de meneur de troupe de Jo, qui a d’ailleurs un sacré coffre et une bonne maîtrise de ses cordes vocales, mais on se permettra d’apprécier un peu plus le timbre pop de Mäx qui donne l’unité à pas mal de chorus qui sans lui pourraient virer à une joyeuse cacophonie. Certaines vont nous accuser de manifester simplement une préférence pour les longues boucles blondes et l’air romantique du garçon. Absolument pas… C’est pourtant Fabi qui semblait avoir la faveur des pronostics ce samedi, avec une foule qui a scandé à plusieurs reprises l’inamovible chanson d’anniversaire à celui qui a fêté ses 16 ans le 23 décembre. Pour l’occasion, le si frêle mais si énergique batteur reviendra déguisé en une sorte de cerf lors d’un rappel, histoire d’amuser la galerie. Car ils sont aussi drôles ces Killerpilze. Ce naturel enjoué les pousse donc à tenter une version punk rock du Sexy back de Justin Timberlake, qui se révèle assez savoureuse.
Tout le monde en a donc eu pour son argent de la part de garçons qui n’usurpent pas le titre de musiciens. Jo le prouve à lui seul en maniant la guitare, le micro et le piano. Il faut bien reconnaître l’efficacité et le professionnalisme de ces baby bands venus d’Allemagne. Pour les Killerpilze, il est évident que tout ceci n’est pas seulement un business mais une fête de tous les instants et il n’y a rien de factice dans les "Danke / Merci beaucoup / On vous aime" lancés à la foule. On saluera au passage les efforts en français de Jo et Mäx.
Mais force est de constater aussi que les Killerpilze, s’ils ont ce naturel rafraîchissant, n’ont pas ce charisme à toute épreuve, ces mélodies savamment produites, ces refrains qui vous restent ancrer dans le cerveau que vous le vouliez ou non, des Tokio Hotel. C’est aussi là qu’on se rend compte qu’on ne crée pas un Bill Kaulitz à la chaîne et que ces diables de TH ont créé un modèle-référence dans ce créneau bien difficile à contourner. Si elle est bien réelle, la passion des fans françaises pour ce groupe n’atteint pas le niveau d’obsession constaté autour de TH. On a été (agréablement) surpris de pouvoir écouter chaque chanson sans subir de hurlements frénétiques, sans voir des pancartes géantes jaillir de partout et de ne pas avoir à compter le nombre de jeunes filles évanouies. Un concert normal donc. Une normalité qui pourrait d’ailleurs servir à ce groupe qui grandit sans trop de pression et sans se prendre la tête.
L’avenir des Killerpilze ? Ils ont donné rendez-vous aux fans en 2009 pour un nouvel album et une tournée. Affaire à suivre avec curiosité.
Carole Bouchard
