Madalena est née en bord de Saône, mais ses racines se lovent dans les boucles du Douro. Ce voyage inversé, de Mâcon à Porto, la jeune chanteuse, fille de l’immigration portugaise, l’a fait à l’âge de dix-neuf ans. Entre temps, elle a déménagé à Cassis, dans les Bouches-du-Rhône, et les confluences deviennent des influences. A la fin des années 1990, il existe dans la région marseillaise un très fort mouvement de dub et de reggae teinté d’accent fleuri, de fêtes occitanes et de déclarations politiques. "Le reggae, dit Madalena, est un vecteur de paix, d’amour, avec son côté fraternel, humain", et un porteur de messages.
Partie étudier l’art de la traduction à la fac de Porto, Madalena fonde le groupe Sativa. Compose. Et développe une voix remarquable, qu’elle a portugaise. Une part de poésie transatlantique, une autre de rocaille populaire, un quart de gouaille, un autre de morale, et une bonne dose de fierté. Mais comme Madalena a vécu sa jeunesse sur les bords de la Méditerranée, délaissant des rumeurs atlantiques, elle y ajoute une sorte de quiétude électrique. Voici l’essence de Respectez-moi, un titre qui s’adresse à la terre, à sa préservation nécessaire, autant qu’à la considération due à la femme, forte, droite, intuitive, que Madalena incarne les cheveux déliés.
Avec le bassiste de Daïpivo, dispersé en 2003, Laurent La Rocca, Madalena se met à l’écriture de chansons, en français, en portugais, des textes "énervés, parce que la guerre est partout, les femmes sont toujours battues". Et puisque la vie est faite de destin et de hasards, Madalena croise le compositeur Antoine Essertier (Soha), auto-produit un cinq titres. L’album, dit-elle, est une expérience "franco-portugaise". "Nous avons réalisé un gros travail en studio, à Paris, pour traduire cette humanité, cette convivialité, cette passion portugaise, ce mélange de fatalisme et de joie. Il y a aussi cette fragilité d’immigrés, celle-là même qui fait notre force".
