Matt, vous avez commencé cette aventure il y a longtemps maintenant. Comment êtes-vous tombé dans le bain ?
Quand j’ai eu sept ans, mes parents m’ont envoyé dans une école où on apprenait à chanter. On se produisait à l’église catholique. La chorale voyageait dans le monde entier… Mais que ce soit clair, je ne voulais pas faire ça, ce sont mes parents qui m’y ont envoyé (rires) ! Plus tard, j’ai étudié l’économie pour reprendre l’entreprise familiale. Mais j’étais très mauvais ! A cette époque j’ai vraiment découvert le big band, Sinatra... Je me suis attaché à ces classiques, je chantais un peu partout et les gens m’ont dit d’essayer d’en faire mon métier. Je suis allez à une "Talent Night" et les filles sont devenues folles : c’était bon signe ! C’est comme ça que je me suis produit un peu partout dans Toronto. Universal m’a remarqué et tout a commencé, il y a plus de dix ans déjà. Et je suis toujours là !
Si vous comparez votre premier album à celui qui est sorti récemment, que pensez-vous ?
Avant que je signe pour Universal, j’avais déjà sorti quatre albums, c’était une période de développement. Mais Two Shots a été le premier pour Universal et c’était étrange de se retrouver soudain avec cet énorme contrat et toute cette pression. Et je traversais une période horrible : j’étais au beau milieu d’une rupture et deux amis très proches étaient décédés… Toute ma musique était sombre et reflétait ma solitude. Pour l’album suivant, j’avais surmonté tout ça et ça s’est forcément ressenti. Avec l’âge on gagne un peu de sagesse je pense et on apprend à laisser les choses glisser. Le succès commercial, c’est complètement différent du bonheur. Je vais dans un pays et la salle est pleine et puis je vais dans un autre et je me retrouve devant vingt personnes mais à chaque fois tout le monde est à fond et passe un bon moment. Cela rend humble.
Dans cette période où la dance et l’électro-pop dominent, vous réussissez à vous faire une place avec votre mélange de jazz et de pop. Etait-ce facile à imposer ?
En fait, j’ai vraiment deux visages sur le plan musical : Je suis connu comme ce crooner et je sais que je pourrais en enregistrer encore et encore, mais mon but est aussi de créer une nouvelle musique. Pour moi, tout tourne autour du live et quand on donne un beat un peu plus fort on provoque plus de choses de la part du public. Ce que je faisais avant est toujours bien, très propre et je joue toujours des titres que j’ai écrits quand j’avais 18 ans par exemple, mais ce style-là n’est qu’un de mes visages. Je ne cherchais pas à changer le monde, le principal est que les gens qui vont venir me voir s’amusent et oublient leur problèmes le temps du show.
Quelle était votre humeur pour cet album Good News ? Que vouliez-vous faire passer ?
Le but était de partir de ce son très jazz et de réussir à le faire évoluer vers quelque chose de plus contemporain. Je voulais aussi ne retenir que des titres que je serai capable de faire en piano-voix. Tout ce qui était ajouté ensuite c’était pour le fun et pour flatter l’écoute. Ce disque a été construit autour de ce que ça donnerait en live. En ce moment, et pour longtemps j’espère, tout va bien dans ma vie alors ma musique est joyeuse et décontractée. Et pour le moment, les gens ont l’air d’aimer !
Vous avez un œil sur tout : arrangements, productions... Etes-vous un "control freak" ?
J’ai appris très jeune que personne ne mettra plus d’attention que moi à mon travail. Quand d’autres s’en occupent, ils ont d’autres choses dans la tête, alors que moi je ne pense qu’à ça. C’est mon bébé, je suis le mieux placé pour m’en occuper. Mais je ne suis pas une diva ! Je reste disponible pour mes fans, je suis souvent sur Facebook et après les concerts je sors les voir. Tout est une histoire de partage. Il y a des gens qui sont devenus amis lors de mes concerts. Si ça se trouve, je suis peut-être à l’origine de quelques mariages et ça, c’est que j’appelle un "entertainer" (rires) !
On vous compare souvent à Michael Bublé : énervant ?
Non pas du tout ! Franchement, à qui me comparer sinon ? Je ne ressemble pas à Jamie Cullum… Il n’y a pas beaucoup de crooners en ce moment alors… Michael et moi venons tous les deux du Canada, on a les cheveux courts… Et quand on voit son succès, forcément les gens vont trouver que je lui ressemble. Est-ce parfois fatiguant ? Oui. Mais en même temps je suis comparé à quelqu’un que beaucoup aiment. Quand Michael a commencé, on le comparaît tout le temps à Sinatra alors que sa voix n’a rien à voir avec celle de Sinatra. Les gens aiment les comparaisons.
Il y a un artiste avec lequel vous rêvez de chanter ?
Harry Connick Jr est mon idole absolue ! Quand j’ai commencé à vraiment m’intéresser à ce style de musique, il était le seul à écouter à cette période. J’avais 18 ans, il en avait 10 de plus alors pour moi c’était vraiment le mec à admirer, comme un exemple à suivre. J’ai rencontré Tony Bennett, Paul Anka, Michael Bublé mais le seul en face duquel je suis incapable de sortir une phrase digne de ce nom, c’est Harry Connick Jr. Je suis trop nerveux ! Il a été une telle inspiration pour moi. Un jour je chanterai avec lui… Cela se fera, c’est obligatoire !
Votre vie a radicalement changé ces dernières années. Votre rapport à la célébrité est-il simple ?
C’est toujours une bataille… Quand tu arrives à un certain point, ça ne te garantit pas que ça va continuer. Ma seule difficulté est de me dire "qu’est-ce que tu vas pouvoir faire pour avancer encore, pour sortir un album encore meilleur, pour garder tout ça intéressant ?". L’essentiel est de continuer à produire des disques et de garder le soutien de ceux qui permettent de le faire. De nos jours, l’industrie du disque est vraiment devenue très difficile. Il faut beaucoup de chance pour qu’une maison de disques investisse dans un chanteur. Pour l’instant, j’ai cette chance mais on ne connaît pas le futur. Je ne peux pas m’inquiéter de tout ça car je n’ai aucun pouvoir d’y changer quoi que ce soit. Je dois me concentrer sur les choses positives dans ma vie.
Que peut-on vous souhaiter pour les mois qui viennent ?
J’espère que je vais vendre suffisamment de disques ici pour pouvoir revenir faire une tournée de quelques semaines et voir toutes les villes françaises que je trouve magnifiques… et aller visiter quelques châteaux aussi ! Je suis déjà venu à Paris pour une semaine en juillet dernier et j’ai adoré. Sinon, je suis déjà en train d’écrire le prochain album. Je prends ce que j’ai fait avec Good News et j’essaie de revenir à un peu plus de jazz mais en gardant un son actuel. Un disque que les amateurs de jazz pourront aussi apprécier et ça, c’est un challenge ! C’est de la musique qui vous donne envie de danser. Donc vous pouvez me souhaitez de relever ce défi !
Propos recueillis par Carole Bouchard
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Matt Dusk, Good News (Universal/Polydor)
Sorti le 25 octobre 2010
En concert à Paris le 18 décembre au Divan du monde
