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Maurane et Nougaro, une "grande histoire d’amour"


Maurane revient sur le devant de la scène avec un hommage à Claude Nougaro, mentor et ami de longue date. Au fil de l’album Nougaro ou l’espérance en l’homme, la chanteuse permet de découvrir ou redécouvrir l’univers d’un artiste hors normes. Rencontre avec une femme passionnée qui a voulu saluer à sa manière l’anniversaire de celui qui aurait eu 80 ans le 9 septembre.

Avez-vous hésité lorsque la femme de Claude Nougaro vous a proposé de faire cet album ?
C’est une chose à laquelle j’avais pensé du temps où Claude était en vie. Je lui en avais parlé et il avait l’air de cautionner ce projet. Quand il est parti, j’ai voulu éviter de me jeter dessus comme la misère sur le monde et c’est vrai que le fait qu’Hélène me demande avait une autre signification pour moi. Il faut croire que c’était le moment. En plus, ce n’est pas pour fêter sa mort mais son anniversaire. Il aurait eu 80 ans le 9 septembre et symboliquement c’est plus joli. On a aussi pris le temps de le faire parce qu’on voulait le faire bien, y mettre du cœur.

En studio, les souvenirs devaient vous revenir en tête au fil des titres…
Ah oui ! Il n’y a eu que ça et c’était fou. Parfois ça pouvait être dur, ça pouvait être triste mais c’était surtout très émouvant. Quelque part, je pense que ça a dû m’aider à être fidèle et juste. C’est à ça qu’on pense dans ces cas-là. Je me suis demandée comment il aurait eu envie que je chante certaines choses et ça m’a aidée car j’ai eu l’impression qu’il était là constamment. Et puis Hélène est venue me voir en studio et ça a été plus facile grâce à elle.

Le choix des titres a-t-il été facile ?
Le répertoire est grand donc non, ça n’a pas été si facile que ça mais en même temps on n’a pas mis trop de temps à faire nos choix. Il y a des chansons qui ont sauté, comme L’Amour sorcier. Il y a un moment où il faut s’arrêter (rires). Je voulais bien faire un triple album mais bon ! J’ai envoyé une première set-list à Hélène et elle a trouvé ça génial que j’aille piocher dans toutes les époques. L’intérêt était aussi de faire connaître et de sensibiliser les gens à des choses un peu moins connues comme La Danse ou Allée des brouillard.

Pensez-vous que ça peut aider une nouvelle génération à se réapproprier son œuvre ?
J’espère ! Moi j’enrage qu’il y ait aussi peu de jeunes qui s’intéressent à Claude. Il y a toujours une réticence de la part de pas mal de gens envers le jazz en français. Alors qu’il faisait swinguer les mots comme personnes ! Il avait cette rocaille dans la voix et c’était une merveille sur scène.

Nougaro et vous, c’est un peu une grande histoire d’amour…
Tout à fait.

Comment tout a commencé ?
Très mal parce que moi j’étais une groupie et je l’emmerdais ! Et finalement, grâce à mon papa qui lui a remis pour la énième fois une cassette de mes chansons et qui a dû avoir les mots justes pour le convaincre, j’ai reçu très peu de temps après une lettre magnifique. Pleine de critiques évidemment, mais aussi très positive. Je n’en revenais pas. Cette lettre je l’aie lue et relue, je la connais par cœur et elle va figurer dans mon prochain spectacle parce que tout a commencé par ça. A partir de là on a commencé à se voir, à diner ensemble après ses concerts. Une sorte de mentor, de frère, de papa, de maître même s’il détestait ça.

Vous vous ressembliez aussi au niveau du caractère peut-être ?
On avait pas mal de points communs oui, déjà dans l’excès, dans le côté "soupe au lait". Et puis au niveau de l’éducation aussi, en venant tous les deux de familles de musiciens. Il y a plein de choses qui ont dû nous rapprocher, peut-être même d’une façon inconsciente. On a eu des grands moments de tendresse et des grands moments d’engueulade. Je sais qu’il a dit à certaines personnes qu’il trouvait que j’étais sa légitime héritière… Moi il ne me l’a pas dit car ce n’était pas quelqu’un qui dévoilait facilement les choses.

Cet album remplace-t-il un peu le regret de n’avoir jamais enregistré de duo ensemble ?
On s’est raté sur le plan artistique, c’est fou… Autant on s’est trouvé partout ailleurs, autant sur le plan artistique… Il y a eu des ébauches, des chansons écrites ensemble, mais rien n’a abouti. Je ne sais pas pourquoi. L’Espérance en l’homme, on devait la chanter ensemble par exemple. Mais Claude est parti avant et a eu l’impression que je n’aimais pas cette chanson. Le ratage total !

Avec votre expérience et votre recul, avez-vous l’impression qu’on a perdu ce genre d’artiste ?
C’est vrai qu’il n’y en a plus beaucoup. Nougaro, on l’écoutera toujours j’espère. Mais curieusement il n’a jamais été perçu comme un chanteur populaire et est toujours resté un peu en marge. Et ça m’énerve prodigieusement d’ailleurs ! Alors si cet album peut servir un peu à prolonger sa vie, j’en serais vraiment très heureuse.

Ne pas revenir avec vos propres compositions, c’était un risque aussi…
Oui, forcément, mais j’aime bien prendre des risques ! Je me dis qu’il faut en prendre dans la vie. Je ne me suis jamais vraiment sentie en danger mais j’ai toujours le trac donc oui, on se demande quand même ce qui va se passer, comment ça va être perçu. Pour le moment les critiques sont plutôt positives et c’est encourageant.

Déjà des idées sur votre prochain projet ?
Le prochain album est déjà fait ! Je l’ai fait cet été mais vous n’allez pas en entendre parler avant un an, un an et demi. Je l’ai fait en six jours, à New York. C’est bien de prendre le temps de faire les choses comme pour Nougaro où ça a pris six mois. Mais quand vous devez faire les choses dans l’urgence, c’est pas mal non plus ! L’idée pour celui-ci était de faire un album vraiment live… et je me suis éclatée ! Je trouve qu’on abreuve les gens de trucs très formatés et la pauvresse de l’harmonie en ce moment me désole. Tout le monde doit ressembler à tout le monde. Il y a un côté "clone", dans la musique et physiquement. Alors que justement, il faut avoir de l’audace et faire des choses différentes !

Propos recueillis par Carole Bouchard

Maurane, Nougaro ou l’espérance en l’homme (Polydor/Universal)

Achetez ici l’album

En concert à l’Alhambra, à Paris, les 7, 8 et 9 octobre
Retrouvez toutes les dates de sa tournée ici.


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vendredi 18 septembre 2009
 
 
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