Cela faisait longtemps qu’on ne vous avait pas vue en France, on vous retrouve avec plaisir. Comment avez-vous commencé cette nouvelle aventure baptisée Kabaret ?
En fait, c’est un hasard. J’ai commencé par écouter des chansons et une des premières que j’ai voulu faire a été La chance jamais ne dure, une adaptation d’une chanson allemande, dans un genre jazz, un peu "cabaret berlinois". Avec l’équipe, on s’est rendu compte que dans les années 1930 il y avait le jazz à Saint-Germain, le Tango à Buenos Aires et que ça nous permettait d’élargir ce voyage dans le passé avec des ambiances un peu différentes. Mais, au début, je ne savais vraiment pas ce que je voulais. A aucun moment je ne me suis dit "Qu’est-ce qu’on attend de moi ? C’est quoi le truc du moment ?" Je me suis dit, peut-être égoïstement, "T’as 40 ans, 20 ans de carrière. Fais et tu verras".
C’est ce nouveau challenge qui vous a fait sortir de votre pause ?
Ce sont plutôt les hasards de la vie, les personnes qu’on rencontre. Mes amis et les gens qui s’occupent de moi me disaient "Pat, quand est-ce que tu recommences à écouter de la musique ?" Mais je sortais de deux ans de tournée entre 2003 et 2005 avec au moins 160 concerts, donc t’as pas tout de suite envie d’aller sur scène. T’as surtout envie de te reposer. Au début, les albums, la promo, le spectacle, tout ça ne me manquait pas beaucoup. Mais au bout d’un moment, je me suis dit qu’il allait falloir s’y remettre.
C’est un album plein de nostalgie, de mélancolie. Aviez-vous des thèmes que vous souhaitiez particulièrement aborder ?
Pas vraiment… Je n’ai pas demandé des textes plus directs, ou des paroles plus érotiques… Il y a des chansons comme Et s’il fallait le faire où le texte est arrivé comme ça et on n’y a pas touché. Une dernière fois parle du décès de ma maman. Mais il n’y avait pas de commande spéciale. J’ai cosigné une chanson pour la première fois et c’est vrai que j’ai passé du temps avec les auteurs.
D’habitude, Cyril et Richard sont là dès le début pour m’aider à choisir des chansons. Là, pour la première fois j’ai demandé qu’on me laisse faire. C’est en cela qu’il est plus personnel.
Quand on voit la réaction des gens, on a l’impression que vous n’êtes jamais partie…
C’est sûr qu’on a beaucoup moins parlé de moi ces dernières années. Mais je croisais des gens qui me demandaient ce qu’il se passait, si je continuais ou pas. C’était plutôt sympa de sentir que les gens étaient un peu en manque.
Comme une preuve que vous faîtes aujourd’hui partie du patrimoine de la chanson française ?
Je ne sais pas. Mais il y a des moments où on parle moins de quelqu’un. Parfois aussi en fonction du succès d’un album. Certains ont plus de succès que d’autres parce que c’est aussi une question de mode, de génération. Là, je suis ravie qu’on en parle autant… même après 20 ans de carrière on a les pétoches !
Votre spectacle est un vrai travail d’orfèvre, avec une forte dimension physique et chorégraphique. Est-ce plus dur qu’un tour de chant classique ?
Ce n’est pas seulement chorégraphié mais il y a en effet de la danse contemporaine. J’avais mis la barre très haut et j’ai fait plus de 100 heures de danse. Alors les gens qui viennent me voir sont contents car ils ont autre chose en plus de ma voix. Parfois, ils sont très surpris.
Vous allez repartir pour une tournée mondiale. Comment abordez-vous cette centaine de nouvelles dates ?
En fait, on a commencé avec la Russie avec une trentaine de dates. Là on fait Paris où on a toujours une certaine pression : beaucoup de promo, des after-shows qui durent longtemps... La semaine dernière, j’ai fait cinq concerts d’affilée, alors finalement je dis "vive la tournée" ! Les gens vous donnent beaucoup d’énergie, il y a moins de promo, on vous emmène d’une ville à l’autre... Et puis là, j’ai hâte car on part en Allemagne, en Suisse et en Hollande et, comme c’est un spectacle qui a des références de cabaret berlinois, je suis assez curieuse de voir comment il y sera perçu.
J’ai lu que vous aviez quelques soucis de diffusion avec les radios. Comment vous expliquez qu’une artiste comme vous ait des difficultés à être programmée ?
Il y a des radios qui me disent qu’une chanson est trop lente, par exemple. C’est embêtant d’entendre ça car, même si ce n’était pas moi qui la chantais, je la trouverais quand même sublime et je ne comprendrais pas que la radio ne puisse pas la passer. C’est un peu dommage car on a besoin des radios. Mais on a notre spectacle, les gens en parlent…
Et pour cette rumeur d’une participation à l’Eurovision, où en êtes-vous ?
Oui, je me suis décidée et je vais le faire. J’ai beaucoup réfléchi car ce n’était pas une décision facile à prendre. Au début, j’ai hésité car pour moi, l’Eurovision c’était plus en début de carrière. Mais c’est vrai que dans ma jeunesse j’ai adoré l’Eurovision, même si en France on a tendance à ne pas le voir comme à l’étranger. Il y avait aussi le fait que ce soit le 16 mai, date du décès de ma maman. Cela fait 20 ans que je ne fais rien ce jour-là, comme le jour du décès de mon papa, le 7 juin. Mais je me suis dit "Tiens, c’est le 16 mai, ça fait 20 ans exactement". Je l’ai pris peut-être comme un porte-chance. C’est une lourde responsabilité, mais je ne me suis pas demandé si c’était bien ou non pour ma carrière. Mais bon, c’est sûr que je me mets une grosse pression ! Pour le titre, ce sera Et s’il fallait le faire.
Vous êtes une ambassadrice de la chanson française, alors ce concours vous correspond assez bien…
Si dans les écoles russes on étudie le français sur mes paroles, c’est génial. Mais j’y allais parce que je voulais partager ma musique, présenter mes chansons. Après, si je suis l’ambassadrice de la chanson française, tant mieux.
En parlant des pays de l’Est, les Français sont assez étonnés de découvrir que vous êtes une immense star en Russie !
Je suis assez étonnée qu’on en parle autant en ce moment. C’est vrai que j’ai commencé ma tournée là-bas mais ça fait quand même des années et des années que j’ai du succès en Russie ! Les médias français ont toujours été moins intéressés par ce qui se passe à l’étranger. Mais en même temps, tant mieux si on le sait maintenant.
Comment trouvez-vous votre place dans la chanson française aujourd’hui ?
Parmi les jeunes artistes il y en a que j’aime bien, comme Camille ou Zazie. Il en faut pour tout le monde... Le fait que les gens disent que ce que je fais est moderne, c’est plutôt flatteur. Parce qu’après 22 ans de carrière, c’est là que tu peux prendre un coup. J’en suis fière.
Avec Kabaret, tout se passe plutôt très bien, mais je suis toujours dans le doute. J’ai mis la barre très haute, physiquement aussi d’ailleurs ! Je tiens, même si j’ai des bleus aux genoux ! Mais je suis tellement contente de présenter ce spectacle et j’ai toujours peur de ne pas me donner assez sur scène, alors…
Propos recueillis par Carole Bouchard
Patricia Kaas, Kabaret, album disponible sur les plateformes de téléchargement légal.
www.kabaretkaas.com
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Découvrez ci-dessous le clip de Et s’il fallait le faire, premier extrait de Kabaret.
