Musique Evous

Plastiscines, 4 filles dans le vent


Dans les magazines, sur les ondes, à la télé... les Plastiscines sont partout. Pourquoi un tel engouement autour de ce groupe de filles ? En quoi leur musique renouvelle-t-elle le rock français ? Pour percer ce mystère, nous sommes allés à la rencontre de Katty, Marine et Louise, les trois membres de ce groupe d’un genre nouveau.

Avant tout, comment s’est formé le groupe ?

Katty : Marine et moi, on s’est rencontré en Seconde à Saint-Cyr-l’Ecole. On s’est vite rendu compte qu’on avait les mêmes goûts musicaux, qu’on adorait aller à des concerts. En voyant les Strokes ou Libertines, on s’est dit qu’on pourrait nous aussi monter un groupe. Marine s’est achetée une guitare et on s’est mis à répéter chez moi de temps en temps. Zazie connaissait un studio de répétition et grâce à elle, on a pu y travailler. Zazie s’est mise à la batterie, moi au chant. En novembre 2004, on a rencontré Louise à un concert de Libertines. Elle cherchait un groupe et un ami commun nous a présentées.

JPEG - 57.1 ko

Quelle a été la réaction de vos parents ?

Marine : Il y a eu 3 phases. Au début, ils voyaient ça comme une activité extrascolaire, ensuite ils ont été un peu inquiets. On était en train de passer le bac et j’ai raté le mien ! Je l’ai eu l’année suivante, ce qui les a rassurés. Après, ils ont vu qu’il y avait plein de choses qui arrivaient.
Katty : Les concerts leur faisaient un peu peur mais maintenant ils font des recherches sur Internet, ils écoutent l’album…
Louise : Oui. Ma grand-mère vient de l’entendre, elle est fan !

D’où vient le nom « Plastiscines » ?

Katty : D’une chanson des Beatles, Lucy In The Sky With Diamonds. Il y a le mot « plastiscines » dedans. On trouvait que ça sonnait assez féminin et la signification aussi nous plaisait.

Et le titre de l’album, « LP1 » ?

Katty : C’est un jeu de mot, ça signifie « Long Playing » alors que toutes nos chansons sont courtes. Et ça veut dire aussi « Les Plastiscines, album N°1 ». Ca suggère qu’il y aura une suite.

Pour ce qui est de l’écriture des chansons, qui fait quoi ?

Katty : C’est Marine et moi qui écrivons les textes. On compose chacune de notre côté, ensuite on amène nos compos en répétition et chacune y met sa touche. En ce moment, on essaie de plus en plus de créer ensemble. Ca commence avec un riff à la guitare ou à la basse et après on s’ajoute au fur et à mesure.
Louise : C’est aussi parce qu’on passe de plus en plus de temps ensemble. Sans argent, on ne pouvait pas répéter autant. Maintenant, on répète tous les jours.

Votre écriture est très spontanée…

Katty : Oui. Parfois, il y a même des chansons qu’on n’ose pas montrer. Je me souviens qu’un jour Zazie avait trouvé des paroles dans ma housse de guitare. Je lui avais dit que je ne l’aimais pas vraiment et finalement, elle se retrouve sur l’album ! C’est le titre « Human Rights ».
Marine : On jette pas mal de compositions parce qu’on doute beaucoup, on se remet en question. C’est pas facile de les montrer, c’est un truc que t’as fait de ton côté et qui te dévoile énormément.
Katty : C’est dur quand tu as crée quelque chose dans ton coin et voir ensuite quelqu’un arriver et te dire qu’il y a ceci ou cela qui ne va pas. La critique n’est pas toujours constructive.

Les thèmes de vos chansons tournent souvent autour des garçons…

Louise : Comme celles des garçons tournent autour des filles ! On a juste une façon différente d’en parler.
Katty : C’est le quotidien qui nous inspire. On est encore des adolescentes donc forcément nos textes parlent de garçons.
Marine : On ne pourrait pas parler de choses qui nous dépassent. C’est important de vivre un truc avant de le chanter, ça rend la chanson plus authentique.
Katty : Mise à part « Human Rights », on n’a pas de chansons engagées. C’est vraiment des thèmes simples qui décrivent notre vie de tous les jours.

Les chansons sont courtes, entre 1’30 et 2’30. L’envie d’aller à l’essentiel ?

Louise : Exactement. Pas de fioritures !
Katty : On fait presque tout en 2 minutes. Tout est dit, on n’a pas besoin de plus longtemps. On veut garder cette spontanéité et la fraîcheur de nos chansons.
Marine : Ca tient aussi à notre façon de travailler. On a composé en apprenant à jouer. Au début, on connaissait trois accords donc on ne pouvait pas faire de trop longues chansons ! On a gardé le réflexe de faire des choses assez simples.
Louise : On voulait garder cet esprit à la Ramones, cette façon de balancer un mur de sons en deux minutes.

Certaines de vos chansons sont en français, d’autres en anglais. Pourquoi cela ?

Marine : La plupart de nos influences sont anglo-saxonnes, c’est pour ça qu’il nous paraissait évident dès le début de composer en anglais.

Quelle est votre chanson préférée de l’album ?

Louise : Je suis assez fan de « Pop In, Pop Out ».
Katty : Moi aussi, j’aime bien. C’est vraiment un délire…
Marine : La chanson était même pas sensée être sur l’album. A la base, c’est un instrumental qu’on joue sur scène avant de commencer le concert. On a voulu le garder comme une entité à part entière, on a décidé d’y mettre des paroles.
Katty : Elle se détache des autres. Elle fait un peu « Shadows », ça donne envie de twister.

Vos influences vont des Kinks à Blondie, en passant par Patti Smith... Une époque et une musique vers lesquelles vous souhaitez revenir ?

Marine : On se sert du passé mais sans le copier.
Louise : C’est vrai qu’on est influencé, mais de manière inconsciente.
Katty : En même temps, on est très ouvertes. De ces années 60-70, on n’écoute pas seulement du rock. On aime aussi France Gall, certains artistes de la période yé yé. Et on écoute aussi plein de trucs récents. Notre musique est le fruit de nos influences du passé et des musiques d’aujourd’hui.

En quoi votre musique est-elle actuelle ?

Marine : Si on perçoit des influences des années 60-70, c’est normal puisqu’on a une formation rock, guitare-basse-batterie. Mais on est né dans les années 90. On sent cette différence dans notre son. On ne vit pas dans le passé.

Que peut-on écouter sur votre iPod ?

Katty : Plein de trucs différents : Gainsbourg, Libertines, Klaxons, Nancy Sinatra, Fats Domino, Chuck Berry… Autant les classiques du rock que des choses de maintenant.
Marine : J’écoute aussi beaucoup David Bowie en ce moment.

Un artiste mort ou vivant avec qui vous rêveriez de jouer ?

Katty, Marine et Louise : Kings Of Leon !

On vous présente comme un groupe privilégiant l’instinct musical à la technique. Vous ne craignez pas que cela vous décrédibilise ?

Marine : On se considère encore un peu comme un groupe amateur.
Katty : On n’a jamais dit qu’on avait un super niveau technique.
Louise : Les Ramones n’ont plus. Ils montrent bien que ça peut fonctionner avec juste trois accords dans une chanson !
Katty : On n’a pas peur de ça. Et puis, c’est notre style. On ne se revendique pas comme des techniciennes. Ce n’est pas un genre de musique vers lequel on veut s’orienter.
Marine : Pour l’instant, c’est vraiment l’énergie qu’on privilégie.

Que pensez-vous de cette jeune scène rock française ?

Katty : Je trouve ça cool. Naast, les BB Brunes, les Shades passent à la radio, c’est bien ! Ca change de tout ce qu’on a entendu dans le rock français.
Marine : Ca offre une alternative à des artistes comme Luke, Anaïs, Deportivo… C’est bien d’apporter quelque chose de nouveau, de frais. En plus, on se connaît tous, on a évolué ensemble. Ca fait plaisir de voir tout le monde franchir les mêmes étapes.
Louise : Mais tout en ayant chacun un style différent ! Même si certains nous mettent dans le même panier, on ne fait pas du tout la même musique.

Un groupe de filles, toutes âgées de moins de vingt, c’est inhabituel. Avez-vous senti une certaine frilosité de la part des médias ?

Katty : Non, au contraire. Les gens sont assez sympathiques avec nous.
Louise : Il y a aussi l’effet de surprise qui joue !
Marine : Il y a une phrase d’Oscar Wilde qui dit en gros « mieux vaut être critiqué que passer inaperçu »…

Qui est le public qui vient à vos concerts ?

Katty : Ca dépend. Des gens assez jeunes en général, mais pas seulement.
Marine : Une femme d’une cinquantaine d’année est venue nous voir à la fin d’un concert en nous disant qu’elle était heureuse de nous avoir vues parce que ça lui faisait revivre sa jeunesse. Ca fait plaisir !
Katty : Le public qu’on n’a pas, c’est les trentenaires. Des gens qui écoutent plus Noir Désir ou de la chanson française comme Vincent Delerm.
Louise : Oui, des artistes de la « nouvelle scène » mais qui ont trente ans. C’est pour ça que notre arrivée en a surpris plus d’un. En Angleterre par contre, c’est totalement rentré dans les mœurs : monter un groupe et sortir un album à 19 ans, c’est normal.

Des scènes prévues ?

Katty : Le 6 mars à la Boule Noire, c’est la première date de notre tournée. Ensuite, on va tourner un peu partout avec le festival Les Femmes s’en mêlent.
Marine : On sera aussi au Printemps de Bourges et le 23 avril au Bataclan.

Si je dis que les Plastiscines sont un girls band, ça vous vexe ?

En chœur : Non !
Katty : Littéralement, c’est ça : on est un groupe de filles.
Marine : On est un teenage band aussi ! On sait ce qu’on est, ça nous dérange pas.
Louise : Des bébés rockers !


Plastiscines,
LP1(Virgin/EMI), album disponible le 5 février 2007
1er extrait : Loser


Pour être informé de nos dernières actualités inscrivez-vous gratuitement à notre "Lettre d'information de Musique Evous"


moteur2 :


mercredi 21 février 2007
 
 
Participez