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AZF, le procès fleuve...

Le 21 septembre 2001, à 10h17, une explosion d’une rare violence secoue la ville de Toulouse. L’équivalent d’un séisme de 3,4 degrés sur l’échelle de Richter. Les secousses ont été ressenties dans un rayon de 6 km. L’usine chimique AZF (groupe Total) est soufflée. La ville rose plonge dans l’horreur : trente morts (sans compter les infarctus possibles après), des milliers de blessés, 40.000 maisons ou bâtiments soufflés. Tous les chiffres donnent le vertige. Impossible de vivre ou de passer à Toulouse, sans être confronté au traumatisme AZF. Plus de sept ans après le drame, la tension est toujours auussi vive...

Les quatre mois de procès débutent aujourd’hui

Le piège sera d’éviter de tomber dans une bataille d’experts où chacun viendra défendre sa version de l’explosion. Le procès devra également tordre le cou à toutes les rumeurs les plus incroyables qui courent depuis le drame dans la ville... "Attentat" ? "Arc électrique" ? "Hélicoptère" ? Et dont beaucoup se demandent si "le procès va mettre au grand jour une vérité qui dérange" ?!...

Le fait que les secours n’étaient pas dimensionnés pour faire face à une telle catastrophe, sera également au coeur des débats. Des victimes ayant attendues plusieurs jours pour être prises en charge...

Pour les victimes, tourner la page reste bien difficile. Voire impossible. Dans la ville rose, il y a désormais un "avant" et un "après" AZF. De nombreux habitants confient sursauter encore aujourd’hui au moindre bruit... Dépression, culpabilité, angoisse, sentiment d’abandon…

Ce sont aussi des victimes économiques. Les artisans et les entreprises qui étaient basés dans les quartiers voisins : Langlade, Papus, le Mirail… Les grandes entreprises ont été indemnisées. Mais pour les artisans et les patrons de PME, cela a été beaucoup plus difficile. (France Info)


Dans la presse, "Toulouse. Un procès hors normes" titre La Dépêche du Midi. Avec aussi à la Une :
"Tension de toute une ville qui veut connaître la vérité".

Quatre mois de procès débutent aujourd’hui lundi salle Mermoz à Toulouse qui peut accueillir mille personnes.
La force de l’explosion a été équivalente à 100 tonnes de TNT ! Et puis la mécanique judiciaire est en marche, avec 1.813 parties civiles, 200 témoins, 51 avocats, des centaines de journalistes, des charrettes d’experts, et des magistrats... Les choses sérieuses devraient d’ailleurs commencer mercredi avec la citation directe de Total...

"Le Président de l’audience, Thomas Le Monnyer, est un magistrat de 44 ans à l’indépendance affirmée et aux compétences reconnues, tant par ses pairs que par les avocats. Ces derniers louent sa qualité d’écoute et sa réelle objectivité" souligne le quotidien toulousain. "Membres du parquet depuis leur entrée dans la magistrature, mobilisés sur le dossier depuis cinq mois « à temps plein », Claudie Viaud et Patrice Michel partagent la lourde tâche de l’accusation." Claudie Viaud se trouvait à Toulouse le 21 septembre 2001. Elle a vécu la ville blessée et meurtrie. Patrice Michel, magistrat depuis 1980 est arrivé en mars 2008 à Toulouse. La défense sera menée par Me Soulez-Larivière et son équipe." (La Dépêche)


Les titres de la presse...

- "Ouverture du procès à Toulouse : les juges face à la tragédie AZF" titre La Voix du Nord. "Procès hors norme" titre encore L’Humanité... "AZF, le procès d’un drame hors norme", précise La Marseillaise... "Procès exceptionnel", dit de son côté Le Parisien-Aujourd’hui en France... en pointant tout d’abord le nombre de magistrats qui vont participer au procès : 5 magistrats au lieu de 3 composeront le Tribunal correctionnel, et 2 magistrats au lieu d’un seul représenteront le ministère public... Autre aspect exceptionnel : les audiences vont être filmées, pour des raisons, dit-on, "pédagogiques"... Et il s’agit là d’une première, pour un procès en correctionnelle... Libé titre à sa Une : "le procès de l’impensable". La Croix... "AZF, quatre mois pour comprendre"... "Le procès pour savoir" titre encore à sa Une La Dépêche du Midi. (France Inter)

- "De toute façon, ce procès, pour la République du Centre, ce sera du jamais vu, à la une de Midi Libre, les enjeux d’un procès fleuve, et tout simplement pour Ouest France : Toulouse veut comprendre. Pour Libération, AZF, c’est le procès de l’impensable, pour le Figaro, face à l’énormité de l’affaire, le tribunal se prépare à refaire l’instruction, procès exceptionnel aussi pour le Parisien-Aujourd’hui en France. Pour l’Humanité, les Toulousains attendent une seule chose : la vérité… A la une de Sud Ouest et de la Croix, un paysage lunaire, AZF juste après l’explosion, les décombres et le nuage de fumée, pour la Croix, le procès qui commence, c’est la justice qui va tenter de tourner la page AZF… Et la Croix pose la question : la vérité peut-elle émerger de ces longues semaines, de ces longs mois de débats ? Pour Frédéric Arroux, président de l’association des sinistrés du 21 septembre, cité dans la Croix, "le pire serait que le procès tourne à la bataille d’experts incompréhensible"... (France Info)

Quelques extraits importants...

- " (...) Il ne faut plus que de tels événements assassins se reproduisent. Et pour l’éviter il faut enfin mettre en oeuvre complètement les mesures prévues dans la loi du 30 juillet 2003, dite loi Bachelot, qui exigeait une remise à plat de l’urbanisme autour des 670 sites industriels français potentiellement dangereux. Cette loi rend obligatoire ce qu’elle appelle des "Plans de prévention des risques technologiques" (PPRT), avec interdiction de construire dans les zones concernées et même possibilité d’expropriations. Evidemment ces mesures sont lourdes et compliquées, mais comment expliquer que sur les 420 PPRT qui doivent être définis, seuls cinq ont été approuvés ? Que s’est-il passé entre 2003 et aujourd’hui pour que l’application de la loi Bachelot ait pris autant de retard ? Pourquoi ce beau système n’est-il pas allé jusqu’au bout de sa logique ? Il faut d’urgence, et c’est pour cela aussi que le procès AZF est historique, que l’Etat et les collectivités locales jouent le jeu de la sécurité industrielle maximum. Il faut donner davantage de moyens à de véritables "gendarmes de l’environnement" qui assureraient le contrôle des sites et la mesure exacte des risques qu’ils font courir. Cela, nous le devons à toutes les victimes d’AZF. (...)" (LIBERATION- Didier Pourquery)

- (...) En d’autres termes, ce procès devra énoncer comment un accident industriel peut se transformer en tragédie urbaine. Or tous les enjeux des mois à venir seront à la fois de pouvoir s’adresser à la douleur des hommes et de pouvoir répondre à la question posée par chaque centre urbain, chaque ville, chaque responsable politique, dès lors qu’il faut rassembler sur le terrain d’une commune terreau industriel et vie citadine. Ce qui s’est passé à Toulouse, sans qu’on ait véritablement besoin de faire intervenir, comme cela a été évoqué, une météorite tombée du ciel ou un complot mystérieux, aurait pu
arriver dans n’importe quelle autre métropole du monde. Et au regard de ces questions, comment ne pas s’interroger quand on voit qu’un homme, aujourd’hui retraité, comparaîtra pendant quatre mois comme seul responsable ? Et que sa firme, présente dans le monde entier, implantée dans les plus grandes mégapoles de la Terre, en sera exonérée ? (...)"
(SUD-OUEST -
Yves Harté)

- " (...) Ce serait une énorme surprise que des faits nouveaux viennent contrebalancer la thèse avancée par la Justice, selon laquelle un mélange accidentel de nitrate d’amonium et de dichloroisocyanurique est à l’origine de cette tragédie qui a fait 29 morts, des milliers de blessés, des dégâts matériels considérables et des traumatismes psychologiques qu’aucune statistique n’a mesurés. Une vérité officielle qui ne satisfait pas grand monde. Les anciens salariés de l’usine ne peuvent admettre qu’un des leurs puisse porter la responsabilité d’une faute aussi lourde. La compagnie pétrolière Total, dont une filiale était propriétaire des lieux, a tout fait pour battre en brèche une accusation qui visait les conditions de sécurité de l’usine. Elle refuse sa " culpabilité " mais ne s’est pas dérobée devant sa responsabilité civile puisqu’elle aura versé plus de deux milliards d’euros de dédommagements aux victimes. Enfin certaines victimes et leurs proches ne voudraient pas que l’on s’en tienne à une " négligence " qui vaudrait des peines légères, sinon la relaxe des deux seuls prévenus présents au procès, directeurs en exercice sur le site ce 21septembre 2001 où Toulouse s’est crue un instant, la cible d’un nouveau 11 septembre. (...)"
(LA REPUBLIQUE DES PYRENEES -
Jean-Michel Helvig)

- "Tant pis pour le côté un peu déplacé de la formule, mais c’est bel et bien un procès " explosif " qui s’ouvre aujourd’hui à Toulouse. Au cours de quatre mois de débats, il va s’agir de faire toute la lumière autour de la tragique explosion de l’usine AZF survenue le 21 septembre 2001. Et bien plus, il va surtout s’agir d’essayer de satisfaire les demandes parfois contradictoires de 1600 parties civiles. C’est que le cataclysme qui avait ravagé l’usine d’engrais et les quartiers alentours n’a pas cessé, depuis, de faire des dégâts en brisant la solidarité entre les plaignants. Les associations de victimes n’ont pas ménagé leurs reproches à l’association des salariés d’AZF, accusés d’avoir voulu défendre un " outil de travail " qui n’aurait été qu’une " usine-poubelle ". Ce débat est d’autant plus " destructeur " que tous ont payé un lourd tribut au drame (30 morts et des milliers de blessés). On comprend mal, dès lors, ces divergences entre des victimes que devrait réunir une même exigence de vérité. C’est sans doute l’absence de certitudes sur les causes réelles de la déflagration qui a alimenté les rancoeurs et les frustrations. Pas moins de vingt-six scénarios, parfois fantaisistes, ont été échafaudés. (...)" (LA REPUBLIQUE DU CENTRE -
Jacques Camus)

- " (...) Avant même qu’il ne s’ouvre, le procès AZF augure ainsi malheureusement d’une bataille d’experts davantage de nature à rouvrir des cicatrices encore à vif plutôt qu’à les refermer. Toute la procédure d’instruction a été émaillée de polémiques sur les causes de l’explosion phénoménale qui a endeuillé tout un quartier de Toulouse. Soupçonné dès les premiers jours de l’enquête d’avoir trop rapidement privilégié "à 90% la piste accidentelle", le procureur de Toulouse sera forcément sur la sellette, le tribunal ayant décidé d’explorer toutes les autres hypothèses, y compris celle d’un acte terroriste nourri par la rumeur dans la foulée des attentats du World Trade Center survenus dix jours avant l’explosion de l’usine AZF. La contestation d’un accident par négligence n’est pas seulement le fait des deux seuls accusés du procès jugés entre autres pour "homicides involontaires" (la société La Grande Paroisse et son PDG), mais aussi de Total, actionnaire principal de l’entreprise, dont l’ombre planera sur tout le procès. A l’origine d’une division entre les parties civiles - une association des anciens d’AZF qu’elle finance et celle des victimes du quartier - Total entend soutenir la thèse de l’irresponsabilité dans une explosion dont l’origine ne serait pas clairement déterminée. (...)" (LA CHARENTE LIBRE -
Dominique Garraud)

- "C’est le plus gros accident industriel en France depuis l’après-guerre. On dénombre 229 parties civiles, et seulement deux prévenus : l’ancien directeur de l’usine, Serge Biechlin, et le propriétaire du site, la société Grande Paroisse, filiale de Total, poursuivis pour « homicides et blessures involontaires, destructions et dégradations involontaires par l’effet d’une explosion ou d’un incendie et infractions au code du travail ». Beaucoup de questions vont se poser pendant les quatre mois que va durer le procès : pourquoi l’explosion ? Et pourquoi Total est-il absent du tribunal ? Le jugement est attendu en novembre. Les audiences seront filmées. Auparavant, seuls les procès de Barbie, Touvier et Papon, poursuivis pour crime contre l’humanité, avaient été ainsi archivés". (Mediapart).


- Quelque 2.949 plaignants et 1.813 parties civiles, assistées de plus de 50 avocats, participent à ce procès dont le délibéré devrait être rendu probablement dans le courant de la seconde quinzaine de novembre. Près de 200 témoins et experts sont appelés à comparaître lors des débats.

Sur le banc des prévenus, Serge Biechlin, ancien directeur d’AZF mis en examen en juin 2002 et la société Grande Paroisse (propriétaire de l’usine et filiale du groupe Total), en qualité de personne morale, mise en examen en mai 2006, comparaîtront pour "homicides et blessures involontaires" et "destructions de biens". (NouvelObs.com)



L’anecdote... "Un jour ça va péter" disait les anciens !

Pascal Jalabert raconte la scène dans un quotidien régional, le Progrès, et il rappelle cette parole prémonitoire et fataliste qu’il avait souvent entendue dans la bouche des vieux Toulousains : "un jour, l’Onia va péter", l’Onia, c’est l’ancien nom du site AZF… Alors y-avait-il une fatalité ? Qui sont les responsables ou les coupables...


Dossier réalisé par Alain Rassat. Evous.

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