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Paris ? Ça fait loin pour les artistes mexicains…

vendredi 20 octobre 2017, par André Balbo

Les 11 statues imposantes (20 tonnes) du sculpteur mexicain José Rivelino devaient arriver le 1er mars à Paris à bord d’une barge sur la Seine. Elles sont restées à quai au port de Rotterdam. Comme d’autres, comme celle de la Pinacothèque, son exposition « Nuestros Silencios » est victime du boycottage par le gouvernement mexicain de l’Année du Mexique en France. Bilan pour lui : 6 mois de travail et plus de 650 000€ anéantis.

Des centaines d’autres artistes mexicains, invités initialement en France, ne savent toujours pas si leurs projets connaîtront le même sort. Ils dénoncent un gâchis artistique et financier.

Le gouvernement mexicain dit que si le président français retire sa dédicace des événements programmés à Florence Cassez, le Mexique serait ravi de participer « au reste des projets prévus ». Le gouvernement français campe sur ses positions.

« C’est une honte qu’un conflit diplomatique et juridique prenne en otage la culture ! », dénonce Francisco Vargas, le réalisateur du film El Violin, sur la même longueur d’onde que Patrick Talbot. Il est l’un des 700 signataires du texte d’indignation qui circule sur Internet depuis le 20 février, une lettre ouverte au gouvernement français rédigée par les responsables du festival français Travelling, qui, avec 60 longs métrages et 40 courts métrages mexicains, a pourtant été lancé à Rennes le 22 février. Sans les 40 000€ promis par le Mexique.

L’exposition du peintre et sculpteur Manuel Felguérez, prévue à Paris le 24 mars à l’Institut culturel du Mexique, risque elle aussi, comme beaucoup d’autres, de passer à la trappe.

L’immense écrivain, et diplomate, Carlos Fuentes, a critiqué à la radio mexicaine « la stratégie électoraliste de Sarkozy », et l’a comparé au « président d’une république bananière ».

Les artistes mexicains fustigent aussi leur propre président : « Felipe Calderon a agi à des fins populistes en réveillant le nationalisme des Mexicains. C’est scandaleux ! », critique Alberto Ruy-Sanchez, écrivain et directeur de la revue Artes de Mexico.

Son pamphlet a été lu et commenté par des centaines de milliers d’Internautes. « Le Mexique est la première victime de ce fiasco. C’était une occasion unique de changer l’image de notre pays, ternie par les crimes des narcos. »

« Notre budget s’élevait à 23M€ pour la préparation, le transport et les assurances des oeuvres, ainsi que la promotion des artistes et plus de 1 200 billets d’avion, explique Enrique Perret, commissaire général mexicain des festivités. Environ 5% de cette somme est perdu. »

Mais pour Philippe Ollé-Laprune, organisateur du colloque « Paris, Mexico, capitales d’exil », maintenu les 7 et 8 mai à la Mairie de Paris, car organisé sans le gouvernement fédéral mexicain : « la note est bien plus salée. D’autant que ces millions étaient consacrés à des projets spécifiques. Ils ne retourneront sans doute pas à la culture ».

Le céramiste Gustavo Perez refuse de baisser les bras : « Je vais payer le transport de mes oeuvres et mon voyage à Paris et à Limoges. »

De son côté, la dramaturge Ximena Escalante craint des conséquences à plus long terme : « Les oeuvres que je devais créer à Lyon seront-elles jouées comme prévu au Mexique en 2012 ? » Même inquiétude pour Francisco Vargas qui précise que « la France est un des principaux coproducteurs des films mexicains qui manquent de financement ».

Daniel Leyva, poète et responsable de la culture à l’Instituto Politecnico, prévoit que « la crise durera le temps des mandats des chefs d’État ». Des élections présidentielles sont prévues dans les deux pays en 2012…

André Balbo

source : Le Monde

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