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18 novembre 2011

la rue des Colonnes

  • adresse

    rue des Colonnes

  • transport

    Métro Bourse

 



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La rue des Colonnes est un des rares témoins de l’architecture parisienne pendant la période troublée de la Révolution Française ; elle annonce déjà l’engouement futur pour les galeries couvertes qui va perdurer à Paris pendant la première moitié du XIXe siècle.

Remontons d’abord au XVIIe siècle : la place des Vosges est sans doute le premier exemple parisien de galerie à arcades, juxtaposition de pavillons d’habitation aux étages, dont le rez-de-chaussée est occupé par des commerces. Mais cette typologie, de même que le style brique et pierre typique du règne d’Henri IV et de Louis XIII, ne va pas faire d’émule pendant longtemps à Paris. En 1784, peu de temps avant le début de la Révolution Française, le 5e duc d’Orléans (futur Philippe-Egalité) fait lotir son jardin du Palais-Royal dans un but commercial et spéculatif. Victor Louis conçoit autour du jardin quatre galeries à arcades (elles reposent sur des piliers, et non des colonnes), dont trois seulement seront exécutées (galeries de Valois, de Montpensier, de Beaujolais). Le Palais-Royal attire aussitôt les foules parisiennes et mêmes européennes : cafés, restaurants, imprimeurs, magasins de mode, héraldistes, sans parler des tripots et autres lieux de débauche... ce lieu annonce avant l’heure le triomphe du commerce, du divertissement et de la flânerie.

Quand la Révolution embrase la capitale dès 1789, peu de constructions vont alors marquer le paysage parisien jusqu’à l’avènement de l’Empire (1804). Destiné à relier la rue Feydeau à la rue des Filles Saint-Thomas, le projet de la rue des colonnes (1792-1793) est dessiné par Nicolas-Jacques-Antoine Vestier (fils du peintre Antoine Vestier). L’architecte imagine alors des maisons mitoyennes reposant, côté rue, sur des arcades à colonnes. Influencé par le néo-classicisme qui s’est déjà imposé en France, Vestier puise son inspiration dans l’architecture grecque et étrusque : il dessine des colonnes doriques sans base et orne les façades de palmettes (inspirées de l’architecture étrusque). Les façades sont d’une grande austérité, et par la même d’une grande modernité, avec une absence totale de motif décoratif au niveau des ouvertures (sauf les étonnants garde-corps en pierre des fenêtres du premier étage qui rappellent les colonnes du rez-de-chaussée), et la présence d’une puissante corniche. Sans doute inquiété pendant la période révolutionnaire, Vestier n’ exécute qu’une partie des immeubles et c’est l’architecte Joseph Bénard qui achève le projet. On dit que Vestier s’inspira probablement dans ses dessins d’un tableau très célèbre : le "Serment des Horaces" du peintre David (achevé en 1785). En effet, rappelant le combat légendaire entre les Horaces et les Curiaces dans la Rome antique, ce tableau présente en fond de décor des arcades à colonnes doriques ; le tableau (au Louvre) est d’ailleurs considéré comme le chef d’oeuvre du néo-classicisme en peinture.

La rue des Colonnes était à l’origine une voie privée fermée par des grilles le soir. Par sa typologie d’immeuble à arcades commerçantes en rez-de-chaussée, elle annonce elle aussi les passages couverts qui vont triompher à Paris sous la Restauration (galerie Vivienne, galerie Colbert, galerie Vérot-Dodat, etc). On dit que Charles Percier et Pierre-François Fontaine, constructeurs de la rue de Rivoli (édifiée de 1802 à 1834) ont pu s’en sont inspirer. Précisons que la rue des Colonnes faisait autrefois 90 mètres mais fut amputée lors du percement de la rue de la Bourse.

Citons deux autres édifices parisiens signés de Vestier et datant eux aussi de la période révolutionnaire : l’austère immeuble "de Pestre" au 2 rue de la Chaussée d’Antin (1792), qui mériterait une vraie restauration, et la maison Berthault (1792-1793) au 71 de la rue de Caumartin. Vous reconnaîtrez dessus la présence de palmettes, chères à Vestier. Et enfin, citons un ensemble de deux immeubles, conçu également à Paris avec des colonnes doriques sur rue, appelé maison Bonnin, au 18-22 rue de la Chaussée d’Antin ; il date de 1790 mais son auteur est malheureusement inconnu.

Franck Beaumont.

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derniere modification: lundi 18 novembre 2011, par Christian Frank, crédit photo : Evous
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