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Archives. Au Grand-Palais, la Beauté animale, de Dürer à Jeff Koons

Dernière mise à jour : lundi 6 mai 2019, par Expositions

Cette exposition que l’on peut qualifier de spectaculaire et qu’il faut aller voir, ne peut pourtant pas échapper à deux reproches de fond.

Jeff Koons Poodle / Caniche, 1991 Bois polychrome Lisbonne, Museu Colecção Berardo Caniche

Celui de l’absence criante des premières représentations d’animaux que l’homme fit, de ces grandes peintures pariétales de la préhistoire que l’on peut qualifier d’artistiques, et qui ne sont même pas évoquées ici. Les aurochs, les mammouths, les taureaux laineux et autres gros gibiers, eux qui remplissaient de si belle manière les grandes grottes que nous connaissons tous aujourd’hui, sont passés à la trappe. Sic transit gloria...

Le second est que cette Beauté animale est quasiment restreinte à celle qu’ont su exprimer les artistes de l’Occident. N’aurait-il pas fallu le préciser ?

Cette petite mauvaise humeur passée, quel étonnant sujet que celui de cette exposition ! Emmenez-y donc vos chihuahuas et autres compagnons de poche. Ils seront ravis, amusés ou effrayés.

Comment regardions-nous dans l’art le règne animal ?

Après l’avoir observée avec toute l’attention possible, comment les artistes représentent-ils une même bête ? Il existe tant de manières ! Peut-on regarder par exemple sans sourire ce caniche de Koons si apprêté pour nous plaire ? Et sans le plaindre ? N’a-t-il donc aucun sens du ridicule !

Et quel parti pris radical, courageux ou démagogique, la fréquentation le dira, et en tout cas inédit, que de ne montrer ici que des œuvres où l’animal est représenté seul, pour lui-même, et surtout hors de toute présence humaine ! Quels sont les publics qui se déplacent pour voir cette exposition ?

L’exposition « Beauté animale », à travers 120 chefs-d’œuvre de l’art occidental de la Renaissance à nos jours, interroge les rapports que les artistes, souvent les plus grands peintres et les plus grands sculpteurs de la Renaissance à nos jours, entretiennent avec les animaux.

Portent-ils sur eux le même regard que celui que leur portent les naturalistes ? Les représentations des uns et des autres sont-elles si différentes ? Que lit-on en regardant leurs œuvres ? Qu’y comprenons-nous ?

Parviendrons-nous un jour à satisfaire les fascinations et les curiosités que nous éprouvons pour un monde animal qui risque bientôt voir se restreindre, si ce n’est ses territoires, en tout cas sa diversité ?

Théodore Géricault, Tête de lionne, vers 1819, Huile sur toile Paris, musée du Louvre

La beauté animale pourrait-elle bientôt n’être plus qu’un souvenir ?

L’exposition montre aussi, à travers ces peintures, dessins, sculptures, photographies, célèbres ou insolites, que le lien entre l’art et la science, entre notre soif de connaissance de l’animal et notre hébétement devant sa beauté, continue parfois d’être étroit.

Accessible à tous publics, cette ménagerie artistique qui traverse les époques, mêle allégrement le sauvage au domestique, comme l’étrange au familier.

Un autre manque de cette expo est que l’animal que l’on mange n’apparaît jamais crûment. Un Soutine aurait choqué ! Cachez-nous vite cette barbaque que nous ne saurions voir ! Et voilà une exposition peignée et brossée pour complaire à tous les publics. À mort Mainstream ! Personne ne sera heurté d’aucune manière, et le caniche royal de Jeff Koons prend alors valeur de symbole et d’oriflamme.

Qu’est-ce que la beauté animale ? Doit-elle, comme l’humaine, répondre à des critères précis, qui se plieraient aux variations des époques et des milieux ?

Ce sera l’une des révolutions de la Renaissance que des artistes exceptionnels, dont Dürer, puis des pionniers de la zoologie s’intéressent aux animaux et les décrivent, ou les dépeignent, avec la plus grande minutie. Excitation aussi de cette époque, où la découverte du Nouveau Monde révèle aux yeux éblouis des hommes de nouveaux animaux étonnants et spectaculaires, tels les perroquets ou les dindons.

Viendra alors le temps des albums et des répertoires, dans lesquels les peintres consigneront leur bestiaire.

Anonyme allemand (?) Les Oiseaux, 1619, Huile sur toile, Strasbourg, musée des Beaux-Arts. On remarquera au centre la chauve-souris !

Cela passe forcément par l’étude de l’anatomie des animaux les plus remarqués, et par la décomposition des mouvements, comme ceux du galop d’un cheval.

Théodore Géricault (1791-1824) est le peintre du cheval par excellence. Il aura accès aux haras de l’Armée et aux plus beaux étalons. Plusieurs de ses tableaux montrent de véritables "individus-chevaux", avec une acuité psychologique, comme sa Tête de cheval blanc (Louvre), ou son Cheval inquiété par l’orage. Géricault dramatise ces bêtes en les outrant de lumières et d’ombres.

Puis l’homme, d’esprit parfois bricoleur, se prit à agir, en s’aidant de techniques et de sciences, sur les bêtes elles-mêmes, créant de nouvelles races dont les esthétiques nous sont transmises dans les œuvres d’art, restituant des critères de beauté qui parfois passent de mode...

À l’époque des Lumières, Buffon publia dans son Histoire naturelle, peu avant la Révolution, d’irrésistibles portraits d’animaux. Mais, comme beaucoup, il céda aussi à la tentation d’établir un tri entre animaux nobles et animaux… qui l’auraient moins été. Le bon et le beau se confondent-ils ? Ces classifications arbitraires peuvent-elles expliquer certaines de nos phobies, pour les insectes, les chauve-souris, les serpents ? Ou n’est-ce pas plutôt le contraire ?

Ce que nous rejetions un temps peut revêtir aux yeux de certains artistes de tout nouveaux attraits, comme ce fut le cas apparemment de la chauve-souris de César (ne la ratez pas, elle est si haut perchée) ou de l’Araignée de Louise Bourgeois, qui symbolisait sa mère, bouffie pour sa fille d’innombrables qualités et attentions protectrices.

Ah, le règne animal ! Quand, en 1859, Charles Darwin publie L’Origine des espèces, la civilisation judéo-chrétienne en est ébranlée. Il y développe sa théorie de la sélection naturelle, fondée sur la lutte pour la vie, mais pose aussi l’affirmation troublante d’un cousinage entre l’homme et le singe. Des artistes s’intéressent à ces théories. Et l’image du singe s’en trouvera bigrement changée… allant jusques aux Singes critiques d’art, de Gabriel von Max (1840-1915) ! Qu’il est doux de se moquer aussi de soi, et difficile de le faire avec talent !

L’animal aurait-il une âme, et souffrirait-il ? Des œuvres d’art mettent alors en scène, par empathie, la sensibilité des animaux et leur expressivité. La SPA est créée en France en 1845.

Albrecht Dürer, Rhinocéros, 1515 Gravure sur bois, sur papier, édition néerlandaise, 6e tirage Paris, BNF

Pendant la Renaissance, rois et papes collectionnent les animaux exotiques qu’ils gardent dans des ménageries auxquelles certains artistes ont un accès privilégié. Leurs œuvres sont devenues de précieux témoignages, permettant ainsi au public de découvrir l’extraordinaire destin du rhinocéros de Léon X ou de la girafe de Charles X, Zarafa, dont la traversée de la France fit tant sensation.

En 1793, la Ménagerie du Jardin des Plantes, qui récupère les quelques animaux survivants de Versailles, donne le signal de l’essor des zoos, dont le succès populaire ne se démentira pas. La France permet ainsi aux artistes d’accéder aux animaux. C’est l’origine de l’« art animalier », sous l’impulsion d’Antoine Louis Barye (dont on verra quelques bronzes de grandes tailles, exotiques et dramatiques à souhait, dont le Lion et le serpent, 1832, et le Tigre dévorant un gavial, 1831) et d’Eugène Delacroix.

De nombreux créateurs s’interrogent sur le rapport homme-animal et s’alarment de la menace qui pèse aujourd’hui sur la biodiversité. Après le panda de Chine, puis le bébé phoque, l’ours polaire est devenu le symbole de cette menace.

Alexandre Gabriel Decamps, Le Singe peintre, dit aussi Intérieur d’atelier, vers 1833 Huile sur toile Paris, musée du Louvre, département des Peintures Legs Thomy Thiéry en 1902

À elle seule, une sculpture aussi magnifique que l’Ours blanc, de François Pompon (1855-1933), avec ses lignes épurées, sanctifiées, presque sacrificielles, finira-t-elle par prendre valeur de témoignage d’une espèce bientôt disparue ? Voir aussi son Hippopotame.

Œuvres notamment de Calder, Hans Hoffmann, Dürer, Bugatti, Delacroix, van Gogh, Bonnard, Manet, Koons, Bourgeois, Stubbs, Géricault, Marey, Muybridge, Degas, Calder, Moore, Rabier, Bassano, Goya, Giacometti, Steinlen, Picasso, César, Pompon, Courbet, et de quelques glorieux anonymes.

Je vous recommande tout particulièrement, en plus des œuvres déjà citées par ailleurs, de prêter attention au Chat (1951), un bronze de Giacometti, habituellement à la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence ; au Combat de chats (1786-1787), de Goya ; à l’incroyable Chat blanc (1894) de Bonnard ; au Chat sur un fauteuil (1878), si vivant, d’Alexandre Steinlen ; aux quelques splendides sculptures de Rembrandt Bugatti, au style si identifiable, dont les Deux Alpagas ; au Vol du goéland, commandé par Jules Marey ; à l’exemplaire en vitrine du grand livre le plus cher du monde, plus cher même que les premières bibles, celui d’Audubon consacré aux Oiseaux, 489 espèces en 435 planches ; la litho de Manet Le Rendez-vous des chats ; la surprenante Chauve-souris, de van Gogh... et quelques dodos, cachés dans les coins de certains tableaux, pour ceux qui sauront les trouver dans les foules, comme Charlie...

Pour étonnant que soit le sujet, et les quelques réserves émises, une exposition très plaisante, animalière bien sûr, curieuse et intéressante.

Un catalogue fort bien fait, avec tous les outils de lecture nécessaires auxquels les éditeurs de livres d’art ne pensent pas toujours, index, bibliographie sélective, toutes les précisions sur les œuvres exposées, des reproductions de qualité, 240p, RMNGP, 39€.

Grand Palais, entrée Clemenceau, du 21 mars au 16 juillet 2012.

Vous retrouverez dans l’article « 2012 à Paris : les grandes expositions de A à Z » les différentes expositions 2012 déjà annoncées par leurs établissements et musées, et dans l’article « Calendrier 2012 des grandes expositions à Paris », ces mêmes expositions classées par dates.

David méditant devant la tête de Goliath, d’Orazio Gentileschi, huile sur lapis-lazuli, exposition Artemisia

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Contre l’actualité artistique qui chasse ce que l’on se croyait capable de retenir, les catalogues d’expositions peuvent avoir, quand ils sont faits avec exigence, un rôle certain à jouer. Nous établissons la sélection, pour Paris, des MEILLEURS CATALOGUES des expositions 2012. Celui de cette exposition en fait partie.

André Balbo

sources : visite, Rmn-gp, Le Monde, Valérie Palatchi, catalogue