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Gérard Presgurvic en interview

Forte de ses 5 millions de spectateurs dans le monde, la comédie musicale Roméo et Juliette fait son grand retour en France, dix ans après son premier succès. Un spectacle qui se joue en février au Palais des Congrès, avec un nouveau décor et des titres inédits. Son créateur Gérard Presgurvic et ses deux stars, Damien Sargue et Joy Esther, se confient pour Evous.fr.

Dix ans après ce qui reste un des plus grands succès de la comédie musicale en France, pourquoi avoir décidé de revenir ?
Gérard Presgurvic : On a voulu revenir à la maison, tout simplement. Après avoir fait une bonne partie du tour du monde, ça nous semblait important de revenir là où tout a commencé. Et puis le spectacle est mieux qu’avant encore, il y a de nouvelles chansons, de nouveaux costumes, de nouveaux décors. C’est vraiment une nouvelle version qu’on présente.

Joy, faisiez-vous partie des fans il y a dix ans ?
Joy Esther : Je me souviens de l’engouement qu’il y avait eu il y a dix ans car j’avais 15 ans et que ça m’avait marquée. J’avais vu le spectacle et vraiment je comprends que les gens soient nostalgiques et heureux de revoir le spectacle.

Parlez-nous du casting : Damien Sargue rempile et Joy Esther arrive dans le rôle tenu auparavant par Cécilia Cara…
Gérard Presgurvic : Je ne suis pas certain qu’il existe deux Roméo comme Damien. J’ai eu de la chance… Pour Joy évidemment, c’est plus dur car les gens ont énormément aimé Cécilia. Mais Joy est extrêmement jolie et elle a changé la manière d’interpréter ce rôle. Je voulais une Juliette un peu plus sensuelle, moins enfantine.

Damien, avez-vous hésité à reprendre ce rôle ?
Damien Sargue : De toutes façons, en France, on colle facilement une étiquette sur les gens. Alors, celle de Roméo ne me gêne pas du tout. J’aurais pu être moins bien servi que ça (rires) ! Donc j’ai dit oui très rapidement. On a recommencé par l’Asie et c’était intéressant de voir l’accueil dans d’autres pays. Là-bas, c’était assez hallucinant de constater l’engouement pour les comédies musicales et la France.

Quelle est la différence entre le Roméo d’il y a dix ans et celui qui va faire son retour ?
Damien Sargue : Je lui apporte peut-être un peu plus de maturité. Mais j’ai eu aussi cette chance que ce soit un nouveau spectacle avec un nouveau casting, de nouvelles chansons… Du coup, je n’ai pas l’impression d’une routine et c’est un grand plaisir de le rejouer.

Aux niveaux des sonorités, on trouve beaucoup de continuité avec un titre comme Avoir 20 ans, qui ressemble aux Rois du monde
Joy Esther : Ça aurait été tomber dans la facilité pour Gérard de suivre les tendances musicales du moment et ce n’est pas du tout ce qu’il a fait. Il fallait garder une continuité avec le spectacle précédent. Et puis la force de ce spectacle, c’est que Gérard a tout créé, il est auteur-compositeur et donc il ne peut pas trahir ce qu’il a fait il y a dix ans.

Entre la fin de la première ère de Roméo et Juliette et son retour, qu’avez-vous fait Damien ?
Damien Sargue : Je me suis tourné vers une carrière solo et j’ai fait un album avec de belles signatures mais ça n’a pas connu le succès escompté… Après, j’ai eu la chance de faire du doublage, d’enchaîner pas mal de projets et, en 2006, Gérard m’a appelé pour partir en Asie avec Roméo et Juliette. Maintenant je suis content de revenir à la maison et de montrer l’évolution de ce spectacle en France. J’aime beaucoup l’esprit troupe des comédies musicales et le fait de pouvoir toucher autant au chant qu’à la comédie. J’ai toujours envie de faire mes chansons avec mes musiciens, c’est quelque chose que je garde mais pour le moment je ne pense qu’à Roméo et Juliette.

C’est facile de travailler avec un Roméo qui est aussi le vôtre dans la vie de tous les jours ?
Joy Esther : Très ! Cette aventure nous lie de toute manière donc la poursuivre à Paris c’est dans la continuité. On s’entend bien sans être non plus collés l’un à l’autre toute la journée. Et pour l’ambiance de la troupe, c’est bien aussi. Mais toute la troupe s’entend à merveille et ça aussi c’est une grande force.

Quand avez-vous décidé de monter de nouveau ce spectacle en France ?
Gérard Presgurvic : Nous avons fait une tournée en Asie, c’était l’occasion de recréer des choses. On s’est au final retrouvé avec un nouveau spectacle prêt donc c’était vraiment le moment ou jamais de revenir le présenter en France.

Vous avez gardé des éléments venant des versions étrangères ?
Gérard Presgurvic : Oui, j’ai pris un peu des Autrichiens, des Russes, des Anglais mais surtout, c’est plus proche de ce qu’est l’histoire, avec un décor plus poussé aussi. C’est une chance de pouvoir apporter de la nouveauté à un spectacle qui a connu un tel succès.

On vous retrouve comme si on ne vous avait pas quitté il y a dix ans !
Damien Sargue : Mais sans les cheveux longs ! Ils sont restés à la maison (rires)

Reprendre le rôle de Juliette en France où le souvenir de Cécilia Cara est peut-être très présent a-t-il amené une pression supplémentaire ?
Joy Esther : Ce n’est pas le fait de passer derrière car j’ai ma propre vision du personnage… Et puis je l’ai beaucoup aimée dans ce rôle donc au début, c’était plus de la peur de me fondre dans le groupe. Mais maintenant j’ai confiance. J’en parle pas mal avec les fans et aussi avec Cécilia car on se connaît un peu et c’est vrai que les gens sont assez ouverts d’esprit. C’est toujours difficile de reprendre un rôle qui a marqué mais je sais que j’ai ma place et que j’ai des choses à défendre. J’ai 25 ans, 10 ans de plus que le personnage donc forcément je vais apporter autre chose. Je me suis vraiment investie à 200% dans ce rôle, j’y ai mis le côté enfant qui me reste mais aussi mon côté rebelle. Jouer la mort de Juliette c’est un de mes passages préféré et en tant que comédienne je suis ravie d’avoir la chance de jouer des moments aussi touchants.

Voir que les fans d’il y a dix ans sont toujours là, quel effet cela fait-il ?
Damien Sargue : Cela met un peu de pression mais ça touche surtout beaucoup. Il y a dix ans, on était pris dans la machine et on ne se rendait pas vraiment compte de l’impact que pouvait avoir le spectacle. On voyait les chiffres mais ça ne me parlait pas plus que ça. Mais là, de voir que les gens sont au rendez-vous et connaissent encore les paroles des Rois du monde par cœur ! Les chansons de Gérard ont marqué toute une génération. C’est impressionnant.

Il y a une autre histoire qui pourrait vous inspirer pour une nouvelle comédie musicale ?
Gérard Presgurvic : Oui, mais elle est déjà prise ! J’aurais bien aimé faire Les Misérables... Mais j’ai encore deux nouveaux projets qui sont aussi très ambitieux et je ne me lasse pas de ce genre. Il n’y a que là que je peux faire tout ce dont j’ai envie. Pour un album, je ne pourrai pas faire la moitié des chansons tellement c’est formaté. Et puis j’ai l’impression que les gens sont de nouveau demandeurs de comédies musicales en France alors maintenant il faut s’assurer qu’elles soient bonnes. C’est une dramaturgie particulière qu’il faut respecter. Et avec un peu de chance, on peut imaginer que ça devienne vraiment culturel.

Propos recueillis par Carole Bouchard