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L’Hôtel Drouot et ses Savoyards, entre traditions et « négligences »

Dernière mise à jour : vendredi 8 novembre 2013, par Expositions

Les Savoyards sont les commissionnaires de l’Hôtel Drouot. Ils y règnent en maîtres depuis 1860. Une confrérie unique ! On les appelle aussi les Cols rouges, pour la couleur du col de leur vareuse noire. Incontournables, ils transportent, stockent, protègent et mettent en place les objets qui seront vendus aux enchères. Depuis Napoléon III, ces déménageurs de luxe forment une aristocratie de la manutention. Venus des deux Savoies, ils se cooptent et se rachètent entre eux leur charge (autour de 50 000 euros, dit-on).

Accepté au vote de la majorité des Cols rouges, le nouveau titulaire hérite d’un numéro, brodé sur son col, et d’un surnom. Ici ni hiérarchie ni ancienneté, pas plus de congés payés ou de grilles de salaires : chacun est membre à part égale de l’UCHV (l’Union des Commissionnaires de l’Hôtel des Ventes).

Chaque matin, des trios sont formés et le boulot de l’équipe se jouera aux dés. Un audit, réalisé il y a 5 ans, montrait que 300 salariés normaux seraient nécessaires pour remplacer les 110 Savoyards. « Sans eux, Drouot s’écroulerait », assure un commissaire-priseur. Gros boulot, mais salaire conséquent d’environ 4 000 € par mois. Beau métier : les Cols rouges manipulent tout le jour des oeuvres d’art, et des objets de valeur.

Ils étaient 110 membres de l’Union des commissionnaires de l’hôtel des ventes (UCHV). Ils ne sont plus que 102, car 8 d’entre eux viennent d’être suspendus.

En 2003, à l’occasion du déménagement après décès de l’appartement d’un chirurgien parisien, quelques « pièces disparaissent » : un dessin de Picasso, une toile de Courbet, trois lingots d’or, de la porcelaine de Chine, des espèces et quelques antiquités. Un commissaire-priseur avait été chargé de l’inventaire, les commissionnaires de l’Hôtel Drouot du déménagement. Le neveu et unique héritier du chirurgien signale la disparition.

Février 2009, la réapparition du Courbet « Paysage de mer au ciel d’orage » est indiquée à l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels. L’enquête démarre, dirigée par les juges d’instruction, Jean-Louis Périès et Alain Philibeaux. Lumière crue sur le marché de l’art et les salles des ventes.

Le Courbet volé a été retrouvé chez l’un des membres de l’UCHV. Dans le dossier des juges d’instruction, selon le JDD, la liste des œuvres d’art, meubles et objets précieux retrouvés chez quelques Savoyards et leurs proches est incroyable. L’un recèle une dizaine de sérigraphies de Raoul Dufy et des dessins de Jean Cocteau. L’autre serait parvenu à s’acheter une brasserie à Paris, par la revente pour un million d’euros de deux meubles Arts déco signés Eileen Gray. Un 3e possèderait 9 studios à Paris. Un 4e aurait crédité ses comptes de quelque 600 000 euros en 6 mois. Chez la mère d’un autre, on retrouve tableaux, meubles, bibelots et argenterie en pagaille. Enfin la plupart rouleraient en Audi, BMW ou en Porsche.

Au bilan, 8 Savoyards ont été mis en examen (dont 3 en détention provisoire) pour « association de malfaiteurs » et « vols et recel en bande organisée », ainsi qu’un commissaire-priseur parisien, Eric Caudron, pour recel. D’autres pourraient suivre car pendant leur garde-à-vue, les Savoyards auraient beaucoup parlé.

Tous les Savoyards de Drouot seraient actuellement sous la surveillance des enquêteurs : écoutes téléphoniques, perquisitions, et mises sous scellés des conteneurs des entrepôts de l’UCHV à Bagnolet (Seine-Saint-Denis) dans lesquels les commissionnaires entassent les marchandises.

L’enquête qui vise Drouot pourrait profiter à la concurrence, Sotheby’s et Christie’s, et rien d’ailleurs n’indique qu’il ne s’y passerait pas la même chose, avance Xavier Autain, l’avocat d‘un des Savoyards. L’enquête est loin d’être finie…

André Balbo

Sources : Le Parisien, le JDD


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