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’L’Ordre et la morale’ censuré au nom du colonialisme ?

A la question de savoir s’il pense que la sortie de son film L’Ordre et la morale est censurée, Mathieu Kassovitz répond franchement oui. Au micro de France Info, le réalisateur de La Haine accusait ce samedi le sénateur UMP de la Nouvelle-Calédonie Pierre Frogier d’avoir fait pression sur les gérants de la salle de cinéma de Nouméa pour ne pas diffuser son film lors de sa sortie le 16 novembre.

Allant plus loin dans la polémique, Mathieu Kassovitz affirmait vouloir se battre contre cette censure qui est selon lui, « l’expression la plus basse du colonialisme ». Pierre Frogier est d’après lui, « un "caldoche", un blanc, qui dit à des Kanaks qu’ils ne sont pas assez intelligents pour apprécier un film qu’ils ont fabriqué eux-même pendant dix ans, qui parle de leur communauté, qui parle de leur histoire pour la première fois ».

S’il est difficile pour le moment de connaître le sentiment du peuple Kanak sur ce film, tant qu’il n’est pas sorti nationalement, il est certain que les difficultés se sont multipliées pour le réalisateur avant et pendant le tournage de ce film polémique.

Kassovitz s’était d’abord fait refuser le droit de le tourner sur l’île d’Ouvéa en Nouvelle-Calédonie en 2010, devant se rabattre sur Mooréa en Polynésie Française. Il avait donc dû recréer artificiellement une partie du décor, ce qui avait contribué à faire exploser le budget du film, estimé initialement à 8 millions d’euros. Le réalisateur et acteur principal du film avait alors dû avoir recours au système D, et avait mis sur Internet des vidéos des conditions du tournage où l’on voyait notamment que les quelques centaines de figurants devaient loger dans des tentes.

L’Ordre et la morale revient sur la prise d’otages meurtrière d’un groupe d’indépendantistes Kanaks en avril 1988, au moment de l’affrontement présidentiel entre Jacques Chirac et François Mitterrand. Après avoir tué quatre gendarmes de Fayaoué, ce groupe en avait séquestré une trentaine dans une grotte d’Ouvéa. L’armée française était alors intervenue avec des moyens impressionnants et, constatant l’échec des négociations, était intervenu dans un assaut faisant vingt-et-un morts, dont dix-neuf Kanaks et deux militaires.

Le film est traité du point de vue du capitaine Philippe Legorjus (Kassovitz) du GIGN, qui avait passé dix jours à négocier avec les différents acteurs du drame. Il faut noter que ce capitaine Legorjus était l’un des principaux conseillers du réalisateur avant le tournage. Le film met également en scène Malik Zidi, Philippe Torreton, Sylvie Testud et des acteurs locaux.

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