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Ours, de grand enfant à grand chanteur

A l’heure des lolitas et autres bébés-stars, on peut dire qu’il a pris le temps... Ours, auteur-compositeur-interprète de 28 ans, sort son premier album "Mi" le 10 avril prochain. Affiliés à la branche tendre et légère de la grande famille de la chanson française, ses treize titres révèlent un artiste touchant et laissent entrevoir derrière lui le garçon au regard rêveur et insouciant qu’il est encore aujourd’hui.

Ma première question concerne ton nom de scène : pourquoi "Ours" ?
Pour aider à leur réintroduction en France (rires) ! Plus sérieusement, j’ai fait un jour la comparaison entre un ours et un auteur parce que son travail d’écriture se fait seul dans sa chambre, recroquevillé sur lui-même, isolé du monde. Il y reste jusqu’au jour où il décide de mettre tout ce travail sur un disque, de le montrer aux gens et de s’ouvrir. De la même manière, un ours hiberne puis sort de sa tanière, va au contact de la nature et des choses de la vie le printemps venu.

As-tu d’autres traits caractéristiques de l’ours ?
Oui, j’ai déjà été assez "ours". Pendant toute une période, je me suis posé des questions, je restais avachi sur le canapé. A un moment donné, j’ai eu envie d’être secoué.

Tu ne concevais pas l’écriture autrement qu’en solitaire ?
Je ne l’ai pas décidé ainsi, c’est sorti comme ça. Personne ne peut m’aider à retranscrire mes émotions. Il n’y a que moi qui aie cette vision des états d’âme que je souhaite retranscrire ; un autre artiste en aura une différente. Par contre, pour les musiques, deux morceaux ont été composés avec une autre personne.

Quelles sont tes influences musicales ?
J’adore Stevie Wonder, Bill Withers, les Beatles. J’écoute aussi des choses plus modernes comme Timbaland ou les Neptunes. J’aime la musique en général ! D’ailleurs, à la base c’est le rap français qui m’a donné envie d’écrire…

Qu’est ce qui t’a attiré dans le rap ?
C’est une musique accessible : un style direct où je comprenais tout, et parfois des textes touchants, comme ceux d’Akhenaton ou d’Oxmo Puccino. Je me suis mis à l’écriture après avoir écouté ça. Je faisais des rimes pour m’amuser et j’ai vite commencé à adorer écrire. Par la suite, je me suis mis à Mathieu Boogaerts, Francis Cabrel, Brassens…

Avant d’arriver à la musique, tu as débuté dans le graphisme…
Oui. Mon école d’art m’a appris à creuser mon propre univers, à ne pas faire comme les autres. Lorsqu’on rendait un travail, les brouillons et toute la démarche préalable étaient notés. J’ai gardé cette démarche. En enregistrant l’album, je voulais garder beaucoup d’éléments des maquettes parce qu’ils me ressemblaient. Je ne voulais pas lisser les choses. Ce côté brut et animal me plait.

Ton parcours sinueux et atypique a-t-il finalement été un plus ?
Je pense. Aujourd’hui, je n’écris plus du tout la même chose qu’il y a cinq ans. Je suis à un âge où l’on change beaucoup. J’ai l’impression d’être maintenant plus mûr et plus juste.

Ton album parle beaucoup d’enfance. Quelle a été la tienne ?
Elle a été très heureuse. J’ai grandi au sein de ma famille, dans une atmosphère de fantaisie, d’humour et de légèreté.

Un âge d’or auquel tu aurais voulu rester ?
Oui, évidemment. C’est banal à dire mais oui, j’aime l’insouciance de l’enfant, sa pureté…

Penses-tu qu’on perde un jour notre part d’enfance ?
En tous cas, je sais que je n’en suis pas encore sorti. Je m’accroche à cette enfance. Notre part de rêve, de poésie, a été construite à ce moment-là de notre vie. Si je veux passer un bon moment devant un film, je regarde Rabbi Jacob. Et ce n’est pas pour son scénario, c’est parce que c’est toute mon enfance !

Cette nostalgie de l’enfance n’est-elle pas un phénomène générationnel, récent, peut-être lié à la société et au monde actuels ?
Je ne sais pas. C’est peut-être en effet plus fort depuis 30, 40 ans.

Dans la chanson On essaie d’imaginer, tu dis que "tout ça nous dépasse". Alors, d’où te vient l’inspiration ?
Elle vient du quotidien, des gens autour de moi. Les jeunes me touchent. Lorsque l’on a entre 20 et 26 ans, on se pose beaucoup de questions. On est ado et tout à coup on nous demande d’être adulte, d’avoir un métier. Parfois, on ne le vit pas très bien. A 17 ans, on a hâte d’avoir cinq ans de plus mais une fois qu’on les a, ce n’est pas si bien que ça. Ce sont ces désillusions que j’ai ressenties autour de moi et qui m’ont inspiré.

Et cette Nina dont tu parles dans ton album, qui est-elle ?
Tu vas être déçu mais elle n’existe pas ! Nina est un personnage fictif, un condensé de plusieurs personnes que j’ai connues. Et puis, le nom « Nina » sonnait bien, c’était assez musical.

Plutôt rare pour une chanson de parler d’une jeune fille qui boit…
C’est quelque chose qui me touche. On voit cette fille au loin, au fond d’un bar, poser sa tête sur l’épaule de quelqu’un et se mettre en boule sur le canapé. Je trouve ça mignon. Souvent, une fille est apprêtée, digne, fière du haut de ses talons. La voir tout d’un coup dégringoler, ça met tout à plat. Cette fille-là est touchante car elle tombe le masque. Un mec est plus pataud ; le voir boire et parler fort, c’est moins frappant. Quand c’est une fille, t’as envie de la serrer dans tes bras.

C’est le mal-être des autres qui t’inspire ?
Oui. On avait tous des rêves à 17, 18 ans et puis on comprend que ça ne se passe pas tout à fait comme on l’espérait. Il y en a aussi qui y arrivent mais j’en vois d’autres avec les bras qui pendent alors qu’hier ils étaient pleins d’énergie.

Vivre ces désillusions n’est-il pas un passage obligé de la vie ?
Oui, je pense que c’est ainsi. La vie est faite de moments très intenses en bonheur comme en malheur. C’est ce relief qui est intéressant et que j’essaie de retranscrire dans mes chansons. J’aime que les gens s’y retrouvent. Sinon j’aurais l’impression de ne parler que pour moi !

Avais-tu acquis une expérience de la scène avec tes groupes de musique ?
Non, très peu. J’avais fait une petite dizaine de concerts dans des bars ou sur une péniche devant deux personnes (rires). J’ai fait mes premiers concerts cette semaine, en première partie de Michel Jonasz au Casino de Paris. Hier, j’étais au Sentier des Halles et je vais aussi aller à la Rochelle. Je commence à me roder. Je sui en train d’apprendre et j’ai encore beaucoup à découvrir.

Comment appréhendes-tu ces concerts ?
J’y vais tout doucement, étape par étape. Je ne veux pas être noyé par les artifices, avoir beaucoup de musiciens avec moi sur scène. Ca noierait le propos et l’émotion. Je préfère qu’on soit à deux, dans des petits endroits et travailler sur l’essentiel de mes chansons afin que l’émotion principale ressorte. Et bizarrement, je n’ai pas du tout le trac ! Je conçois la scène comme un espace de jeu, une cour de récréation. J’ai envie que ce soit amical, sympathique…

… et bon enfant ?
Oui, on y revient !

Ours - Mi (Source Etc)
Premier album disponible.