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Salon de l’agriculture : la vache et le cinéma

Le Salon de l’agriculture à Paris se tient du 21 février au 1er mars 2015. L’occasion de voir ou revoir quelques films consacrés au monde agricole ?

A l’instar d’Arielle Dombasle comparant une vache qu’elle n’ose toucher à un animal préhistorique dans l’Arbre, le Maire et la médiathèque (1993) d’Eric Rohmer, le cinéma s’est souvent gardé à distance du monde paysan.
Le « garçon vacher » est pourtant au cœur de l’un des genres fondateurs du cinéma. L’affrontement entre le cow-boy errant et l’éleveur sédentaire est un argument classique du western, comme dans L’Homme des vallées perdues de George Stevens en 1953.
Et n’est-ce pas parce qu’on lui vole son troupeau que Henri Fonda – le plus sensible et le plus terrien des Wyatt Earp au cinéma – accepte de devenir shérif dans La Poursuite infernale (1946) de John Ford ? Comme s’il gardait quelque chose de la rugosité du fermier sans terre qu’il avait incarné dans les Raisins de la colère (1940) du même Ford.

Le cinéma soviétique a glorifié le travail aux champs, sur un mode érotisé et ambigu (La Ligne Générale, 1929, Eisenstein), lyrique (La Terre, 1930, Dovjenko) ou réaliste socialiste (La Moisson, Poudovkine, 1952).

En France, pas de cow-boys pour les vaches. Parfois un détenu de guerre (Fernandel) qui s’en sert pour s’évader, comme dans la Vache et le Prisonnier d’Henri Verneuil. L’animal y incarne un bon sens paysan qui aide à traverser la tragédie historique entre innocence et roublardise - vision réconciliatrice qui en fit le plus grand succès de 1959.
Emouvant chez Pagnol (Jofroi, 1933), l’attachement à la terre peut devenir franchement pesant chez Guitry (le Trésor de Cantenac, 1949), et c’est le cinéma documentaire qui saisit encore le mieux les bouleversements des campagnes françaises.

Ainsi du très beau Farrebique (1947) de Georges Rouquier qui s’attache à une famille de paysans de l’Aveyron, qu’il retrouve 38 ans plus tard dans Biquefarre, prenant le temps de capter ce qui change et ce qui demeure.

Aujourd’hui encore, le documentaire va aux champs, pour une pesée ou un contrôle laitier, comme Pierre Creton dans Secteur 545 (2006) ; en s’attelant aux problèmes macro-économiques du moment (mondialisation, environnement…), comme Dominique Marchais dans le Temps de grâces (2009) ; ou sur un mode nostalgique et pétrifié, comme Raymond Depardon dans son définitif Profils paysans (2001-2008).
Tout récemment, retour aux vaches, avec Bovines d’Emmanuel Gras, qui filme avec une grande attention la vie des ruminants.

Les animaux de la ferme inspirent aussi le cinéma pour enfants.
Ils y luttent contre l’industrialisation de l’agriculture sur le mode dandy du Fantastique Mr Fox (Wes Anderson, 2010) ou plus concentrationnaire dans Chicken Run (Nick Park, 2000).
Le tout étant quand même souvent d’échapper à l’abattoir, comme le sympathique cochon Babe, qui devient berger pour ne pas finir en charcuterie (Babe, le cochon devenu berger, 1995, Chris Noonan).

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