Cinéma

Boogie : les sirènes de la liberté


Un film sur la mort de l’adolescence, qui vaut surtout pour ses acteurs et pour la place qu’il devrait prendre dans un nouveau cinéma roumain entré dans sa phase adulte.

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Le vivifiant cinéma roumain actuel, celui qui est célébré avec une certaine constance à Cannes depuis La Mort de Dante Lazarescu de Cristi Puiu jusqu’au 4 mois, 3 semaines, 2 jours de Christian Mungiu, est né de réalisateurs ayant vécu durant leur jeunesse la fin du régime totalitaire de Ceaucescu. En réaction aux fariboles mielleuses de l’époque de la propagande, ces jeunes réalisateurs se sont retrouvés sur une volonté commune d’ancrer leur cinéma dans un réel plutôt sombre (le système de santé défaillant, l’avortement) auquel se mêle cette espèce de défaitisme tranquille propre aux peuples sortant d’un état de dictature et pour qui l’homme faisant bouger à lui-seul les rouages de l’histoire ne peut être qu’un meurtrier.

Pour son troisième long-métrage de fiction, Radu Muntean dresse un portrait sincère de sa génération, celle qui avait plus ou moins 20 ans en 1989. Boogie est le surnom presque oublié de Bogdan, ce jeune père de famille venu retrouver les lieux de sa jeunesse en compagnie de sa femme Smaranda et de son fils. S’attardant dans une station balnéaire fantomatique, la petite famille va croiser le chemin de Sorin et Vali, deux amis du lycée qui vont entraîner Bogdan dans une folle nuit qui verra Boogie renaître de ses cendres.

De la terrasse d’un restaurant jusqu’à une discothèque, en passant par un bowling et un détour à la case famille - l’occasion de prendre part à une belle scène de couple en sourdine parce qu’il y a le petit qui dort - Docteur Bogdan joue les Mister Boogie le temps de retrouver ses réflexes de séducteur et de fêtard, avec cependant la petite voix de sa femme en tête qui lui rappelle qu’il n’est qu’un irresponsable. Le temps d’une nuit, Boogie retrouve les plaisirs de l’abandon total, il fume, il boit, il drague, il se paie une prostituée et évoque des souvenirs avec ses amis, le tout filmé en une série de petits plans séquences qui laisse la part belle aux deux acteurs principaux, Anamaria Marinca (remarquée dans L’Homme sans âge et 4 mois, 3 semaines et deux jours) en femme avide de quitter définitivement le stade de l’adolescence, que son mari interprété par Dragos Buçur souhaite dans un premier temps retrouver.

Réalistes, donc tantôt vulgaires et tantôt plats, et proches de l’improvisation, les dialogues confirment ce que la caméra de Radu Muntean laisse supposer, à savoir que l’adolescence est une période qui ne fait sens qu’à un stade de la vie, celui de l’adolescence. Sans prendre véritablement parti pour ou contre le désir de Bogdan de revivre ces derniers instants où l’irresponsabilité n’est pas encore un gros mot ou une insulte - le mode de vie prôné par Smaranda confine plus à l’aridité qu’à l’ascèse - le réalisateur laisse son film se conclure sur une tonalité dont la neutralité n’est qu’apparente, Boogie étant définitivement mort et réduit à l’état de souvenir, un état d’autant plus agréable qu’il est brouillé.

Parfois longuet et attendu, Boogie devrait toutefois être un film clé dans l’historique du cinéma roumain, parce qu’il semble ouvrir la porte à un retour en puissance prochain de ses plus beaux fleurons, Mungiu en tête, renforcés par une maturité pleinement assumée.

Morgan Le Moullac

Boogie

- Sortie le 17 juin 2009
- Drame, Roumanie, 1h42, 2008
- Réalisé par Radu Muntean, scénario de Alexandru Baciu, Radu Muntean, Razvan Radulescu
- Produit par Dragos Vilcu
- Photographie de Tudor Lucaciu
- Montage de Alexandru Radu
- Musique de Electric Brother
- Avec : Dragos Buçur, Anamaria Marinca, Mimi Branescu, Adrian Vancica, Vlad Muntean


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mardi 16 juin 2009
 
 
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