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1, 2, 3 Léon

Dernière mise à jour : lundi 18 février 2019, par Pauline

Programme d’animation regroupant quatre courts métrages, Chez Madame Poule de Tali, La Bouche cousue de Catherine Buffat et Jean-Luc Gréco, Sientje de Christa Moesker et le plus long Hiver de Léon de Pierre-Luc Granjon et Pascal Le Nôtre, 1,2,3 Léon est le dernier né de studios valenciennois Folimage, qui depuis 1981 produisent des séries télévisées, des courts et des longs métrages d’animation pétillants et pertinents.

Les techniques utilisées dans les quatre courts du programmes sont variées : dessins et coloration sur papier, marionnettes, dessin animé traditionnel ou animation de volumes coexistent pour créer un ensemble dont la cohérence est thématique plus que visuelle. Ce qui s’impose assez vite à la vision de ces quatre œuvres, c’est que les histoires qui y sont racontées n’ont pas grand chose à voir avec celles que l’on raconte habituellement aux enfants. Déroutantes voire dérangeantes, elles évoquent les relations parents / enfants dans leurs formes conflictuelles et génératrices d’angoisse. Une "mère poule" craque face à son ingrate progéniture, une jeune fille ( être hybride entre le bébé criard et l’adolescente en crise ), hurle, casse et grimace, comme incapable d’apaiser ses maux. Dans L’Hiver de Léon, l’ours éponyme quitte ses parents apiculteurs lorsqu’il comprend que ce sont des humains et qu’il n’est pas comme eux.

D’habitude, les rôles sont parfaitement définis : les parents sont les protecteurs, les figures d’autorité, les enfants les protégés, et ceux qui doivent obéir, qu’ils le fassent ou pas. Dans les courts-métrages d’1,2,3 Léon, les frontières entre les personnages sont floues : le fils de la poule pourrait être son coq, bonhomme assis à longueur de journée devant la TV, Sientje est une sorte de monstre dont on ne peut déterminer l’âge, les passagers du bus de La Bouche Cousue sont deux adultes qui endossent des rôles de père et de fils et dans L’Hiver de Léon, l’ours parce qu’il quitte ses parents adoptifs n’est plus fils sans être encore père. Les parents ne sont plus des figures uniquement rassurantes, bienveillantes ; ils se révèlent parfois angoissants et fragiles. Les enfants ne sont pas toujours soumis ou en quête de protection et peuvent se montrer terribles et ingrats. Dans ses relations brouillées, ce qui réconcilie parents et enfants, c’est précisément de n’être pas toujours capables de coller au rôle que l’on voudrait leur donner, d’être alternativement forts ou fragiles, protecteurs ou protégés. Les relations nouées sont ainsi d’autant plus fortes qu’elles n’imposent pas à l’un ou à l’autre parti de "tenir" son rôle indéfectiblement, qu’elles autorisent les failles, les ruptures, et que chacun peut devenir le bienfaiteur de l’autre.

Mais le plus plaisant et le plus pertinent, c’est qu’1,2,3 Léon ne se contente pas de brouiller les pistes des identités. Le programme, surtout L’Hiver de Léon, confère à celui qui détient la parole et l’art de raconter, le pouvoir d’être celui qui protège et rassure. Enfants ou parents qu’importe, celui qui sait parler et raconter des histoires est le plus fort. C’est là une des belles idées véhiculée par le film qui rend un hommage jubilatoire au récit. Le titre même du programme y renvoie : " 1, 2, 3, Léon", c’est le décompte des court-métrages qui précèdent l’apparition de Léon, comme une comptine ou une formule magique pour mieux faire advenir le récit qui se dénonce comme tel puisque il s’ouvre sur une enluminure médiévale, support traditionnel du conte.

Dans L’Hiver de Léon, le méchant conteur Boniface, qui s’enfuit lors du happy end où Léon retrouve ses parents et épouse la princesse Mélie Pain d’épice, fait un retour fracassant. Le spectateur apprend à la fin que la voix off, celle qui depuis le début est sa complice, son lien le plus intime avec l’histoire de Léon, est en fat celle de Boniface. Naît alors un sentiment déstabilisant, celui que le conteur a finalement gagné, et que l’on a été son complice. Le spectateur, qui s’identifiait à Léon, est en réalité dramatiquement plus proche du conteur. Le retournement de situation montre que raconter peut être synonyme de gagner, dominer, prendre le pouvoir. Au contraire, l’absence de parole est à plusieurs reprises synonyme de fragilité : le "maman" final de Sientje, seul mot compréhensible que le personnage prononce, ne peut être dit qu’une fois que l’enfant a hurlé sa colère de manière quasi animale ; elle n’appelle pas sa mère au secours, elle peut lui parler parce qu’elle va déjà mieux. Dans La Bouche cousue ( le titre renvoie au malaise de celui qui ne peut pas parler ), le personnage qui fait tomber sa pizza au milieu du bus répète inlassablement "Elle m’lavait pas scotchée", paroles étranges et comme subies qui l’empêchent d’agir et de pouvoir ramasser la gourmandise écrasée. La parole, lorsqu’elle n’est que laconique, est paralysante. L’autre passager, le narrateur de l’histoire, celui qui a le pouvoir du récit, peut lui descendre du bus et choisir de défendre ou non le "fautif".

Parents et enfants dans 1,2,3 Léon sont alternativement rassurants ou rassurés et ce qui leur confère un rôle protecteur n’est pas leur âge ou leur statut mais leur capacité à parler et à raconter. Fascinants court-métrages que ces quatre jolies histoires tendrement angoissantes mais qui parviennent à montrer que force et fragilité sont des qualités mouvantes, qui passent d’un personnage à l’autre en même temps que la maîtrise de la parole et l’art du récit.

1,2,3 j’irai voir Léon...