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L’hôtel Benoit de Saint-Paulle

Dernière mise à jour : vendredi 16 mars 2012, par Christian Frank

C’est l’hôtel Benoit de Saint-Paulle qui incarne sans doute le mieux la grâce et le faste du faubourg Poissonnière à son heure de gloire, c’est à dire à la fin du XVIIIe siècle. Oeuvre majeure du faubourg - un des rares hôtels qui n’ait pas été détruit ni trop mutilé - il est signé par un grand architecte assez méconnu, Samson-Nicolas Lenoir(voir l’histoire de l’hôpital Saint-Antoine), né en 1726 et mort en 1810.

C’est l’architecte Claude-Martin Goupy, entrepreneur et architecte, issu de la bonne bourgeoisie, qui acquiert en 1772 un terrain situé au coeur du faubourg Poissonnière, alors en pleine urbanisation. Bien que lui-même architecte (on lui doit 2 hôtels du faubourg), il confie à Samson-Nicolas Lenoir, dit le Romain, la construction d’un somptueux hôtel particulier pour M. Benoit de Saint-Paulle, un ancien militaire devenu spéculateur qui a commencé à faire lotir le quartier. La construction dure de 1773 à 1776. Dès l’achèvement, Saint-Paulle, qui a saisi le profit qu’il pouvait en tirer, le revend aussitôt à Jean-François Caron, trésorier du Marc d’or.

Le plan de cet hôtel, - aux proportions relativement modestes comparées à celles des grands hôtels du faubourg Saint-Germain -, et ses façades rappellent le Petit Trianon à Versailles et les hôtels dessinés par Claude-Nicolas Ledoux. Le corps principal est un grand pavillon double, situé entre la cour et le grand jardin de 160m x 27m qui donnait autrefois sur la rue d’Hauteville (comme un bon nombre d’hôtels du quartier, les parcelles ayant été toutes morcellées depuis). Sa grâce s’exprime dans son avant-corps à 3 travées, précédé de 4 colonnes ioniques formant un péristyle. Le projet comprend une terrasse située au-dessus de ce péristyle, au niveau de l’étage bas traité en attique. Le rez-de-chaussée est accessible par un perron de 8 marches. Les grandes ouvertures en plein cintre surmontées de guirlandes en feston sont très caractéristiques de la fin du XVIIIe siècle. Les ailes latérales, de la même époque, sont traitées à bossages. La façade sur jardin est quasiment identique, mais des pilastres y remplacent les colonnes. Il faut toutefois regretter la surélévation des ailes basses de l’hôtel situées aux extrémités, opérée au XIXe siècle. On peut considérer cette oeuvre comme un juste compromis entre un pavillon à l’italienne et un hôtel à la française entre cour et jardin.

Les longues ailes en retour, qui bordent la cour, sont un peu postérieures, datant de 1778. Elles furent à l’époque dotées d’appartements avec étage décoré de lambris. On les attribue à l’architecte Antoine-François Peyre (1739-1823), dit le jeune, architecte du roi et de l’Académie Royale d’Architecture. Quant au pavillon d’entrée, très dénaturé sur rue, il a conservé au revers, côté cour, deux élégants bas-reliefs représentant l’Abondance et la Prudence.

Revenons aux occupants successifs de cet hôtel, dont certains sont restés célèbres.
Le 28 mai 1779, François-Nicolas Lenormand, seigneur de Flaghuc, maître d’hôtel du comte d’Artois, en fait l’acquisition. Sa 2e femme (épousée en 1759) est Marie-Louise O’Murphy, issue d’une famille irlandaise émigrée lors de la révolution de 1688. Marie-Louise, comme sa soeur Victoire, avait été modèle du peintre Boucher, et accessoirement la maîtresse de Louis XV à l’âge de 14 ans, recommandée par Mme de Pompadour véritable entremetteuse du roi ! Ainsi, le tableau de Boucher "Melle O’ Murphy", illustré ci-dessus (aujourd’hui à la Pinacothèque de Munich), nous présente sa gracieuse paire de fesses restée parmi les plus célèbres de cette époque.

Un autre homme célèbre succomba aux charmes de Marie-Louise O’Murphy : l’abbé Terray, qui devint en 1769 le contrôleur général des Finances et fut fort impopulaire auprès des Français. A sa mort en 1778, il lègue d’ailleurs sa fortune aux Lenormand. Peu avant la Révolution, l’hôtel est loué à Antoine de Valdec de Lessart, nommé lui aussi en 1790 contrôleur général des Finances par Necker puis ministre des Affaires étrangères en 1791 ; il sera emprisonné puis massacré à Versailles après la journée du 10 août 1792. En 1795, l’hôtel est acheté par Louis Chéret, orfèvre travaillant au quai des orfèvres, qui le loue au maréchal Ney ; celui-ci y vivait au moment de son mariage en 1802. La haute bourgeoisie montante prendra la suite au XIXe siècle : d’abord en 1820 le banquier Aimé Akermann (peut-être à rapprocher du célèbre Jonas Hagerman, promoteur du quartier de l’Europe ?) ; puis en 1856 un autre banquier puissant, César-Ernest André, ancien député du corps législatif, qui sera le dernier habitant de l’hôtel (son fils Edouard se fera construire l’hôtel Jacquemart-André à Paris, devenu aujourd’hui un musée). Après lui, Jules et Léon Fould, négociants issus d’une grande lignée de banquiers et d’industriels, y installèrent leurs bureaux et morcelèrent le jardin.

Restauré et divisé en appartements, l’hôtel Benoit de Saint-Paulle mérite vraiment le coup d’oeil. Fermé par un digicode, il est toutefois facile de demander à en admirer la cour.

Franck Beaumont

Adresse

30 rue du Faubourg Poissonnière