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Les ateliers de la rue Cassini

Le quartier Montparnasse et ses faubourgs fut une véritable ruche d’artistes entre les deux guerres mondiales, supplantant Montmartre qui passaient de mode : peintres, sculpteurs, photographes, écrivains, poètes se retrouvent dans les cafés, brasseries, clubs de jazz et forment ce qu’on a appelé "la bohème". Un grand nombre s’installe à l’arrière de Montparnasse, dans des rues paisibles du 14e arrondissement : autour du parc Montsouris, rue Campagne Première, villa Seurat ou rue Cassini.

La rue Cassini fut même précurseur en la matière puisque les ateliers d’artistes que vous pouvez encore y admirer aujourd’hui datent essentiellement des années 1903 à 1906. La Modernité des années 1920 n’est pas encore à l’oeuvre mais les architectes de cette époque s’essaient tout de même à des formes nouvelles, des audaces, des recherches expérimentales dirons-nous, notamment dans l’art de concevoir une maison-atelier. Le résultat est un mélange de rationalisme et de fantaisie qui se rapproche de l’Art Nouveau ou Modern Style. Une rue surprenante que nous vous proposons de découvrir.

Au n° 3bis, les architectes Louis Süe et Paul Huillard conçoivent en 1906 un atelier pour le peintre Louis Simon : doté d’une ossature en béton armé, l’hôtel est habillé de briques jaunes et la lumière y est rendue abondante grâce aux grandes ouvertures verticales. L’atelier se distingue très bien sous la corniche ; le rythme des ouvertures et la succession de petits volets rappellent pourtant celles des maisons de ville à colombage du Moyen-Âge. Louis Simon fut un peintre célèbre à la fin du XIXe siècle, proche du mouvement naturaliste et intimiste, surtout connu en Bretagne où il peignit beaucoup. (Photo ci-dessus)

Au N° 5, les mêmes architectes changent radicalement de matériau : la brique rouge y est utilisée quasi exclusivement. Là encore, on sent bien l’expérimentation dans le rythme des ouvertures, la variété de leur échelle. Le choix a été fait d’une grande verrière en hauteur pour apporter de la lumière à l’atelier. Le détail des corbeaux de brique qui soutiennent l’encorbellement de cet atelier rappelle à nouveau le Moyen-âge. C’est le peintre Jean-Paul Laurens, dont les tableaux de style académique sont restés célèbres, qui y habita. il y reçut notamment André Gide et Charles Péguy.

Le n°7 est de facture plus classique. Même si on y identifie bien la présence d’un atelier sous le fronton, les formes choisies, le décor sculpté et l’usage de la pierre de taille en font plutôt un pastiche du style Louis XV. Il fut construit pour le peintre Czernichowski.

Le n° 12 est beaucoup plus intéressant. A la même époque que Mallet-Stevens et dans un style assez proche, l’architecte Charles Abella construit entre 1930 et 1931 cet immeuble en béton armé. La pureté et la simplicité des formes géométriques dominent : grandes ouvertures horizontales, terrasses étagées au sommet, grande tourelle saillante (les baies y sont placées verticalement) contenant l’escalier, et, sur la cour, de grandes verrières abritant des duplex destinés à des ateliers. Précisons que le style "atelier d’artiste" était alors en vogue et que cet immeuble de standing fut destiné à une clientèle aisée. A l’entrée de la cour a été placé un élégant bas-relief du sculpteur Xavier Haas qui habita cet immeuble.

Enfin, signalons que le philosophe Alain habita au n°6, qui est une ancienne dépendance de l’abbaye Port-Royal située juste à côté.

Franck Beaumont

Sources : Guide du Patrimoine, Guide du Promeneur 14e.

rue Cassini

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