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Alerte ! Les galeries envahissent le Marais et Paris !

Dernière mise à jour : vendredi 25 novembre 2016, par Expositions

Quelle mouche les a donc piquées ? Combien sont-elles ? Combien seront-elles bientôt ? Mois après mois, le nombre de galeries d’art se multiplie de façon exponentielle ! Au même titre que les magasins de fringues de marques, les opticiens, ou que certains grossistes, mais en rangs bien plus serrés encore ! Ne l’aviez-vous pas remarqué ?

Menaçantes, elles remontent du fleuve, par centaines, et s’installent groupées, inexorablement, dévorant ou étouffant les autres activités sur le passage de leur flux compact, un pâté de maisons après l’autre, tel un bouquet de pacmen.

Adieu, les commerces de bouche de proximité, la crémière, le boucher, le primeur, le poissonnier, ou même les petits artisans de quartier, ou le bougnat modeste. Où se sont-ils tous réfugiés, entre autres les cordonniers, tapissiers, retoucheurs, menuisiers ou marchands de couleurs ?

Après avoir littéralement vitrifié le IVe arrondissement, voilà que les galeries partent à la conquête de nouveaux territoires, d’une nouvelle frontière. Elles ont maintenant pour avant-postes le Haut-Marais, mais des colonies s’étendent à partir de Belleville, les quartiers autour de la Bastille sont déjà tombés, le Triangle d’Or des Champs-Élysées et de Matignon, réputé pour son commerce d’art de haut vol, satellisé, est aujourd’hui pris dans un mouvement brownien et planétaire d’enchères stupéfiantes, parfois faites à l’aveugle…

D’autres quartiers a contrario se vident de cette activité de marchands d’art. Certaines institutions prestigieuses de la Rive gauche même, dont la Fondation Cartier, ont déjà annoncé leur intention de sauter le pas et de rejoindre l’incroyable meute de la Rive droite. Le public des amateurs, des collectionneurs voire des curieux ne traverserait plus la Seine, dit-on. Est-ce le signe qu’il s’agirait moins d’art, de création et davantage de business ? Ne soyons pas si petits !

Dans cet aveuglement panurgien généré par la crise ou l’illusion, dans cet abandon général de référents, l’art contemporain serait-il devenu pour beaucoup l’une des trop rares valeurs refuges ? Si certains prix atteignent, il est vrai, des sommets, il ne s’agit que du haut de l’affiche, des cimes de la cote, et nombre des œuvres proposées à la vente ne trouvent pas preneur, ou à des prix de misère, dirait Léo Ferré, pour le galeriste comme pour l’artiste, à qui il ne reste souvent qu’à vitupérer l’époque (id.).

Je n’ai bien sûr rien contre les galeries d’art en particulier. Sincèrement. Loin de là. J’en fréquente certaines, et même un bon nombre, avec un grand plaisir, et je remercie au passage ces professionnels de m’avoir fait découvrir, gratuitement ou pas, tant d’œuvres et d’artistes. Mais devant la mise en place d’un phénomène sociétal d’une telle ampleur, j’avoue ne plus bien comprendre et être mal à l’aise.

Que ceux qui peuvent me l’éviter ne me laissent pas dans l’ignorance. Expliquez-moi donc le modèle économique de ces sociétés tel que vous l’avez perçu ? Comment tant de galeries font-elles, ne serait-ce que pour assurer leurs frais courants ? Pour vivre, n’en parlons pas ! Cette multiplication ne serait-elle due qu’à un avantage fiscal excessif et récent ? Tant de gens ou d’entreprises sont-ils tellement dans l’urgence de perdre de telles masses d’argent ? Certains évoquent des cas de blanchiment, mais je n’irai pas jusqu’à les suivre. Comprendre, vous dis-je, et non prêter l’oreille aux rumeurs.

Peut-être les collectionneurs d’œuvres d’art ont-ils eux-même proliféré de façon exceptionnelle, d’autant que, lorsqu’une œuvre est acquise légalement, elle fait l’objet d’une exonération fiscale...

Quelle est la durée de vie moyenne d’une galerie en 2012 ? S’agirait-il d’un marché de niches bien particulier pour agents immobiliers ou promoteurs qui feraient les meilleures conditions aux leaders, aux locomotives, et plumeraient ensuite suivistes et imitateurs ? Je ne sais pas. Ou serait-ce des particuliers qui spéculeraient par ce biais sur la pierre ? Dans la durée. Effectuant pour cette activité le strict minimum de travaux…

Ma logique est accessible aux projets courageux et nécessaires de jeunes passionnés d’art, dotés d’un carnet d’adresses d’artistes et de clients, même vagissant. Aux professionnels mûris sous le harnais, aguerris aux foires et salons, aux fins limiers dotés d’un œil, voire d’une oreille, d’une empathie, d’une foi, ou d’amis d’artistes, ou de dénicheurs de talents, et certainement de quelques autres, soyons non-aristotélicien…

Il est vrai aussi que l’art est un domaine qui a bonne presse, plutôt surcoté, à tort ou à raison, comme le tourisme, la mode, la presse ou la culture, et où l’on peut se satisfaire d’une faiblesse d’émoluments compensée par une petite dose de prestige, qui n’est parfois qu’auto-octroyée…

En aucune façon nous ne saurions nous placer, en ouvrant ce débat, dans une position de juge de la qualité des œuvres produites et montrées, cela va sans dire !

La multiplication des galeries se présente donc dans de telles proportions, qu’elles se comptent à ce jour au moins par centaines ! Le phénomène progresse ainsi aux yeux de tous, sans freins. Des raisons ou des explications à cette enveloppante vague de fond ont certainement dû m’échapper. Il y a une embrouille quelque part et cela devient un réel problème d’environnement et même d’urbanisme, si ce n’est d’urbanité. "Quand c’est flou, il y a un loup", disait Martine à la campagne.

Je me hisse donc sur mes pointes de pieds et je pousse un petit cri aigu d’alerte, qui, j’espère sera entendu de nos élus municipaux et peut-être même au-delà.

À ce stade, cette espèce de commerces est typiquement invasive et dangereuse, n’ayons pas peur des mots, pour l’harmonie et la vie quotidienne dans la Cité, dont la diversité des activités doit absolument et de toute urgence être préservée !

Des galeries, certes, mais parmi d’autres activités !

Une réponse sous huitaine serait la bienvenue. Elle serait immédiatement rendue publique !

André Balbo

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