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La crise : le point de vue d’Olivier Millet

Dernière mise à jour : vendredi 19 février 2010, par Juliette Frank

Consultant en conduite du changement. Entretien simple, lucide et ouvert à vos réactions.

Sentez-vous la crise ?

La crise financière n’a pas de répercution sur mon activité ni dans le sens d’un accroissement, ni dans le sens d’une diminution de celle-ci. Aucun de mes clients ou de mes patients ne l’évoque d’un point de vue négatif dans les échanges que nous avons. Elle est plutôt évoquée en arrière-plan et de manière à susciter des opportunités pour générer des changements : par exemple un de mes clients y voit l’opportunité pour toutes ses équipes de progresser sur la relation aux clients. En temps de crise, les clients sont d’autant plus précieux, ils méritent une attention toute particulière.
D’un point de vue plus personnel, je me suis refusé à investir dans des actions à la bourse depuis au moins 15 ans pour ne pas participer à un cercle vicieux aboutissant à mettre la pression à tous. J’ai préféré m’offrir une formation de cuisinier pour mieux rebondir en cas de difficultés dans mon métier de consultant.


Une crise ou des crises ?

Il s’agit probablement un tsunami financier, aux effets secondaires ravageurs pour un très grand nombre de personnes, de familles, de petites entreprises. Je dirai une crise et des crises.

L’aviez-vous imaginée ?

J’espérais qu’elle puisse arriver le plus vite possible pour permettre de décrédibiliser la dynamique économique générale dans laquelle le plus grand nombre souffrait depuis le premier choc pétrolier de 73. Il est parfois très difficile de faire comprendre qu’une situation part dans le mur, alors plus vite elle y parvient plus tôt il devient possible de passer à un autre mode de fonctionnement. Parfois, nos tentatives de solution pour éviter un problème à court terme préparent un cataclysme à plus long terme. Je pense qu’à chaque fois que nous avons évité de nous opposer à un libéralisme forcené, parce que c’était la crise nous disait-on, nous avons contribué à affaiblir les mécanismes de régulation qui avaient facilité les progrès sociaux depuis 1936.

Cela vous amène t-il du travail supplémentaire ?

Non pas pour l’instant.

Est-ce une période excitante pour vous ?

Excitante certainement pas, parce que j’ai du mal à mesurer concrètement les effets de la crise dont les conséquences se feront sentir sur des années, et je trouve cela préoccupant. En revanche, cette période est porteuse de changements. L’événement qui vient de se produire va peut être faciliter l’évolution d’attitudes et de comportements d’un grand nombre de personnes. Les exigences des consommateurs face aux banques vont se renforcer. Les personnes vont devoir s’organiser pour moins dépendre des grands circuits de distribution. Le commerce, les services, l’artisanat de proximité va reprendre de l’essor. Chacun va chercher des solutions moins chères, des relations de proximité, de l’attention. Les relations de solidarité vont se développer, à nouveau. En dehors de tous les circuits traditionnels médiatiques, les personnes partagent davantage de liens, de bonnes informations. Internet et les réseaux sociaux facilitent l’émergence de cette nouvelle proximité. Il y aura peut être des changements qui seront impulsés par des politiques, mais l’essentiel de l’évolution dépend de chacun d’entre nous. Moins de peur individuelle facilitera l’évitement de panique collective. En nous rapprochant les uns des autres, nous recréons du lien social pour mieux réguler les dérives du système.

Des nouvelles situations à débloquer ?

Le plus important a eu lieu. La crise en elle-même a constitué l’information majeure. La manière, dont les États ont eu à voler au secours des banques, dit qu’un marché laissé à lui-même est une ineptie. Le libéralisme, tel qu’il s’est construit ces dernières, a perdu la tête. Les règles de fonctionnement qu’il a privilégiées se sont traduites par une prédation des libertés. Chaque grande société coté en bourse, tentant de s’assurer la mise sous contrôle de son marché, de ses clients. Les programmes de fidélisation ont facilité la mise sous tutelle de clients avec pour promesses quelques cadeaux de plus en plus attrape-nilgauds. Comment a évolué le partage des richesses, ou sont passés les efforts de productivité de chacun ? Comment avons-nous réussi à servir moins de repas au resto du cœur durant toutes ces années ? La crise sera peut-être salutaire pour faciliter la sortie du marché de dupes auquel nous étions aux prises depuis tant d’années. La peur ne sera plus mauvaise conseillère. Elle stimulera l’imagination pour éviter d’être captif de quelques spéculateurs ou entrepreneurs trop gourmands.



Que pouvons nous faire ?

Parallèlement à la lutte contre le réchauffement climatique, beaucoup de gestes sont à notre portée pour consommer différemment, moins et de meilleure qualité. Nous avons intérêt à favoriser les producteurs et commerçants de proximité, défendre les services publics…

Faut-il être optimiste ?

Être optimiste serait dangereux. Les changements sont annoncés, mais il est encore possible que le libéralisme revienne aux commandes. Chacun doit apprendre à faire a son niveau des gestes différents pour mieux réguler le système. Cet apprentissage est difficile et demande de la ténacité. Afin d’éviter d’oublier trop vite la crise et les opportunités qu’elle nous amène, chacun doit se poser la question suivante : comment devrais-je m’y prendre pour être sûr d’enrayer un retour en force d’un libéralisme si avide.

Comment ne pas se décourager ?

Penser que les plus grandes montagnes se gravissent pas à pas. Réformer de petites choses au fur et à mesure. Reconquérir, réinventer des parts de liberté, parler et partager des expériences avec ses voisins. Se mobiliser pour se défendre, savoir dire non ou stop.

Comment changer de point de vue ?

Pour changer de point de vue, il faut se demander comment si prendre pour être encore plus malheureux et faire l’inverse.

Si on souhaite modifier des choses, individuellement, par où commencer ?

Se faire la cuisine plutôt que d’acheter des plats cuisinés, aller au marché plutôt qu’au supermarché, s’inscrit à un stage de survie douce pour apprendre à se nourrir des plantes trouvées bords des chemins.

Quels conseils donner aux sociétés ?

Pour les sociétés comme pour les particuliers cela dépend de ce qui pose problème au sein de cette crise. Mais l’idée étant de faire la différence, je trouve que sur le fonctionnement des relations humaines tout est encore à inventer.
Il existe probablement des manières de fonctionner qui mettent les hommes et femmes des entreprises au cœur de leur réussite. Je recommande la lecture de l’ouvrage "À contre courant l’entreprise la plus extraordinaire au monde", chez Dunod, de Ricardo Semler.



Aux particuliers ?

Je pense que chaque personne qui a peur de la crise devrait se préparer sérieusement au pire qui risquerait de lui arriver. Cela passe par se mettre devant une feuille de papier et imaginer les pires choses susceptibles de nous arriver. C’est une recommandation un peu bizarre mais qui généralement fonctionne très bien lorsque plus on essaie de se rassurer plus on est angoissé. Grâce à ce travail, chacun apprend à s’organiser autrement tant qu’il en est encore temps.



Cette crise est-elle une chance ?

Cette crise ouvre un espoir que les choses puissent se passer différemment, mais rien n’est moins sûr. Peut-être que la crise est d’une ampleur suffisamment grande pour nous arrivions chacun d’entre nous à influencer l’évolution du fonctionnement du monde. Cette crise est peut-être une expérience suffisamment mauvaise pour chacun d’entre nous, au point que nous ne nous y laissions plus prendre une nouvelle fois.
Cette crise est peut être un accélérateur de dignité pour amplifier des initiatives alternatives menées de par le monde mais encore trop peu connues pas assez répandues. Je pense aux micro-crédits, aux Amap, aux réseaux d’agriculteurs partageant des semences non stériles
- réseau Semance Paysanne, par exemple.



Connaissez-vous des expériences qui peuvent nous aider à réfléchir ?

Je trouve que pour l’ère internet est une expérience passionnante. En cherchant un peu, quel que soit son domaine de prédilection, il est possible à chacun d’y trouver de précieuses informations pour rencontrer des personnes actives dans la mise au point ou le partage d’expérience en marge de nos modes de fonctionnement habituels.

L’histoire du site evous est à elle seule une expérience remarquable. Au-delà de la réflexion, ce qui compte c’est ce que chacun fait.

« Ne doutez jamais du fait qu’un petit nombre de gens réfléchis et engagés peuvent changer le monde ? En vérité, c’est la seule chose que l’on n’a jamais fait. » Citation de Margaret Mead


Olivier Millet est le fondateur de "Interaction et changement", société de conseil en conduite du changement dans les organisations et chez les personnes. Il intervient quotidiennement pour résoudre des conflits et débloquer des situations relationnelles dans une impasse et s’appuie en particulier sur l’approche systémique de l’école de Palo Alto. Il mène actuellement un doctorat auprès de l’université de Paris Descartes sur le thème : les manières de conduite du changement, qui font rupture avec les habitudes.



www.interaction-et-changement.fr


Conseil de lectures :

"À contre courant l’entreprise la plus extraordinaire au monde", chez Dunod, de Ricardo Semler.

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