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Le XVIe finira-t-il par faire sécession ?

Une grande menace pesait à cette époque sur le XVIe, où 20% des contribuables payaient l’ISF et possèdaient un patrimoine moyen de près de 3M€. La Ville de Paris voulait y construire des HLM !

Et donc la révolte grondait. L’équipe du maire du moment, Bertrand Delanoë, afin d’atteindre l’objectif légal de 20% de logements sociaux et amener, au passage, un peu de mixité sociale, avait lancé 4 projets qui totalisaient 407 appartements.

On pourrait en parler à l’imparfait tant tout cela peut nous paraître dérisoire et révolu, mais tristesse et tremblements des eaux glaciales du calcul égoïste, tout cela est hélas bien actuel et bien présent. Nous sommes au début du XXIe siècle, à Paris, France.

Delanoë a lancé donc 4 projets : portes d’Auteuil et Dauphine, à La Muette, et à Exelmans. Tous ont été stoppés net par une mobilisation tous azimuts des habitants, soutenus publiquement et sans vergogne par des élus UMP, dont le maire du XVIe, Claude Goasguen.

La méthode ? Des recours, des menaces de recours, déposés devant les tribunaux administratifs par des justiciables, suffisamment armés sur le plan juridique pour être efficaces.

Les engins de chantier se sont donc arrêtés au stade du terrassement, et les parcelles, si rares à Paris, demeurent à l’état de friches. Et pas de détail ! Même l’immeuble riquiqui de la rue Nicolo, à La Muette, qui ne compte que 31 appartements, dont un tiers de studios et un tiers de 3 pièces…

Tous les moyens dilatoires seront bons : venue des inspecteurs de la Drac (direction régionale des affaires culturelles), afin d’obtenir le classement d’un vieil immeuble promis à la démolition pour libérer la parcelle. « Sans intérêt patrimonial » conclurent-ils. Les riverains attaquèrent alors en référé le permis de démolir du vieux bâtiment. Déboutés. Qu’à cela ne tienne : le permis de construire est contesté devant le tribunal administratif, et, cette fois, ils obtiennent gain de cause.

Il est vrai que selon un haut fonctionnaire municipal « le PLU de Paris est si complexe qu’on peut toujours trouver, dans un permis de construire, une faille, un détail, il suffit d’avoir les moyens et de se payer d’excellents avocats ».

Comme vous vous en doutez, l’argent n’est pas un souci. L’association Paris Dauphine Environnement (500 membres), qui a fait suspendre l’un des projets, a déjà, selon une déclaration de son président Éric Lefranc au quotidien Libération, dépensé 25 000€ en frais de procédures (devant les tribunaux). Et elle entend continuer.

« Les gens qui habitent le quartier ont payé au prix fort leur appartement pour bénéficier d’un cadre de vie agréable » justifie-t-il. Et les fonds proviennent de riverains déterminés à faire capoter la construction des 135 logements sociaux prévus sur place.

Ces associations ne mettent jamais en avant leur hostilité au logement social, mais s’abritent derrière des considérations urbaines, architecturales ou ayant trait à l’environnement. « Halte au massacre des espaces verts ! » clament les communiqués de celle qui lutte contre un projet avenue du Maréchal-Fayolle (135 logements), qui jouxte les 846 hectares de verdure du bois de Boulogne.

L’architecte serait trop nul ? Peut-être pas. C’est l’agence japonaise Sanaa qui vient d’obtenir le Pritzker 2010, sorte de Nobel de la discipline, et son projet a reçu l’approbation des Bâtiments de France.

Le projet de la porte d’Auteuil ? 355 logements. Entre les mains de professionnels reconnus (Rudy Ricciotti, Ane Demians, Francis Soler et Finn Geipel), il est menacé de recours.

Celui de la rue Varise (à Exelmans) a été confié au prestigieux Atelier Christian Portzampac. Suspendu. Idem pour la rue Nicolo.

Pour Jean-Yves Mano, adjoint (PS) au maire de Paris : « Les gens pensent que les HLM vont faire baisser la valeur de leurs appartements, que des familles à problème vont venir perturber leur quiétude… ».

Et tout cela se passe dans un arrondissement qui ne compte que 2,5% de HLM, contre plus de 30 dans les XIXe ou XIIIe.

Et Jean-Yves Mano déclarait : « Nous ferons en sorte que tous les logements sociaux prévus dans le XVIe arrondissement voient le jour ». Manquait la date…

André Balbo

Source : Libération

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