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Le chien, le général et les oiseaux : de l’animation comme action

Dernière mise à jour : lundi 18 février 2019, par Pauline

Animation ne signifie pas monde parallèle, merveilleux et idyllique... Une telle technique peut devenir politique. C’est ce que révèle Le Chien, le Général et les Oiseaux, de Francis Nielsen.

A l’origine, Le Chien, le général et les oiseaux est un conte de Tonino Guerra ( scénariste entre de nombreux autres films, d’Amarcord de Fellini, de Blow up d’Antonioni ou de Kaos, des Frères Taviani ), illustré par des dessins au pastel de Sergeï Barkhin, qui s’est inspiré de Chagall. Le français Francis Nielsen décida d’en faire un film d’animation. Tonino Guerra accepta de travailler à l’adaptation en scénario et Patrick Clerc fut appelé pour transformer les illustrations de Barkhin en décor et personnages animables. Au final, Le Chien, le général et les oiseaux marque par son esthétisme à la fois très simple - la technique d’animation retenue, les papiers découpés, rend l’ensemble plutôt traditionnel - et baroque - les dorures, le mélange des couleurs chaudes et froides, les motifs orientaux et le non respect des proportions sont les éléments graphiques d’un univers chagallien peuplé de matriochkas, d’oiseaux et d’hommes volants.

Le Chien, le général et les oiseaux est un film politique en forme d’ hymne à la paix et à la liberté. Un vieux général russe y est hanté par le souvenir d’une bataille contre Napoléon. Il ne se remet pas d’avoir utilisé des oiseaux comme projectiles enflammés pour venir à bout de l’ennemi ( l’histoire est réelle, racontée à Tonino Guerra par un ami étudiant en russe ). Les oiseaux ne lui pardonnent pas et il passe ses journées seul, attaqué par les volatiles et multipliant les actions qui pourraient laver celles qu’il a commises il y a bien longtemps. Grâce aux chiens de la ville et à la bienveillance du tsar, le général réussit finalement à agir pour la paix, à faire vivre ses rêves et à libérer tous les oiseaux de la ville de leurs cages. Lui et son chien Bonaparte ( en nommant ainsi son animal de compagnie, le général devient ami avec son ancien ennemi ), réussissent à agir sur le monde qui les entoure et que jusqu’alors ils se contentaient de rêver et de fantasmer.

Cette fable pacifiste où humains et animaux se comprennent et vivent en harmonie trouve sa force moins dans son "message" de paix et de liberté que dans la rencontre entre la technique de l’animation et ce message. L’animation n’est pas uniquement une technique qui permet de transmettre des idées politiques aux enfants, c’est à dire en douceur, par métaphores et en faisant appel au merveilleux. Elle n’est pas l’enrobage qui rend jolies et acceptables des idées sérieuses ou violentes. Ici, elle se définit comme une technique d’action, engagée.

L’animation est incarnée dans le personnage du général, qui se révèle être un formidable metteur en mouvement des images qui l’entourent. Il ne cesse de rêver et de fantasmer, et surtout de fonder ces projections sur des images. Dans son appartement, deux tableaux sont montrés de manière récurrente, un portrait de sa femme morte il y a quelques années et qu’il fait revivre à plusieurs reprises lors de ses délires et un tableau représentant une scène de bataille au centre de laquelle trône Napoléon. Elle nous est montrée pour la première fois à travers l’objectif de la longue vue du général, comme si la scène était réelle puisque regardée par l’un de ses acteurs. Dans les deux cas, ce sont le regard et l’imagination du général qui font bouger des images immobiles. Tous les rêves du général, toutes les images qu’il fabrique et dans lesquelles il voit les oiseaux de la ville libérés de leurs cages, deviennent réels à la fin du film et des oiseaux immobiles comme les paons mécaniques du tsar ou les volatiles empaillés de Michaël, majordome du Général, se mettent à voler. Parce qu’il rêve et fantasme sans cesse, le général acquiert le pouvoir d’animer l’immobile et devient un maître de l’animation. Ce sont ses utopies qui lui donnent le pouvoir d’agir sur le réel et de le modifier. Dès lors, la technique de l’animateur est désignée comme une technique capable d’agir sur le monde. Contrairement au cinéaste, l’animateur est contraint, donc libre, de créer totalement le monde qui constitue l’univers de son œuvre. Les mondes animés ne sont pas des mondes parallèles, ils sont le monde réel pensé, martelé, découpé et reformé. En témoignent les récents "documentaires animés", Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Marionneau ou Valse avec Bachir, d’Ari Folman, présenté en sélection officielle à Cannes, ce mois de mai 2008 qui donnent à des images "fausses" une force et une valeur égales à celles des vraies.

Le Chien, le général et les oiseaux n’est pas un doux rêve pour enfants sages. C’est une fable, une œuvre militante et pacifiste, qui rend plus trouble et c’est tant mieux la distinction entre le cinéma et l’animation, les films de grands et les films d’enfants.

Le Chien, le général et les oiseaux, film d’animation couleur de Francis Nielsen, d’après un conte de Tonino Guerra. France, 2001, 1h15, pour les enfants à partir de 6 ans.

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