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Mèche Blanche : les aventures du petit castor

Dernière mise à jour : lundi 18 février 2019, par Pauline

Philippe Calderon est documentariste. Il a réalisé pour la télévision, des documentaires sur des thèmes aussi variés que Byzance, de Gaulle ou le cerveau. En 1999, son film La cité des fourmis avait obtenu de plusieurs prix, dont ceux du public aux festivals de Toulon et de Montréal. Avec Mèche Blanche, il s’attèle à nouveau à montrer des animaux dans leur milieu naturel, les castors, ces rongeurs semi-aquatiques formidables bâtisseurs d’immenses barrages.

Calderon a souhaité inscrire son film dans la lignée du Roman de Renart, célèbre recueil de récits médiévaux dont les personnages sont des animaux qui agissent comme des humains. L’objectif était de raconter une histoire aux enfants mais en leur montrant des images réelles. A l’inverse des démarches récentes du cinéma d’animation qui se fait documentaire ou qui raconte des histoires réelles avec des images "fausses" ( Valse avec Bachir, Persépolis ), Mèche Blanche utilise des images documentaires mises au service d’une pure fiction.

Le film présente l’histoire de Mèche Blanche comme un conte oral transmis de génération en génération, et que la rivière a chuchoté aux hommes. Dès les premiers instants, le spectateur est plongé dans un univers merveilleux, celui des contes et d’une nature parlante, à la fois profondément humanisée et vierge de toute activité humaine. Les grands espaces canadiens se déploient dans une vue aérienne vertigineuse qui semble vouloir entraîner définitivement dans le monde fictionnel. Mèche Blanche ( ainsi nommé à cause de la crête claire qu’il porte en haut du crâne ), vit avec Maman Castor et Petite Sœur. Il est le seul homme de la famille depuis que son papa est mort. Quittant son abri un jour de grande pluie, il est entraîné par les flots violents nés de la destruction du barrage patiemment construit par Maman Castor. Il se retrouve alors seul, loin de son foyer et de sa famille, et part pour un voyage initiatique dont il reviendra grandi. En chemin, il rencontre des loups ( peut-être ceux qui ont tué son père ) et un Vieux Castor qui devient son ami et avec lequel il réussit à retrouver sa mère et sa sœur, après les avoir sauvées d’un incendie. Tout se termine bien pour la famille recomposée qui retrouve la paix et le bonheur d’être réunie.

Mèche Blanche adopte un schéma classique de film pour enfants dont les héros sont des animaux. Un jeune animal perd sa famille ou ses maîtres s’il est domestiqué, et le film raconte le périple semé d’embuches à l’issue duquel il retrouve les siens. C’est ainsi que fonctionnaient L’Incroyable voyage ou Le petit dinosaure et la vallée des merveilles, entre autres. Parfaitement humanisés, les animaux subissent la peur et la solitude exprimant ainsi toutes les angoisses enfantines. Dans Mèche Blanche, l’anthropomorphisme est total : le père manque à sa famille, Mèche Blanche a peur de passer la nuit seul dehors et loin des siens, et Vieux Castor joue les papis bourrus lorsqu’il rencontre le petit castor. Il ne faut pas aller voir Mèche Blanche comme un documentaire sur les intrigants rongeurs. Le film fait un usage purement imaginaire des magnifiques images tournées au Canada. Ainsi, la course poursuite entre un loup et Mèche Blanche ne montre jamais les deux animaux dans un même plan et on devine aisément qu’elle n’a jamais eu lieu, et si les couinements des castors sont de vrais bruits produits par leurs bouches, ils sont retravaillés numériquement. L’effet est le même que dans L’Ours de Jean-Jacques Annaud : les sons émis par les castors évoquent des cris de bébés, des réactions mignonnes et touchantes, mais qui agacent car l’on ressent pleinement leur fausseté.

Certes, les enfants se moquent certainement de savoir si ce qui est raconté est vrai ou non, si un loup peut effectivement chasser un castor et quel langage ces rongeurs utilisent. Pour eux, Mèche Blanche raconte une histoire à suspense, avec des images étonnantes et des personnages drôles ou attachants ( mention spéciale au Vieux Castor péteur ). Cependant, il reste dommage que l’on ne puisse jamais savoir si les images montrées correspondent à ce qui est raconté et l’on se pose fortement la question de la pertinence d’une fiction qui abolit presque totalement la vertu documentaire des images utilisées. Tourné en pleine nature, au Nord de Montréal dans le fjord du Saguenay, à la limite du Grand Nord canadien, le film montre des images étonnantes, des castors notamment mais également de toute la faune qui les entoure, lynx, ours, loups, loutres, Grand Duc ou moufette. Les images et les prises de vue sont impressionnantes : plans en plongée ou au ras de l’eau se succèdent et donnent l’impression d’être réellement projeté en pleine nature. C’est la beauté et la singularité de ces images qui autorise à se sentir frustré par un montage de tout évidence menteur et par un anthropomorphisme mièvre et outrancier.

Mèche Blanche atteint pleinement l’objectif qui semble avoir été celui de Calderon : raconter une histoire aux enfants à partir d’images réelles. Le film est de ce point de vue visuellement magnifique et dramatiquement réussi. Le projet manque cependant d’envergure ; il sous-emploie les prises de vue étonnantes qui ont été réalisées et sous-estime le jeune public, ne lui donnant que de jolies images et de jolies histoires.

Mèche Blanche : les aventures du petit castor, par Philippe Calderon, 2008. Conté par André Dussollier. Film français pour les enfants à partir de trois ans. Durée : 1H30. Sorti le 30 avril 2008

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