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Un lieu et une exposition : aux Docks en Seine, Mannequin, le corps de la mode

Cette exposition fut initialement produite par le musée Galliera pour l’édition 2012 des Rencontres internationales d’Arles de la photographie. Elle y avait été bien accueillie. Le musée jusqu’au 19 mai 2013 se décide à la montrer cette fois aux Parisiens, dans le cadre de son programme hors-les-murs, aux Docks / Seine, Cité de la Mode et du Design.

Buste de couture, vers 1905. Carton, bourre de coton, satin de soie, bois. Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris

Quel sujet difficile ! Et le mannequin vivant est-il davantage le corps de la mode que la mode elle-même ? Que sa majesté le vêtement ?

Tout au long de ce parcours de photos, magazines et petits films le balancement est incessant entre trois pôles : objet, sujet, ou totem. Simple porte-manteau, existence propre et autonome, ou révélateur des valeurs et de l’esthétique de notre civilisation ?

Juergen Teller, Kristen McMenamy 3, Londres, 1996. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la galerie Lehmann Maupin, New York. © Galliera/Rencontres d’Arles

C’est à la fin du XIXe siècle, que la femme vient supplanter dans les salons de couture les mannequins de bois, de cire ou d’osier utilisés jusqu’alors. Elle en prend même le nom. Métier nouveau, à la fois fascinant... mais si peu recommandable !

Les présentations de ces jeunes femmes à leurs débuts (un film rare le montre aux Docks) sont d’une fraîcheur un peu maladroite. Et dès ces années-là, élégantes, mannequins, femmes du monde, actrices, exposeront avec ostentation leurs toilettes sur les champs de courses et dans les autres lieux en vogue.

Anonyme, 1925. Le couturier Paul Poiret, qui inventa tant de choses dans le domaine et les pratiques de la mode, dont les tournées internationales de mannequins, sur le quai avec ses mannequins en partance pour la Russie. Je croirais cette photo plus ancienne qu’indiqué. Tirage gélatino-argentique © Galliera / Roger-Viollet

"Ma tournée devait garder un caractère distingué, et ma propagande dépendait de la bonne tenue de ces demoiselles" Paul Poiret, En habillant l’époque, Grasset, Paris, 1930.

Au fil du temps, progressivement, les canons de la beauté (est-ce bien singulier ?) allaient évoluer, cambrure, taille, poitrine, comme du reste les caractères qu’il convenait de montrer au public, et de mettre en scène, origines, couleurs de peau, et bien entendu les ambiances et les gammes de gestes. Les ingénues des débuts allaient un jour être remplacées par de redoutables "performeuses", capables de produire un spectacle total ! Puis les plus fameuses mannequins deviendront de véritables stars que leur prénom suffit à identifier, tant leur visage et leur silhouette sont devenus connus de tous, et dont la présence est chèrement monnayée en de très nombreuses occasions.

De terribles interrogations se posaient encore. Plus les mannequins gagnaient en prestige, en identité et en beauté "reconnue", plus le risque existait qu’ils n’entrent en compétition visuelle avec le vêtement qu’ils étaient sensés mettre en valeur...

En plus de présenter le vêtement, le mannequin ne finissait-il pas par vendre également une allure, un style ? Et celui-ci était-il personnel ou était-ce celui du créateur dont il défendait pourtant les couleurs ?

"Aujourd’hui, le mannequin est un acteur essentiel de la diffusion de la mode," qu’il transmet et porte, en en multipliant les images à l’infini.

Cette exposition rassemble des clichés de grandes signatures de la photographie : Erwin Blumenfeld, Helmut Newton, Guy Bourdin, Corinne Day, et des artistes comme Cindy Sherman, qui travailla avec Rei Kawakubo pour la marque Comme des Garçons, déconstruisant à sa manière les codes de la mode et de l’image de la femme.

La part qui revient aux photographes de mode dans l’engouement pour la mode et la fascination exercée par les modèles est considérable et volontiers reconnue par les mannequins. Inoubliable Kate Moss, prise dans le naturel de ses 15 ans et ses débuts dans le mannequinat par la photographe Corinne Day, ou Linda Evangelista par Steven Meisel, ou Violetta Sanchez par Newton, image trouble de la femme sublimée et de son double de plastique doté d’imitation de toison pubienne ?

Une exposition qui pose un regard d’entomologiste, à la fois distant et intimiste, sur plus d’un siècle de l’industrie de la mode et des métamorphoses et de l’exploitation tatillonne et si imaginative de l’image de la femme qu’elle sut sans cesse appliquer à l’infanterie comme aux stars du mannequinat.

Mannequin. Le corps de la mode, du 16 février au 19 mai 2013, aux Docks, Cité de la Mode et du design, 34 quai d’Austerlitz 75013 Paris Métro Gare d’Austerlitz, Quai de la Gare, Gare de Lyon, Bus 24, 57, 61, 63, 89, 91. Ouvert du mardi au dimanche de 10 à 18h sauf les jours fériés. 6€ ou 4,5€, 3€ de 14 à 26 ans, gratuit aux - de 14 ans.

Vous retrouverez dans les articles « 2012 à Paris : les grandes expositions de A à Z » et 2013 à Paris : les grandes expositions de A à Z » les différentes expositions 2012 et celles de 2013 déjà annoncées par leurs établissements et musées.

Frederic Leighton (1830–1896) Crenaia, the nymph of the dargle, ca. 1880 Huile sur toile 76.2x26.7 cm Colección Pérez Simón, Mexico © Arturo Piera, Musée Jacquemart-André 09/13-01/14

Dans les articles Calendrier 2012 des grandes expositions à Paris, et Calendrier 2013 des grandes expositions à Paris, ces mêmes expositions sont classées par dates.

Nous nous efforçons de tenir ces articles à jour, et nous vous remercions des suggestions, précisions, ajouts et corrections que vous pourriez apporter à ces programmes.

Nous vous indiquons chaque semaine les nouveautés, les expositions qui fermeront bientôt leurs portes, et... nos préférences, car on ne se refait pas : "LA SEMAINE des expositions, musées, et galeries : que faire à Paris du...".

Nous tenterons aussi de vous les présenter chaque mois, à partir de Février 2013.

Enfin, contre l’actualité artistique qui chasse ce que l’on se croyait capable de retenir, les catalogues d’expositions peuvent avoir, quand ils sont faits avec exigence, un rôle certain à jouer.

Nous avions établi notre sélection, pour Paris, des MEILLEURS CATALOGUES des expositions 2012, en vous indiquant en plus les nominés, et les primés au Prix CatalPa 2012 pour les catalogues d’expositions de Paris.

Nous procédons de la même manière en 2013, avec les MEILLEURS CATALOGUES des expositions 2013.

André Balbo

A LIRE AUSSI : Agenda de la mode à Paris

Bilan 2013 des catalogues d’expositions de Paris : les Prix CatalPa 2013, les 10 Nominés, les 59 retenusParis Haute Couture, à l’ Hôtel de Ville de Paris. Jusqu’au 6 juillet 2013. Une précieuse exposition gratuite...

sources : visite, musée Galliera, Cité de la Mode et du Design

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