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Eglise Orthodoxe du quai Branly : Delanoë donne une leçon d’architecture

Le projet d’une nouvelle et rutilante église Orthodoxe Russe sur le quai Branly (Paris, 7e) s’est trouvé un opposant virulent en la personne de Bertrand Delanoë, le Maire de la ville.

Dans un communiqué plutôt salé diffusé hier, il a tenu à « exprimer [s]a très nette opposition à ce projet conçu par les États français et russe, sans l’accord de la Ville de Paris ».

Est-ce le fait que cette audace architecturale soit mise au profit d’un bâtiment religieux qui dérange le maire de Paris ? A-t-il peur que sa proximité avec la tour Eiffel ne fasse de l’ombre au symbole de la capitale ? Déteste-t-il à ce point se retrouver pieds et mains liées face à une forme d’ingérence de l’État dans "sa" ville ?

Les raisons invoquées dans le communiqué sont d’ordre esthétique. Dénonçant une « architecture de pastiche », ostentatoire, il craint une dégradation de « l’image de l’identité orthodoxe dans notre ville et dans le monde ».

Se défendant de remettre en cause le principe de cet édifice ou la place d’une architecture contemporaine inventive, Bertrand Delanoë s’en remet donc à l’UNESCO, garante de la sauvegarde des rives de la Seine, classées au Patrimoine mondial. Le but est sans doute de retarder au maximum l’avancée d’un projet sur lequel il ne dispose que d’un avis consultatif.

Sur le papier, les plans conçus par l’équipe franco-russe et dirigée par l’Espagnol Manuel Nunez Yanowsky promettent beaucoup. Si le bâtiment en lui-même devrait être de facture plutôt classique, c’est sans doute le toit de l’église qui pose problème. Ainsi cinq bulbes dorés dont le plus haut, central, se dressera à 27 mètres, domineront un toit couvert d’une voile de verre s’achevant en façade photovoltaïque à l’arrière du bâtiment. Ostentatoire ou simplement lumineux et coloré ?

Les législatives en vue

Une affaire de goût, mais aussi de vocabulaire. Quand le maire de Paris laisse subrepticement échapper le terme d’« ostentation » en matière de religion, on ne peut s’empêcher de repenser à l’affaire du voile à l’école. La République laïque est un sujet porteur et les "hasards du calendrier" font que la réaction de Bertrand Delanoë arrive en pleine campagne électorale présidentielle et législative, alors que le projet a été retenu dès Février 2011 à l’issue d’un concours international opposant 110 candidats. Un concours que le maire de Paris admet lui-même avoir suivi de près, en évoquant « des propositions bien plus satisfaisantes » (que celle choisie)...

En vue des législatives, les candidats à la deuxième circonscription (qui comprend une partie du 7e arrondissement) auront donc un nouveau sujet à débattre. François Fillon suivra sans doute la voie tracée par l’État et soutiendra le projet, au contraire du candidat PS, le généticien Axel Kahn qu’on imagine mal contredire Delanoë. Et Rachida Dati la dissidente ? Avec un peu d’habilité, elle pourrait en profiter pour rattraper un peu de son retard dans les sondages (8% selon l’Ifop fin 2011).

En attendant, Mgr Nestor, Ordinaire des paroisses orthodoxes russes de France ne se montre pas trop rancunier. Interrogé par Le Parisien, il se contente reconnaître qu’il s’agit d’« un projet audacieux qui ne plaît pas à tout le monde », de louer « le goût certain (du maire) pour l’architecture » et de rappeler qu’il avait « soutenu le projet de centre culturel russe à Paris ».

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