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La Cinémathèque expose le talentueux et provoquant Pasolini

vendredi 20 octobre 2017, par André Balbo

Pier Paolo Pasolini, né à Bologne en 1922, est mort assassiné sur la plage d’Ostie, une nuit de 1975, à l’âge de 53 ans. Aujourd’hui, "l’affaire Pasolini" n’a toujours pas été totalement clarifiée. Quels étaient ses assassins ? Que venait chercher là le réalisateur ? Crime politique ? Crapuleux ?

Cette exposition, qui est le fruit d’une collaboration "européenne", arrive à Paris après avoir été à Barcelone, et avant d’être montrée à Rome même puis à Berlin. La voix du poète est le fil conducteur. Il fallait un point fixe, et Pasolini lui-même était si changeant dans ses propos. N’avait-il pas dit en 1968 aux étudiants que dans les luttes qui les opposaient aux policiers, il leur préférait toujours les flics, fils d’ouvriers, à eux, fils de bourgeois trouillards, veules et capables aussi d’arrogance !

Difficile de faire d’un tel personnage un monument. Et pourtant...

Personnalité complexe, Pasolini a été dans son temps en pointe sur bien des sujets et dans bien des domaines, n’engendrant dans les échanges ni la mélancolie ni la tiédeur... En connaitriez-vous un qui aurait été plus harcelé que lui par la justice ? 33 procès au compteur ! Dont 21 pour le seul Accattone.

Avant tout cinéaste de première importance à la filmographie prestigieuse, Pasolini pouvait aussi révéler ses talents de poète, de linguiste, de romancier, et de peintre intimiste. Cet homme était aussi notoirement engagé à gauche, radical et polémiste, également aventurier, homosexuel, et présentait encore bien d’autres facettes, avec peut-être enfin une pincée de violence dans l’expression, de provocation, et un océan de culture.

Il fut dans l’Italie de l’Après-Guerre un intellectuel remarquable et remarqué au sens propre, un des plus actifs, des plus controversés des décennies durant, toujours prompt à combattre les petitesses et les habitudes de la société de consommation, de la bourgeoisie, dans l’Italie de son époque, mais tout autant le conformisme contestataire qu’il jugeait dangereusement hypocrite. Pas facile, tout ça... et laissant peu de repos.

Le thème choisi de cette exposition permettra d’approcher ou d’accrocher Pasolini dans les rapports passionnés, ambigus et conflictuels qu’il entretenait avec la ville de Rome, et de mieux saisir l’importance que prirent pour lui la poésie, la politique, le sexe, l’amitié, le cinéma, et l’intense appétit à vivre dont il faisait de toute évidence preuve.

Pour lui qui avait passé sa jeunesse dans le Frioul et à Bologne, la ville de Rome ne pouvait se réduire à n’être qu’un décor ni même un simple lieu de vie. Rome avait sa propre existence physique, charnelle, et passionnelle, qui l’inspirait et le poussait à aller de l’avant, toujours plus loin.

Rome fut peut-être tout simplement sa grande histoire d’amour, "dont il connut une à une toutes les étapes, le lyrisme et l’angoisse de la rencontre, les déceptions, les trahisons, les sentiments de haine et de passion mêlés, les phases d’attraction et celles de rejet, d’éloignement et de retrouvailles".

Il donna la parole à un petit peuple qui était jusqu’alors occulté. Avec sa propre langue, son accent, sa brutalité, son manque de culture et sa pureté. Il y a du Pasolini dans Almodovar...

Pour le Pasolini polémiste, redoutable analyste de l’évolution de la société italienne et de ses tourments, Rome a aussi été le principal sujet d’observation, son champ permanent d’étude et de réflexion. Ses écrits et ses films ont créé pour la ville un nouvel imaginaire, Pasolini ne s’étant pas contenté de l’intégrer comme toile de fond.

On peut dire sans exagération aucune qu’il a « refondé » Rome par la littérature et le cinéma, conférant par exemple existence et dignité au langage "romanesco" qui, grâce à lui, entrait dans la culture littéraire italienne.

Pasolini a tourné ses premiers films à Rome, mais le décor d’Accattone et de Mamma Roma est d’abord celui des "borgate" populaires où il avait vécu et travaillé à son arrivée, là où vivaient les pauvres, les marginaux, les derniers des « innocents », les sous-prolétaires solaires. Un espace urbain précaire, bricolé, méprisé des architectes et des urbanistes, et auquel il s’est efforcé d’insuffler grandeur et lyrisme par un filmage sacralisant inspiré des matrices figuratives de la première Renaissance.

L’exposition "Pasolini Roma" propose un parcours chronologique découpé en 6 sections, scandant les grandes phases de son rapport à Rome à partir de son arrivée dans la capitale en 1950. Elle explore les sites pasoliniens de sa vie, de ses écrits et de ses films, en passant par les relations amicales du cinéaste avec les poètes et les
intellectuels de son époque (Elsa Morante, Alberto Moravia, Attilio Bertolucci...) et ses relations amoureuses.

On y découvre de nombreuses photographies, archives, documents, extraits de films, archives audiovisuelles, peintures et dessins réalisés par Pasolini lui-même, ainsi que des œuvres d’artistes italiens des années 1960 et 1970 dont il appréciait le travail. Un De Chirico surprenant.

Des murs-écrans montrent des plans de la Rome d’aujourd’hui, et des cartes d’époque qui permettent de suivre à la trace l’évolution des rapports géographiques concrets de Pasolini avec la grande ville vaticane.

Une évidence s’impose bien vite au visiteur de cette exposition : la vie de Pasolini, empreinte de dramaturgie, fut bien celle d’un homme qui créait et luttait sur tous les fronts... à la fois. Il écrivait : "J’aime la vie si férocement, si désespérément, que je ne peux en tirer aucun bien (...) et je dévore, je dévore : comment cela finira-t-il, je n’en sais rien…"

La mort à 20 ans de son frère Guido l’obligeait-elle à tous ces combats ? Ou son père, atteint de cirrhose et de crises paranoïdes ?

Mieux que toute exposition, profitez de cette rétrospective pour une fois intégrale de son œuvre cinématographique...

Sur le site de la Cinémathèque, l’exposition est mise en valeur par des documents associé à des lieux à la fois romains et pasoliniens...

Le commissariat de cette exposition est assuré par Alain Bergala, ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, Gianni Borgna, qui fut son ami et son collaborateur, et Jordi Balló.

Pasolini Roma, du 16 octobre 2013 au 26 janvier 2014, à la Cinémathèque de Paris, 51, rue de Bercy 75012 Paris. 01 71 19 33 33. Métro Bercy (6 et 14). Lundi, et mercredi à vendredi de 12 à 19h. Week-end, jours fériés et vacances scolaires de 10 à 20h. Nocturne le jeudi jusqu’à 22h. Fermeture le mardi. 10€ et 8€, 5€ pour les moins de 18 ans. Forfait expo + musée 12€.

Vous retrouverez dans l’article 2013 à Paris : les grandes expositions de A à Z les différentes expositions annoncées par leurs établissements et musées.

Frederic Leighton (1830–1896) Crenaia, the nymph of the dargle, ca. 1880 Huile sur toile 76.2x26.7 cm Colección Pérez Simón, Mexico © Arturo Piera, Musée Jacquemart-André 09/13-01/14

Dans Calendrier 2013 des grandes expositions à Paris, ces mêmes expositions sont classées par dates.

Nous nous efforçons de tenir ces articles à jour, et nous vous remercions des suggestions, précisions, ajouts et corrections que vous pourriez apporter à ces programmes.

Nous vous indiquons chaque semaine les nouveautés, les expositions qui fermeront bientôt leurs portes, et... nos préférences, car on ne se refait pas : LA SEMAINE des expositions, musées, et galeries : que faire à Paris du....

Enfin, contre l’actualité artistique qui chasse ce que l’on se croyait capable de retenir, les catalogues d’expositions peuvent avoir, quand ils sont faits avec exigence, un rôle certain à jouer. Nous avons établi notre sélection, avec PARIS 2013 : LES MEILLEURS CATALOGUES d’expositions de Paris.

Celui de cette exposition en fait partie.

Les Grandes Expositions et Calendrier 2014 peuvent déjà être consultés sur Évous.fr... et complétés, si vous disposez de plus d’informations que nous !

André Balbo

sources : Visite, la Cinémathèque française, Wikipédia, les commissaires

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