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L’ancien château des Ternes

Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, les limites de Paris "intra muros" et de ses faubourgs se situaient, sur la rive droite, au niveau des Grands Boulevards . La ville était alors entourée de nombreuses "folies" (maisons de plaisance) et de grandes propriétés. Citons par exemple le château de Bagnolet, le château de Bercy ou encore le château de la Muette. Le château des Ternes était lui aussi à l’orée de la ville et son histoire est ancienne. Il en subsiste encore aujourd’hui une partie, imbriquée dans l’actuel quartier des Ternes.

En 1582, il appartient à Pierre Habert, notaire et secrétaire du roi. Son petit-fils Isaac, théologien, fut un protégé du cardinal de Richelieu. En 1679, le domaine est morcelé en deux. Plusieurs fois vendu, l’ancien château est acquis en 1715 par Pomponne Mirey, écuyer, conseiller et secrétaire du roi (charge anoblissante), et receveur des consignations. C’est lui qui fait construire un nouveau château - celui visible aujourd’hui rue Bayen. L’édifice comprend un avant-corps central percé de grandes baies en plein cintre, et deux ailes en retrait.

En 1740, à sa mort, c’est Grégoire Masse, issu d’une riche famille d’orfèvres, qui l’acquiert. Quand on visite Notre-Dame de Paris et que l’on admire les "May", sublimes tableaux religieux offerts chaque année par la guilde des orfèvres, on saisit toute la richesse de cette corporation.

En 1778, le domaine est vendu à trois hommes, Jean-Baptiste Servat, Charles-Nicolas Rolland, et Samson-Nicolas Lenoir, qui ont plutôt des vues spéculatives, que le projet d’en faire leur résidence. Samson-Nicolas Lenoir est le plus intéressant des trois personnages. Architecte ambitieux, il commence en effet à spéculer et signer des projets dans un quartier très à la mode à la fin du XVIIIe siècle, le faubourg Poissonnière. Son plus beau projet réalisé y est encore visible : c’est l’hôtel Benoit de Saint-Paulle situé au n° 30 rue du Faubourg Poissonnière. Dans les communs du château des Ternes, il installe une manufacture de tôles, appelée "manufacture de fers préparés à l’abri de la rouille", qui lui permet d’aboutir à une nouvelle conception de toiture terrasse, avec charpente et couverture métallique. Néanmoins, sans doute dénué de scrupules, il n’hésite pas à vendre la grille du château à un de ses amis spéculateur comme lui, Jean-Baptiste Elie de Beaumont, ancien avocat au Parlement de Paris. On peut aujourd’hui admirer cette grille au magnifique château classique de Canon, dans la Calvados, qui appartient toujours aux descendants d’Elie de Beaumont. Bien pire, Samson-Nicolas Lenoir décide de faire percer une rue sur la propriété, la rue Bayen, et éventre le pavillon central du château des Ternes en le perçant d’une arcade qui passe maintenant dessous...

Lenoir conservera le château des Ternes jusqu’en 1802. Au XIXe siècle, la propriété subira mutilation, morcellement en plusieurs parcelles et le parc sera bien évidemment loti, le quartier s’urbanisant à grande vitesse. L’avant-corps central qui subsiste a conservé une certaine allure.

Franck Beaumont.

Sources : Guide du Patrimoine - Guide du promeneur Paris 17e

rue Bayen

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