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L’oeuvre parisienne de l’architecte Théodore Brongniart

Dernière mise à jour : mardi 29 novembre 2011,    par: Franck Beaumont

Elève de Jacques-François Blondel et d’Etienne-Louis Boullée, Théodore Brongniart ( 1739-1813) fut un architecte très actif sous la fin de l’Ancien Régime et pendant l’Empire. Son style s’apparente au courant néo-classique qui apparaît dès les années 1760 et prône le retour à l’Antique (on abandonne l’architecture purement à la française). Moins visionnaire que Ledoux ou Boullée, il se vit pourtant confier de nombreux projets et eut plus de chance qu’eux, car la majeure partie de son oeuvre n’ a pas été détruite. Tour d’horizon de ses constructions parisiennes, subsistantes et disparues.

Le premier quartier où il fut actif est celui de la Chaussée d’Antin, dans l’actuel 9e arrondissement. Ce qui va devenir au XIXe siècle les Grands Boulevards est alors un véritable chantier, situé à l’orée des faubourgs de la ville. Dès les années 1760 et jusqu’à la Révolution, la Chaussée d’Antin se couvre de somptueux hôtels aristocratiques commandés aux plus grands architectes. Brongniart s’y taille une belle place en réalisant l’hôtel de Valence-Timbrune (1769-détruit), l’hôtel de Montesson (1770-détruit), l’hôtel Taillepied de Bondy (1771-détruit), l’hôtel Radix de Sainte-Foix (1777-détruit). L’une de ses plus belles réalisations fut un hôtel commandé en 1778 par le prince de Soubise pour sa maîtresse, une comédienne et danseuse célèbre, Melle Dervieux, et qui était situé dans l’actuelle rue de la Victoire (illustration ci-dessus) ; il a été remplacé au XIXe siècle par la grande synagogue encore visible aujourd’hui.

Brongniard fut plus chanceux avec le Couvent des Capucins, édifié de 1780 à 1782 (illustration ci-contre). C’est le roi Louis XVI lui-même qui invita les Capucins à venir s’installer à la Chaussée d’Antin. L’architecte y place au centre un sobre cloître d’ordre dorique, entouré par trois corps de bâtiments en U. La façade de la rue de Caumartin qui en est l’entrée d’origine exprime clairement le goût de cette époque : la pierre y présente des refends (lignes horizontales), les façades sont aveugles et simplement animées de niches. Les bas-reliefs de Clodion qui ornaient le deuxième niveau ont malheureusement disparu à la Révolution. Aux extrémités de cette façade, on reconnaît très bien les pavillons qui marquent l’extrémité des deux aîles en retour. Celui de gauche abrite, encore aujourd’hui, l’église des Capucins appelée Saint-Louis d’Antin ; elle ne dispose que d’un seul colatéral, comme souvent les églises des capucins. En 1804, le couvent devint le lycée Bonaparte, puis plus tard le Lycée Condorcet. C’est actuellement un des meilleurs lycées parisiens.

Le second quartier où Brongniart fut très actif est le faubourg des Invalides. Rappelons que Brongniart deviendra en 1782 contrôleur des bâtiments de l’École militaire et architecte des Invalides, prenant la suite de son professeur, Boullée. Il construira d’ailleurs le Manège et l’Observatoire de l’Ecole Militaire. Dès 1774, il se voit confier la construction de l’hôtel de Monaco (57 rue saint-Dominique) pour la femme du prince de Monaco, Marie-Catherine de Brignoles ; l’hôtel est devenu aujourd’hui le siège de l’Ambassade de Pologne. Celle-ci étant la maîtresse du prince de Condé, ce dernier lui confie tout naturellement la construction de l’hôtel de Bourbon-Condé (12 rue Monsieur), destiné à sa fille, abbesse de Remiremont. Elle fondera en 1816 l’ordre des Bénédictines de l’adoration perpétuelle du Saint-Sacrement. L’ hôtel a été vendu en 2008 par la congrégation des Filles du cœur de Marie à l’émir du Bahreïn pour 66 millions d’euros. (illustration ci-dessus).

Deux autres magnifiques hôtels de ce faubourg sont encore l’oeuvre de Brongniart : au N° 20 de la rue Monsieur, il construit en 1780 l’hôtel du comte de Montesquiou. Son fils sera grand chambellan de l’empereur Napoléon 1er. Abritant encore récemment le ministère de la Coopération, il a été remis en vente par l’Etat (illustration ci-contre) en 2008 et acquis par un investisseur russe pour la modique somme de 200 millions d’euros.

En 1787, il construit une demeure pour le prince Masserano, cousin de Louis XVI, au n°11 rue Masseran. L’hôtel Masseran connaîtra deux propriétaires restés célèbres : pendant la première moitié du XXe siècle, le comte Etienne de Beaumont y donna des fêtes somptueuses et y reçut nombre d’artistes des avant-gardes, dont il était l’un des plus fidèles mécènes : Cocteau, Braque, Picasso, Diaghilev ou encore Raymond Radiguet ; cet hôtel inspira d’ailleurs à Radiguet le décor de son chef d’oeuvre "Le Bal du comte d’Orgel". Plus récemment, l’hôtel Masseran fut la résidence du président ivoirien Félix Houphouët-Boigny. L’Etat ivoirien a mis en vente en 2008 tout son prestigieux mobilier (signé de Riesener, Oeben, Sené, Boulle, etc) pour pouvoir procéder à la réfection complète de l’hôtel, en fort mauvais état. (illustration ci-dessous).

Par la suite Brongniart épousa les idées de la Révolution et sa carrière n’eut pas à en souffrir. En 1804, le préfet Frochot lui confia l’aménagement d’un nouveau cimetière hors des murs de la ville : sur le parc de l’ancienne maison de campagne des Jésuites, Brongniart dessina le plus beau cimetière parisien, celui du Père-Lachaise, en conservant le tracé de l’ancien jardin.

Enfin, son oeuvre la plus célèbre reste le palais Brongniart. Napoléon 1er lui confiera ce projet grandiose de "Palais impérial de la Bourse", qui sera éxécuté à la manière d’un temple périptère corinthien de 1813 à 1826. Mort en 1813, Théodore Brongniart ne verra hélas pas l’achèvement de son oeuvre la plus marquante du paysage parisien.

Franck Beaumont.

Sources : Guide du Patrimoine Paris, Belles demeures de Paris, Guide du promeneur 9e.

65 rue de caumartin

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