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Paris-Beijing expose les mortelles beautés de l’Asie de Yang Yongliang

Dernière mise à jour : lundi 6 mai 2019,    par: Expositions

La galerie Paris-Beijing est une galerie-couloir entre les rues du Vertbois et Notre-Dame-de-Nazareth dans le 3e. Éffilée et de belle tenue pour les œuvres qu’elle sélectionne.

Du 14 mars au 27 avril 2013, elle propose les nouvelles séries de photographies et les installations vidéo de Yang Yongliang, qui fut disciple de Yang Yang, le grand maître de la calligraphie et du Shanshui, qui consiste à présenter des paysages naturels accompagnés en général d’inscriptions.

Yang Yongliang est né à Shanghai (en 1980), photographe, peintre, vidéaste et plasticien, enseigne au Shanghai Institute of Vision Art. Ses œuvres sont notamment collectionnées et exposées au MoCA (Shanghai), au Bates College Museum of Art (États-Unis), au British Museum et à la Red Mansion Foundation. Yang Yongliang a obtenu le Prix de la Découverte aux Rencontres d’Arles 2009.

NEW MOON, 2012 Lightbox 140 x 140cm, edition of 7 / 90 x 90cm, edition of 8

En s’appuyant sur cet art millénaire fortement codé, il use des nouveaux médias avec une complète maîtrise, en inventant des univers d’un futurisme hélas déjà tellement contemporain, mais dont la redoutable beauté fait se superposer des paysages idylliques avec des réalités urbaines qui étouffent langoureusement toute dimension humaine.

Restez à distance, ses montages photographiques vous raviraient de paysages naturels et embrumés de paysages connus, naturels et embrumés de l’Asie éternelle... mais quand l’œil s’approche l’urbain est omniprésent et pieuvresque.

Pourtant Yang Yongliang avait bien pris soin de nous en alerter en plaçant préventivement ces beautés apparemment d’un classique ancestral dans... un bol traditionnel de soupe. Mais la surprise de la découverte demeure totale.

Les images de la série "The Moonlight" nous révèlent-elles les bouleversements qui attendent nos mégalopoles. Retro éclairées par des light boxes, elles nous plongent dans une dimension onirique, oscillant entre rêve et cauchemar.

La série "Silent Valley" surprend aussi par son esthétique biaisée. Un personnage à la robe immaculée, figure emblématique de toute sagesse, est posé dans des vallées dévastées et très belles, dans lesquelles arbres, cascades, et autres merveilles naturelles sont délicatement remplacés par des traces des désastres amenés par l’homme, bris, pylônes tordus et autres curiosités d’une ère postindustrielle elle-même révolue. bel horizon, là encore, non plus de ces si belles montagnes revêtues de vertus sacrées et protectrices, mais de ces gratte-ciels dévoreurs d’espaces, et définitivement étouffants.

La vidéo "The Day of Perpetual Night" anime cette même vision insomniaque de cités de croissances cancéreuses dont les lumières artificielles interdisent dorénavant toute distinction entre le jour et la nuit.

Sublimes et visionnaires, les œuvres de Yang Yongliang nous interrogent sur l’avenir de la planète et de nos modes de vie de moins en moins choisis, mais laissent aussi percer une trace de fascination pour ce qui est en train de nous tuer.

Yang Yongliang, The Silent Valley, exposition solo de photographie et vidéo, du 14/03 au 27/04/2013 à la Galerie Paris-Beijing, 54, rue du Vertbois 75003 Paris 01 42 74 32 36, métro Arts-et-Métiers.


La Galerie Paris-Beijing a été créée en 2006 par Flore et Romain Degoul, l’idée initiale étant de faire connaître une photographie contemporaine à la fois techniquement parfaitement maîtrisée et d’une force conceptuelle originale. Le plus étant de commettre ce pêché d’orgueil simultanément à Pékin (dans 300m2) et à Paris (dans 150m2).

Et depuis, ça va très bien merci. Nous les avions rencontrés une première fois sur leur stand de Art Paris Art Fair, au Grand Palais, avant de les visiter dans leur galerie parisienne traversante, joignant la rue du Vertbois à la rue Notre-Dame-de-Nazareth, dans le Haut-Marais. Allez voir, vous dis-je…


Li Wei, Place, 046-01, 25 levels of Freedom, 2004

En ce moment et jusqu’au 28 avril 2012, l’exposition collective « Incarnations » regroupe sept artistes chinois contemporains : Ai Weiwei (un seul cliché « Study of Perspective », juste pour dire…), Zhang Huan, Zhu Ming, Liu Bolin, Li Wei, Cang Xin et Hei Yue.

« Incarnations » présente une sélection forte et solidement campée dans un humour corrosif d’œuvres d’artistes qui depuis deux générations explorent les possibilités de la performance liée à la photographie et au body art. Malgré leurs expériences différentes, ces artistes partagent une même approche de l’art en tant qu’acte de création dans laquelle leur corps et leur être sont impliqués dans un processus de réflexion sur la société contemporaine. L’incarnation est la représentation concrète d’une idée ou d’une notion abstraite dans des traits humains. Dans cette exposition, la portée sociopolitique et militante des performances des artistes est claire, voire très explicite.

Zhang Huan, Zhu Ming et Cang Xin, représentants de la génération d’artistes performeurs issus de l’expérience communautaire du Beijing East Village, révèlent une critique franche mais subtile du pouvoir à travers des actions artistiques emplies de symbolisme, de métaphores et de poésie. Ils conçoivent la performance comme une pratique rituelle où les éléments naturels tels que la terre, l’eau, l’air et le feu jouent un rôle primordial.

Liu Bolin, Li Wei et Hei Yue poussent cette tradition engagée de la photo performance chinoise contemporaine plus loin, jusqu’à utiliser leurs propres corps comme outil de langage et d’expression directe. Le corps n’incarne plus seulement un concept, une idée ou un idéal, mais aussi une sensation, un sentiment, une révolte.

Liu Bolin, dans ses célèbres images de la série « Hiding in the City », met en scène l’effacement de sa silhouette et de son identité dans des lieux chargés de sens.

Li Wei, dans la série « High Place », est poussé du haut d’un gratte-ciel, un geste symbolique de la course souvent aveugle à la réussite économique et sociale.

Hei Yue, dans la série « …123… », se fait photographier face à des policiers et montre ses fesses nues au public, en signe de rébellion naïve.


Hei Yue, ... 123 … - 09, Hei Yue, Beijing, 2005

Nous ne présentons plus Ai Weiwei. L’artiste de Chine le plus connu pour sa contestation féroce du système amène la performance à son paroxysme, ou comment l’art rejoint la vie... Allez le voir au Jeu de Paume avant que son exposition, que nous avons adorée, ne se termine (le 29 avril 2012 !). Il y a urgence.

Rendez visite au site de cette galerie (http://www.parisbeijingphotogallery.com) et faites tranquillement le tour de ses artistes et de leurs œuvres. Il y est évident que quelque chose de fort se passe aujourd’hui en Chine…

L’exposition collective « Incarnations » : 7 artistes chinois contemporains : Ai Weiwei, Zhang Huan, Zhu Ming, Liu Bolin, Li Wei, Cang Xin et Hei Yue. Jusqu’au 28 avril 2012. Galerie Paris-Beijing 54, rue du Vertbois, 75003 Paris. Métro Arts et Métiers

À Beijing, The 798 Art District, Dashanzi, 4 Jiuxianqiao Road, Chaoyang District, 100015 Beijing, China, 86 (010) 59 78 92 62.

André Balbo

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