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DERNIERS JOURS à la Cité de l’immigration : le quotidien des Algériens en France sous la Guerre d’Algérie

5 ans après sa création, à laquelle aucune autorité de l’État n’avait assisté, la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, inspirée du musée que les États-Unis avaient créé à Ellis Island en 1990, vient peut-être de connaître enfin sa véritable inauguration avec la présence d’Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, et le discours qu’elle fit à l’occasion de l’ouverture de l’exposition « Vies d’exil-1954-1962. Des Algériens en France pendant la Guerre d’Algérie ».

Cette jeune femme y disait notamment : « Vous le savez tous, l’immigration fait débat. Elle est régulièrement agitée pour diviser les Français. Trop souvent instrumentalisée, elle est présentée par certains comme un phénomène récent. Bien au contraire (...) l’immigration est une réalité historique souvent méconnue, qui fait qu’aujourd’hui un Français sur quatre a au moins un ascendant étranger. »

Nous n’avons pas trop pour habitude de faire mention ici des discours de nos politiques, mais il peut arriver qu’ils soient plaisants à entendre, et notamment quand la Ministre dit encore : « Forte de son expérience, et d’une vocation à objectiver les pages les plus complexes de l’histoire de l’immigration, la Cité ne pouvait passer à côté d’un sujet, qui, 50 ans plus tard, ne cesse de susciter silence ou au contraire violence : celui de l’immigration algérienne en France, immigration ancienne que traverse une guerre coloniale longue et meurtrière, qui aboutit en 1962 à l’indépendance de l’Algérie. Cette immigration, dans les décennies récentes, a contribué à la grandeur de notre pays, et créé des liens indélébiles entre nos deux nations.

Il est essentiel d’aborder, en 2012, cette thématique importante de l’immigration algérienne en l’observant avec pour référent la guerre d’Algérie, et, inversement, d’aborder en ce lieu, non la guerre d’Algérie en soi, mais la vie des Algériens en France pendant la guerre. »

Et de quoi se souvient-on de ces terribles années ? J’étais enfant dans le quartier des Batignolles. Dans la cour et sous le préau, gamins français et algériens avaient alors installé la pauvre habitude de se confronter en batailles rangées sans pitié. Le commissariat en face du square, protégé d’un fortin en sacs de sable et fil de fer barbelé, craignait à tout moment la mitraille. Les files d’attente de « Nord-Africains » s’éternisaient devant les bordels d’abattage des ruelles de Barbès. À Nanterre, une infirmière m’avait raconté que ceux qui sortaient alors de l’Hospice-Hôpital ne devaient la vie sauve, quelles qu’aient pu être leurs idées, qu’à leur fuite éperdue le long de ce sinistre mur aveugle et sans fin où ils seraient, à découvert, immanquablement pourchassés.

Et Nanterre ? La radicalité de son campus n’aura-t-elle pas été un peu due à la proximité de ce gigantesque et immonde bidonville de la Folie dans lequel s’entassaient tant de familles algériennes ?

Quelle belle image enfin, mais si tardive, que de voir le soir de l’inauguration de cette exposition, Jacques Toubon, de droite, qui fut son prédécesseur, commenter pour Madame Filippetti, de gauche donc, des photos des terribles événements du 17 octobre 1961 quand tant d’Algériens furent tabassés, massacrés et noyés en plein Paris, jetés dans la Seine du haut des ponts. Combien furent-ils exactement les morts de ce 17 octobre ? Les archives de la police de Maurice Papon et de ses successeurs continuent de rester quasi muettes. Jean-François Kahn, qui couvrait l’événement, en voyait relâchés porte de Versailles, ensanglantés, ayant visiblement passé de sinistres instants, tente une estimation : "de 70 à 400 morts ? Imaginez cela aujourd’hui !"

Des faits si longtemps niés par presque tous et que l’on préfère encore apparemment oublier. Le proverbe brésilien se vérifierait-il ? Le musée serait-il bien le lieu où se résolvent les conflits de mémoire ?

Selon un communiqué de l’Élysée, le président François Hollande devait déclarer à l’occasion du 51e anniversaire de ces événements : "Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes".

Il était plus que temps que l’on évoque ce que vécurent alors les Algériens en France ce jour-là comme entre 1954 et 1962, année de l’Indépendance de leur pays.

Ces années-là, leur population immigrée passait de 220 000 à 350 000, et, fait nouveau, n’était plus exclusivement masculine : les familles venaient aussi.

Les Algériens arrivèrent en France dès le début du XXe siècle, et, à partir de la création par Messali Hadj, père fondateur du nationalisme algérien, de l’ENA (Étoile Nord-Africaine), des mouvements et organisations politiques se succèderont, et les militants porteront dès les Années 1930 « la bonne parole » dans les baraquements du bassin minier du Nord de la France, dans les cafés-hôtels des banlieues et jusque dans les immenses bidonvilles de Gennevilliers et la Folie à Nanterre.

L’exposition Vies d’exil, conçue par Benjamin Stora et Linda Amiri concentre son propos sur tous les aspects de la vie des Algériens en France pendant la Guerre d’Algérie.

Le jour de l’indépendance dans le bidonville de La Folie à Nanterre. Photo prise par Monique Hervo © Monique Hervo, Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, MHC

Des films, une précieuse et rare iconographie, des photos, des reportages, et des œuvres d’art de cette époque permettent de mieux cerner cette période d’histoire « où la beauté se mêle à la précarité, la joie à la nostalgie et à la violence. Cette musique douce-amère que les Algériens nomment El Ghorba, l’exil. (…) Travail, logement et loisirs, mais également combat indépendantiste, rythment l’exposition. »

Mais aussi l’école, les engagements politiques et syndicaux, la vie culturelle et intellectuelle... vous y verrez les multiples facettes de la vie quotidienne des Algériens en France pendant la Guerre d’Algérie.

Cette exposition, sans mauvais jeu de mot, lève le voile sur une époque et des événements longtemps tus, et sur des hommes secrets que l’on ne voulait alors pas forcément voir… Pour tout cela, merci.

Vies d’exil 1954-1962 des Algériens en France pendant la Guerre d’Algérie. Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Palais de la Porte Dorée. 293, avenue Daumesnil, 75012 Paris. Du 9 octobre 2012 au 19 mai 2013. Du mardi au vendredi de 10h à 17h30. Samedi et dimanche de 10 à 19h.Tarifs 5 et 3,5€. Ces tarifs incluent le droit d’entrée à l’exposition permanente et à toutes les expositions temporaires de la Cité. L’entrée est gratuite pour les moins de 26 ans et le premier dimanche de chaque mois.

Vous retrouverez dans les articles 2012 à Paris : les grandes expositions de A à Z et 2013 à Paris : les grandes expositions de A à Z les différentes expositions 2012 et celles de 2013 déjà annoncées par leurs établissements et musées.

Frederic Leighton (1830–1896) Crenaia, the nymph of the dargle, ca. 1880 Huile sur toile 76.2x26.7 cm Colección Pérez Simón, Mexico © Arturo Piera, Musée Jacquemart-André 09/13-01/14

Dans les articles Calendrier 2012 des grandes expositions à Paris, et Calendrier 2013 des grandes expositions à Paris, ces mêmes expositions sont classées par dates.

Nous nous efforçons de tenir ces articles à jour, et nous vous remercions des suggestions, précisions, ajouts et corrections que vous pourriez apporter à ces programmes.

Nous vous indiquons chaque semaine les nouveautés, les expositions qui fermeront bientôt leurs portes, et... nos préférences, car on ne se refait pas : "LA SEMAINE des expositions, musées, et galeries : que faire à Paris du...".

Nous tenterons aussi de vous les présenter chaque mois, à partir de Février 2013.

Enfin, contre l’actualité artistique qui chasse ce que l’on se croyait capable de retenir, les catalogues d’expositions peuvent avoir, quand ils sont faits avec exigence, un rôle certain à jouer.

Nous avions établi notre sélection, pour Paris, des MEILLEURS CATALOGUES des expositions 2012, en vous indiquant en plus les nominés, et les primés au Prix CatalPa 2012 pour les catalogues d’expositions de Paris.

Nous procédons de la même manière cette année, avec les MEILLEURS CATALOGUES des expositions 2013 à Paris.

André Balbo

sources : visite, Aurélie Filippetti, Benjamin Stora, Linda Amiri, Cité nationale de l’histoire de l’immigration

Palais de la Porte Dorée - 293, avenue Daumesnil 75012 Paris

Adresse

- Du 9 octobre 2012 au 19 mai 2013
- Du mardi au vendredi de 10h à 17h30
- Samedi et dimanche de 10 à 19h

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