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Bernard Lavilliers : Un retour "puissant et jubilatoire"


Le 4 mai, Bernard Lavilliers a sorti un DVD illustrant un projet qui lui tenait à cœur depuis longtemps : Lavilliers chante Ferré. Un DVD enregistré en 2006 à Lyon sur lequel le chanteur rend un bel hommage au célèbre Monégasque, grâce à un répertoire qu’il maîtrise à la perfection. Avant de repartir sur les routes fin mai, Bernard Lavilliers a pris le temps de nous en dire un peu plus sur cette grande aventure.

Vous êtes un fidèle de Léo Ferré depuis longtemps, mais pourquoi avoir soudainement décidé de lui consacrer une tournée et désormais ce DVD ?
Ce projet a pris du temps à se monter. Je voulais à la fois du piano-voix, un côté rock psychédélique et aussi un orchestre symphonique. Ce dernier était pour moi obligatoire afin de lui rendre hommage. Je n’ai pas voulu d’arrangements excessifs car souvent c’est un désastre. Décaler une chanson pour le plaisir, ça peut marcher mais souvent on finit par ne plus comprendre le texte. Je voulais rester proche du contexte et qu’on écoute le texte. Le sens d’abord, la mélodie ensuite. C’est aussi pour cette raison que je suis dans une interprétation moins italienne et plus sobre. S’effacer derrière, ça attire tout autant l’attention. Il faut donner une autre vie au répertoire sans pour autant le détourner.

Comment avez-vous choisi les titres que vous alliez interpréter ?
Le choix s’est fait naturellement. J’ai imaginé le spectacle, par quoi je voulais commencer, etc. Je me suis mis à la place de ceux qui ne connaissaient pas forcément ce répertoire. J’ai voulu les faire entrer dans l’univers de Ferré. Après, il fallait trouver l’équilibre entre le piano, l’orchestre et le reste afin de donner du rythme au spectacle et que ce ne soit pas trop linéaire. Le tout est monté comme une pièce de théâtre. Le souci principal était d’assumer la responsabilité de chanter quelqu’un d’autre sans le trahir. Cela a demandé un énorme travail, surtout de mémorisation ! C’était très dur mais je n’ai pas hésité une seconde à me lancer dans ce projet. C’était un peu maintenant ou jamais !

Qu’est-ce qui vous attire dans le personnage ?
J’aime bien l’idée qu’il est un contestataire. Qui se ressemble s’assemble non ! (rires) On vit dans une société terrifiante de consensus et moi j’aime bien ne pas être d’accord. Ferré, c’est aussi la solitude de l’artiste, comme on le voit dans Préface qui met d’ailleurs souvent les autres artistes mal à l’aise. Aujourd’hui, on a plus un moule sortant des écoles de commerce que des Beaux-Arts.

Que gardez-vous de vos rencontres avec Ferré ?
Que c’était quelqu’un de sarcastique, qui avait beaucoup d’humour et qui aimait la vie. C’était quelqu’un d’abordable quand on se trouvait sur la même longueur d’ondes que lui. Il a traversé les générations, il y a quelque chose d’unique chez lui.

Etes-vous satisfait du rendu de ce DVD enregistré à Lyon ?
La salle était impressionnante et il y avait une très grande qualité d’écoute. Le tout était minimaliste au niveau du décor et de la mise en scène mais avec 90 musiciens derrière, c’était quand même une sacrée organisation ! Ce qui est bien, c’est qu’on ne voit pas à quel point je balise ! (rires) Parce qu’avec l’orchestre derrière, je devais compter les mesures et n’avait aucun droit à l’erreur. D’ailleurs j’ai mis du temps à m’en remettre ! On ne connaissait pas l’orchestre et on a eu très peu de temps pour répéter mais au final tout s’est très bien passé. On a pu en sortir quelque chose de puissant et de jubilatoire. Je tire un grand coup de chapeau d’ailleurs aux musiciens et au chef d’orchestre. Je me régale. J’ai trouvé qu’il y avait de la grâce et de la classe, alors qu’en sortant de scène je pensais avoir été mauvais ! Finalement, on est le meilleur quand on ne s’en rend pas compte. Mais cette sobriété a aidé la concentration et compte-tenu de la difficulté des textes, ce n’était pas plus mal !

Vous passez de projets en projets, votre public vous suit partout : comment expliquez-vous cette motivation inébranlable et cette longévité ?
On ne peut pas se lasser quand on est créateur et à l’affût de tout ce qui se déroule dans le monde. J’adore les reportages et j’adore la création alors j’ai toujours quelque chose à faire ! Cela me nourrit et je rends aux gens ce qu’ils m’apportent alors je pense que c’est aussi pour cela qu’ils me restent fidèles. Il y a des choses qui ne s’achètent pas et la fidélité d’un public en fait partie, c’est une chance.

On peut savoir quels sont vos prochains défis ?
Je repars en tournée pour une dizaine de dates à la fin du mois autour de l’album Samedi à Beyrouth. Je suis également en pleine écriture du prochain album, je vais repartir à Beyrouth mais également à Memphis car je n’ai pas eu le temps d’écrire sur la ville. De toute manière, je n’arrêterai pas d’écrire des chansons. Je veux continuer de faire découvrir des choses magnifiques à des gens qui ne les connaissent pas.

Propos recueillis par Carole Bouchard
Photos : Nicolas Ilinski

Bernard Lavilliers, Lavilliers chante Ferré (Barclay/Universal)
DVD Disponible
Actuellement en tournée : Toutes les dates ici


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vendredi 15 mai 2009
 
 
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