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Olga Trostiansky : "Ouvrir les aires de gens du voyage à Paris en 2014"

Une commission présidée par le préfet de Paris a validé jeudi 28 mars le projet d’implantation de deux aires d’accueil de gens du voyage dans les bois de Boulogne et de Vincennes. L’installation des aires ne fait désormais guère de doute. Olga Trostiansky, l’adjointe au maire de Paris chargée du dossier, a reçu Evous.fr à la mairie de Paris pour répondre à vos questions et à celles de la rédaction. Mots d’ordre : dialogue et conciliation.

Evous : Suite au feu vert de la commission des sites, que va-t-il se passer et quand ?
Olga Trostiansky, chargée de la solidarité, de la famille et de la lutte contre l’exclusion : Nous attendons la décision définitive de la ministre de l’Écologie Delphine Batho qui doit valider tout projet d’aménagement de construction dans les bois. Ensuite, nous allons représenter les nouveaux projets détaillés, car ils ont été modifiés avant de passer par la commission, en mairies des 12e et 16e arrondissements. Je vais évidemment poursuivre le dialogue avec les communes riveraines afin que le projet soit bien intégré. Après ce travail de présentation, nous allons lancer des marchés de travaux et de gestionnaire. Ces projets de libération seront présentés au Conseil de Paris je l’espère en juin 2013. De manière à ce que les aires soient ouvertes en 2014, en mars, avril ou mai.

LE PROJET VA SE RÉALISER

Evous : A priori, ce n’est donc pas un projet qui pourrait être malmené par les élections approchant.
O. Trostiansky : Oui. Le projet est acté. Après… On m’a toujours dit que c’était dommage d’installer ces aires aux bois de Boulogne et de Vincennes. Nous avions un site dans le 15e mais c’est finalement le futur ministère de la Défense qui s’y installe. Je souhaite que l’on regarde et que l’on examine d’autres lieux sur Paris. La ville est très dense. C’est compliqué. Mais c’est souhaitable déjà pour atteindre l’objectif des 200 places établi dans le schéma directeur alors que nous sommes aujourd’hui à 60. Et si dans les 10 ans à venir, il y a des évolutions majeures d’évolution du bois de Vincennes et du bois de Boulogne, les projets d’aires ne sont pas facilement amovibles mais presque. Nous sommes dans le cadre d’une structure légère en termes d’infrastructures (toilettes, salles de bain et cuisines).

Evous : Mais pour l’heure, les aires s’installeront dans les bois...
O. Trostiansky : Toutes les inquiétudes sont légitimes. C’est important que tout le monde comprenne bien quel est le projet. Quand l’on rentre dans le détail du projet, il y a moins d’inquiétudes. Car nous répondons aux problématiques écologiques et paysagères. Ce sont aujourd’hui des espaces très dégradés. Au niveau paysager, il y aura 4 à 5 fois plus de vert que ce que nous avons actuellement. Quant à la gestion courante, relative à la scolarisation des enfants notamment, il faut expliquer le détail du projet. Les enfants seront scolarisés sur Paris, pas à côté. Seront acceptés des gens qui ont un proche malade, hospitalisé sur Paris. C’est l’AP-HP (assistance publique-hôpitaux de Paris) qui donnera son feu vert à l’accueil d’une famille. Tout cela sera très encadré. Nous allons travailler à la gestion quotidienne de l’aire. Les familles qui vont y résider avec enfants auront besoin de sécurité. Le vivre ensemble sera organisé dans les meilleures conditions.

DES SÉJOURS COURTS

Evous : Les familles résideront donc à chaque fois à Paris sur une durée déterminée, courte ?
Olivier Ripoche et Emma : "Un accueil de courte durée, lié à l’hospitalisation d’un des membres de la famille résidente" : La cause est entendue. Faut-il être naïf ou de mauvaise foi pour ne pas voir les petits arrangements qui leur permettront d’élire résidence à plein temps et dévoyer ainsi la loi ?
O. Trostiansky : Un contrat sera passé avec les services sociaux des hôpitaux. La famille va dire "Mon fils est hospitalisé pour une longue période dans tel hôpital à Paris, donc il faut que je reste 4 mois". Après pour un couple avec des enfants scolarisés, si l’hospitalisation se termine en mars et que l’accueil a démarré en septembre, nous prorogerons peut-être le contrat jusqu’à la fin de l’année scolaire. Je suis en faveur d’une commission gérant le quotidien sur chacun des sites.

CRAINTES DES RIVERAINS

Ralbol : Ils ne paient aucune taxe, pas de loyer, pas d’électricité et on leur donne tout à l’œil. Qui ici osera rappeler que les cambriolages augmentent plus que sensiblement dans le 12ème et les communes avoisinant la pelouse de Reuilly au moment de la Foire du Trône (ndlr : information avancée par le lecteur mais invérifiable et que nous ne pouvons donc confirmer). Le coût de leur présence pèsera intégralement sur les communes alentours et donc sur leurs habitants.
O. Trostiansky : De 2001 à 2008, j’ai impulsé la création de crèches et j’ai toujours été bien reçue dans les arrondissements. Maintenant avec la délégation de lutte contre l’exclusion, c’est plus compliqué. Quand j’installe un centre d’hébergement temporaire ou définitif dans un arrondissement, les gens se posent des questions concernant la sécurité, la recrudescence de vols ou de nuisances… Quand, avec les maires, nous travaillons dans le sens de l’installation d’un centre, nos explications partagées parviennent à convaincre les habitants. J’ai beaucoup travaillé avec M. Legaret (ndlr : maire UMP du 1er arrondissement) dans le 1er et il était tout aussi convaincu que moi que nous avions besoin de structures de logement et d’aide alimentaire. Il estime que les personnes SDF sont mieux à l’intérieur d’un centre d’hébergement que dehors. En ce qui concerne les aires d’accueil de gens du voyage, il faut que les riverains s’intéressent au détail du projet : alors on voit les choses de manière différente. Il ne faut pas manipuler, il ne faut pas aiguiser la peur.

DES ÉLUS LOCAUX REMONTÉS

Evous : Claude Goasguen a exprimé sa surprise suite à la décision de la commission des sites. Il estimait que l’aire restait en zone inondable et que le projet serait à nouveau retoqué…
O. Trostiansky : Moi j’étais surprise qu’il ne soit pas là lors de la réunion de la commission des sites. Ni lui ni les autres élus UMP. Il n’y a eu aucun vote contre des élus UMP. Il y avait une représentante de M. Goasguen mais aucun élu UMP n’était présent pour prendre part au vote. Sur l’aspect des risques de crues à Boulogne, c’est un sujet que nous avons regardé de près. En cas de crue, on pourrait le maîtriser : nous aurions le temps d’évacuer les occupants vers des zones de repli.

Evous : Une pétition lancée par les maires des communes avoisinantes du bois de Vincennes a circulé fin mars. Avez-vous rencontré ces élus depuis ?
O. Trostiansky : Ils ont demandé à rencontrer Bertrand Delanoë. Moi je suis prête à les rencontrer bien sûr !

LIRE AUSSI : Aires d’accueil des gens du voyage : Le Conseil de Paris valide les projets dans les 12e et 16e


Feu vert pour les gens du voyage dans les bois de Paris : vos questions ! (article du vendredi 29 mars 2013)

CONTEXTE. Le 11 février 2013, le Conseil de Paris a validé la démarche de la municipalité d’implanter deux aires de gens du voyage dans la capitale : l’une dans le bois de Vincennes (12e), sur la plaine de Gravelle, l’autre dans le bois de Boulogne (16e), route des Tribunes dans la plaine sud de Longchamp. À l’Est, le projet fait face à la grogne des élus UMP des villes voisines (Joinville, Vincennes, Saint-Mandé, Charenton, Saint-Maurice, Nogent et Maisons-Alfort) qui ont lancé une pétition ("Non à l’implantation par la Ville de Paris d’une aire des gens du voyage dans le bois de Vincennes"). En 12 jours, celle-ci a rassemblé 3.150 signatures. À l’Ouest de la capitale, le maire UMP du 16e Claude Goasguen estimait que le projet allait être retoqué par la Commission départementale des sites, comme en 2011, pour cause de zone inondable.

Mais cette même commission, présidée par le préfet de Paris, a examiné les deux projets hier, jeudi 28 juin. Verdict : feu vert ! 63 places d’accueil de gens du voyage vont pouvoir être créées. Pour rappel, la mairie de Paris est poussée dans cette démarche par la loi obligeant toute commune de plus de 5.000 habitants à participer à l’accueil et à l’habitat des gens du voyage. Dans le schéma départemental d’accueil des gens du voyage, il est prévu à Paris un accueil de courte durée, lié à l’hospitalisation d’un des membres de la famille résidente. "Une attention particulière a été portée à la gestion quotidienne de ces aires d’accueil", précise la mairie dans un communiqué diffusé le 21 mars. "Cette responsabilité sera confiée à une association spécialisée qui sera présente 6 jours sur 7 et d’astreinte le reste du temps. La scolarisation sera assurée dans les écoles de la Ville de Paris." Cette fois, le projet va-t-il se concrétiser ? Tous les signaux sont au vert...

QUESTIONS-RÉPONSES. Posez vos questions, nous les transmettrons à... la mairie de Paris ou, si la municipalité ne souhaite pas répondre, à un spécialiste des gens du voyage. Pour poser une question, direction l’espace commentaires en bas de page. Un avertissement : le sujet étant propice aux invectives, sachez que tout commentaire déplacé sera effacé. Les réponses ? La semaine prochaine !

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