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Bohème du vice et de la misère dans la glorieuse Rome baroque

Au Petit Palais, du 14 février au 24 mai, l’autre visage de la Rome du XVIIe siècle, celui de la violence, des tripots, des buveurs et des catins, reflet de la vie de Bohème que menaient les plus fameux peintres européens de l’époque, aspirés par les plus grands mécènes et collectionneurs.

La Rome fastueuse et virtuose du Seicento, héritière de l’Antiquité, au service du pouvoir triomphal des Papes a fait l’objet de nombreuses expositions. Mais la fresque se devait d’être plus... contrastée, épicée peut-être.

Rome au XVIIe siècle est une ville bien étrange. On y brûle des sorcières, l’Inquisition veille, quand les mécènes et collectionneurs d’alors, membres de la famille du pape, évêques et cardinaux font venir pour de prestigieuses commandes les artistes d’Europe les plus réputés... qu’ils doivent parfois protéger de leurs turbulences et excès.

Bartolomeo Manfredi (1582-1622). Bacchus et un buveur (1621-1622). Huile sur toile. Mélange de réalité et de fiction, de mythologie et d’actualité, Bacchus, "inventeur" du vin, pousse un assoiffé à boire !

L’ambition de cette exposition qui a déjà fait parler d’elle, créée à la Villa Médicis, est de montrer, pour la première fois, l’envers du décor de cette Rome-là, qui n’est plus seulement celle du Beau idéal, mais celle "de la vraie vie" que menaient et que voyaient le milieu cosmopolite composé des artistes italiens, français, hollandais, flamands, allemands et espagnols, de Simon Vouet à Claude Lorrain, et de Bartolomeo Manfredi à Valentin de Boulogne.

Cette autre Rome est plus rugueuse, grossière et commune. C’est celle des vices, de la misère et des tripots et de la prostitution, mais elle fut à l’origine d’une production artistique inédite et stupéfiante, tant par sa diversité que par ses paradoxes et ses inventions.

L’exposition présente quelque 70 tableaux majeurs créés à Rome durant la première moitié du XVIIe siècle. La personnalité tutélaire de ce mode de vie sans limite et violent est absente, en fuite vers Naples, puis Malte, ignorant même que le Pape l’a déjà gracié du meurtre qu’il a commis.

Tous ces artistes venus à Rome, sûrs de leurs talents, vivent une ville au quotidien qui fait fi des innombrables interdits de la morale et de la religion.

Une peinture des bas-fonds voit alors le jour. Et, chose à moitié étonnante, elle sera appréciée et recherchée des élites de l’Église et de la noblesse qui s’en délecteront dans leurs palais à l’abri des regards ignorants et indiscrets de la populace. D’autant que ce genre de tableaux y sont souvent protégés des regards par de discrets rideaux de velours...

Transgressions, provocations, cette exposition dévoile ce qui peuplait les imaginaires exaltés des artistes. Le vin est omniprésent. In vino veritas ! Cherchons des réponses, découvrons l’occulte. Bacchus, inventeur du vin a la part belle. Dès lors l’attelage brinquebale : dans ces sociétés de viveurs, comme les Bentvueghels (les Oiseaux de la Bande), l’accueil d’un nouveau membre est soumis à moult libations. Sacrilège, on le baptise au vin. Une prostituée parodiera Marie-Madeleine. L’arrière-train nu d’un convive sera éventuellement la table de tous les excès.

La sorcellerie elle-même est convoquée et représentée dans ses écarts les plus spectaculaires, le peintre (ici Pieter Boddingh van Laer) n’hésitant pas à se représenter...

Le sexe, le vol, le trafic sont mis en exergue. La tolérance est "de rigueur" : travestis, diseuses de bonne aventure, prostitué(e)s, voleurs, mendiants, tricheurs, ripailleurs et même assassins, tout est montré... dans un art achevé, délicat dans son style, et ces portraits dignes de la Cour des miracles sont tout autant soignés que ceux d’augustes prélats. Et dans des formats tout aussi d’importance.

Simon Vouet (1590-1649). Jeune homme aux figues, vers 1615. Caen, musée des Beaux-Arts. Vêtu d’un costume féminin, le regard aguicheur, ce ’travesti" juxtapose aux figues le geste obscène de la fica (aux connotations érotiques et injurieuses).

Pour bien souligner que les palais accueillirent ces peintures, les 2 dernières salles de l’exposition sont tendues de précieux revêtements muraux rouge "opéra" et violet "cardinal". Les amateurs pouvaient les apprécier à leur juste valeur artistique, et sentir les frissons de l’insulte et du sacrilège.

Cette exposition vous obligera à scruter les détails des tableaux. Ce seront eux qui vous révèleront le mieux, dans les demi-clairs obscurs des pièces et gestes porteurs de messages liminaires. Regardez les mains des complices et comparses, surveillez bourses et bijoux, et gestes obscènes, de dérisions et de tromperies.

N’avons-nous pas là l’autre côté du miroir à Tartuffes, la dérision éclatante et vivace de personnages à la Ariane Mnouchkine. Ne sommes-nous pas témoin une fois de plus de la vie qui passe au-dessus des chausse-trapes des excès religieux dont les règles les plus contraignantes ne sont pas souvent pour ceux qui les établissent.

Les commissaires sont Francesca Cappelletti, professeur à l’université de Ferrare,
Annick Lemoine, chargée de mission pour l’histoire de l’art à l’Académie de France à Rome, maître de conférences des universités, et Christophe Leribault, directeur du Petit Palais

L’exposition a été conçue et organisée en collaboration par l’Académie de France à Rome – Villa Médicis et le Petit Palais.

Les Bas-fonds du Baroque. La Rome du vice et de la misère, du 24 février au 24 mai 2015, au Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, avenue Winston Churchill 75008 Paris, 01 53 43 40 00, petitpalais.paris.fr, métro Champs-Élysées Clemenceau, bus 28, 42, 72, 73, 83, 93. Ouvert du mardi au dimanche de 10 à 18h, nocturne le jeudi jusqu’à 20h. 11€. Gratuit jusqu’à 17 ans inclus. Fermé le lundi, le 25 décembre et le 1er janvier.

Lire aussi : Musée du Petit Palais : Guide des plus belles œuvres des collections permanentes. Gratuit.

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Vous retrouverez dans l’article Les Grandes Expositions 2015 à Paris de A à Z les différentes expositions annoncées par leurs établissements et musées.

Frederic Leighton (1830–1896) Crenaia, the nymph of the dargle, ca. 1880 Huile sur toile 76.2x26.7 cm Colección Pérez Simón, Mexico © Arturo Piera, Musée Jacquemart-André 09/13-01/14

Dans Calendrier 2015 des grandes expositions à Paris, ces mêmes expositions sont classées par dates.

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Comme les autres années (2014, 2013, 2012), nous établissons au fur et à mesure notre sélection dans l’article Paris 2015 : LES MEILLEURS CATALOGUES d’expositions de Paris.

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Les Grandes Expositions 2016 à Paris de A à Z
Calendrier 2016 des grandes expositions à Paris
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André Balbo

sources : Visite, Petit Palais

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