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Le Palais Rose

Aujourd’hui détruit, le Palais Rose fut sans doute l’un des derniers avatars parisiens de l’hôtel particulier, lieu aristocratique par excellence, expression d’un statut social et généralement le cadre de collection de meubles et de tableaux. Apparus au Moyen-Age, les hôtels particuliers connaîtront leur âge d’or aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècle. Les derniers construits le sont au tournant du XXe siècle : les grandes fortunes aristocratiques sont déjà bien exsangues, supplantées par les grandes fortunes industrielles du XIXe siècle qui elles-mêmes vont disparaître pour une grande partie dans le milieu du XXe siècle. Le Palais Rose est à ce titre un des derniers témoins d’une page de l’architecture civile qui se tourne définitivement.

Inaugurée en 1854, l’avenue de l’Impératrice, (qui prendra plus tard le nom d’avenue Foch), connut un succès immédiat auprès de la haute société de l’époque. La proximité du Bois de Boulogne, où il était de bon ton de montrer son équipage, en faisait un lieu de résidence très prisé. Sa largeur inhabituelle à Paris - 120 mètres - fut imposé par l’empereur Napoléon III à l’architecte Hittorff, en charge de son aménagement.

En 1895, le comte Boniface de Castellane (surnommé "Bony") épouse une américaine richissime, Anna Gould, héritière d’une immense fortune acquise dans les chemins de fer du Far-West, mais physiquement peu avenante. Cette fortune lui permet de redorer son blason et il n’est d’ailleurs pas le seul aristocrate français à l’époque à s’allier à une fortune européenne ou américaine - on pense notamment au prince de Polignac qui épouse l’héritière américaine des machines à coudre Singer.

Castellane fait appel un architecte renommé auprès des grandes fortunes : Paul Ernest Sanson (1836-1918). A Paris, il réalisera notamment les hôtels d’Arenberg, Bischoffsheim, Breteuil, Ephrusi, de Broglie, Ganay, Voguë... Grand admirateur de Versailles, Boni de Castellane lui demande un palais qui soit une adaptation du Grand Trianon, construit en 1687 par Jules-Hardouin Mansart et Robert de Cotte pour Louis XIV. Sanson va exécuter son souhait.

A l’actuel n° 50 de l’avenue Foch, il réalise un palais grandiose qui marqua son époque : édifié de 1896 à 1902, l’hôtel est conçu en U. Les pilastres de marbre rose présents sur les façades lui ont d’ailleurs laissé son nom (le marbre provenant des mêmes carrières que son modèle versaillais !).
L’élément de décor le plus admirable était le grand escalier : fidèle à l’escalier des Ambassadeurs à Versailles, cet escalier de marbre à deux rampes affrontées permettait au maître de maison d’impressionner ses hôtes par tant de faste. C’est d’ici que l’aboyeur annonçait les invités ou que des trompettes d’argent accueillirent les invités le soir de la fête donnée pour les 21 ans d’Anna Gould.

Le vestibule était également très célèbre : voûté en anse de panier avec un décor de Cruchet et de dimensions considérables, il donnait de plain-pied sur la cour mais à un niveau inférieur du rez-de-jardin ; il était entièrement recouvert de marbre polychrome et menait au grand escalier. L’hôtel, qui comportait en tout une centaine de pièces, possédait également un petit théâtre privé de 150 places. Le Palais Rose servit d’écrin à Castellane pour y exposer ses collections de toiles de maîtres et de mobilier XVIIIe. Le palais coûta la modique somme de 4 millions-or.

Lassée d’être considérée comme un porte-monnaie, Anna Gould divorça en 1906 et se remaria à un cousin de Castellane, Hélie de Talleyrand-Périgord. Le comte fut alors beau joueur et écrivit "Notre palais demeurera un spécimen de l’art de notre temps et assurera, je l’espère, une gloire durable à Sanson, son excellent architecte". Le Palais Rose fut pourtant démoli en 1969 dans l’indifférence générale et remplacé par un immeuble sans aucun caractère.

En ce moment, l’exposition "L’hôtel particulier, une ambition parisienne"organisée à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine raconte justement l’histoire de ces demeures d’exception, avec l’illustration en maquette du Palais Rose.

Franck Beaumont

Sources : Guide du patrimoine, "Les Hôtels particuliers de Paris" par Alexandre Gady, Guide du promeneur Paris 16e.

40 avenue Foch

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