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Le Paris des lumières ou le pari d’Haussmann

Le Paris d’Haussmann est le Pari de Napoléon III (1808-1873).
Gigantesque chantier qui s’appuie sur des innovations techniques, financières et sur une volonté politique forte et durable.
Ce qui est extraordinaire, c’est non seulement l’ampleur du projet mais toute l’économie mise en place pour les réaliser, qui révèle déjà les éléments de l’immobilier des grandes capitales aujourd’hui : emprunts, expropriation, spéculation, que Zola décrit dans La Curée (1872), conflits entre propriétaires privés et les instances publiques, exclusion des classes les plus pauvres, destruction de quartiers médiévaux, mais aussi modernisation, installation de l’eau courante, aération, circulation, enrichissement, appel à l’investissement privé, « théorie de la dépense productive », etc. Pari fou et visionnaire dans une France en plein essor industriel.

Napoléon Ier avait voulu faire de Paris « la plus belle ville qui ait jamais existé » , et en même temps faciliter la vie des Parisiens. Il n’a pu réaliser qu’une partie de ses projets. Son successeur va les reprendre en les amplifiant, s’appuyant sur l’idée d’une ville nouvelle, vaste et salubre, à l’échelle de son rôle européen. L’avancée technique de Londres d’où il revient sert de modèle à la réflexion urbanistique de l’empereur sur Paris. Il veut en faire une grande capitale moderne, assainie, aérée de parcs, adaptée aux transports modernes.

Pendant 17 ans, entre 1853 et 1870, Paris va devenir par la volonté de Napoléon III et la mise en oeuvre exceptionnelle du préfet de la Seine, Georges Eugène Haussmann (1809-1891), la ville d’ aujourd’hui. Evidemment, cela ne se fait pas sans détruire de nombreux bâtiments, et Haussmann en particulier sera très critiqué pour la destruction de la quasi-totalité de l’île de la cité.

Au milieu du 19e siècle, Paris se présente à peu près sous le même aspect qu’au Moyen Age.
En 1845, Victor Considérant, un des saint-simoniens influents, écrit : « Paris, c’est un immense atelier de putréfaction, où la misère, la peste et les maladies travaillent de concert […] ».
L’idée maîtresse des travaux est une meilleure circulation de l’air et des hommes, en adéquation avec les théories hygiénistes qui sont alors en plein essor, suite à l’avènement des Lumières au 18e siècle et à l’épidémie de choléra de 1832. La volonté d’entraver d’éventuels soulèvements populaires est aussi en jeu.

Haussmann élabore et dirige un programme de restructuration de la capitale française à la demande de Napoléon III. Il a toutes les libertés pour prendre les mesures nécessaires afin de conduire à bien ces transformations et s’entoure d’une équipe pluridisciplinaire, où l’ingénieur est prééminent.

Afin de faire circuler eau, air et lumière dans les logements et limiter l’entassement dans les quartiers pauvres, il est nécessaire de rénover le tissu urbain et de créer des voies de circulation commandées par la ligne droite, autour desquelles s’articulera la ville.
Ce qui rend Charles Baudelaire nostalgique, mais Théophile Gautier confiant dans la modernité.

Napoléon III décide les grandes lignes directrices des travaux. Il les dessine à gros traits de couleur sur un plan installé dans son bureau. La conduite et la réalisation du remodelage de Paris est la charge d’Haussmann, véritable « ministre de la capitale », entouré de l’ingénieur Eugène Belgrand, du paysagiste Jean-Charles Alphand, tous deux polytechniciens, ingénieurs des Ponts-et-Chaussées, inspirés par les doctrines saint-simoniennes et fouriéristes.

À la différence de certains projets qui ne tenaient parfois aucun compte des conditions matérielles et esthétiques les plus élémentaires, le plan d’Haussmann s’applique à une ville déjà existante et ne s’appuie ni sur une critique sociale, ni sur une théorie de l’aménagement : pour la première fois, il traite l’ensemble de l’espace parisien comme une totalité, de façon méthodique et systématique. Il fait exécuter le premier plan global de Paris, avec des courbes de niveaux, ce qui lui permet d’analyser de façon approfondie la topographie et la morphologie parisiennes. Pour résoudre les problèmes d’une circulation congestionnée et améliorer une hygiène souvent inexistante (Paris avait subi deux graves épidémies de choléra dans la première moitié du siècle), la solution radicale d’Haussmann fut le percement. Il donna une priorité à la création d’axes nord-sud, à la construction du boulevard Sébastopol et à l’extension à l’est de la rue de Rivoli (137 km de nouveaux boulevards). Concevant la ville en termes de systèmes homologues, hiérarchisés et solidaires, il mit en relation tous les points névralgiques de la ville. Grâce à un alignement sur rue très réglementé, il contribua largement à l’aération et à une uniformisation architecturale de la capitale. Cependant, les îlots du Paris haussmannien présentaient plusieurs inconvénients, notamment celui d’empêcher une bonne diffusion de la lumière (les pièces donnant sur cours étaient très sombres). L’œuvre novatrice d’Haussmann inspira la transformation du réseau urbain français et exerça une influence considérable en Europe (notamment à Vienne, à Berlin et à Anvers) et aux États-Unis où elle fut à l’origine du remodelage de Chicago par Daniel Burnham (1909)

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